The AIDS Memorial, un compte Instagram pour préserver la mémoire des morts du sida
Santé

The AIDS Memorial, un compte Instagram pour préserver la mémoire des morts du sida

Écrit par Romain Vallet
le May 21, 2018

Parmi les comptes suivis par tous les gays (ou presque) d’Instagram, il y a évidemment ceux des beaux gosses du moment (comme Tom Daley ou Gus Kenworthy), ceux des stars de Ru Paul’s Drag Race ou encore les comptes humoristiques comme le toujours hilarant Best_of_Grindr. Bien qu’il ne soit ni sexy ni drôle, The AIDS Memorial mérite de faire partie de ces incontournables auquel tout Instagay qui se respecte devrait s’abonner.

Chaque jour ou presque, ce compte tenu par un Écossais seulement connu sous le prénom de Stuart publie “des histoires d’amour, de deuil et de souvenir”. Soit une ou plusieurs photos, accompagnée(s) d’une courte biographie (en anglais) d’une personne célèbre ou anonyme morte du sida, envoyées par un de ses proches. Le credo du AIDS Memorial est tout entier contenu dans le hashtag qui ponctue chaque publication : #WhatIsRememberedLives, “ce dont on ne se souvient ne meurt pas”.

Ce sont généralement des hommes, et presque tous sont Américains. Les photos sont, la plupart du temps, un peu jaunies ou en noir et blanc, mais, pour une fois, les filtres d’Instagram n’y sont pour rien. Elles sont extraites de vieux albums de souvenirs pieusement conservés par les proches des disparus : amis, compagnons ou anciens amants qui n’ont pas oublié les années terribles d’avant l’arrivée des trithérapies.

https://www.instagram.com/p/BiCcPPqFcTa/

La première chose qui saute aux yeux lorsqu’on scrolle sur le compte The AIDS Memorial, c’est la beauté solaire des disparus. Quelques-uns sont représentés dans leurs derniers jours et leur corps porte les stigmates de la maladie. Mais la plupart apparaissent jeunes, souriants et en bonne santé, au milieu de leurs amis ou dans les bras de leur compagnon. Le contraste avec le texte qui accompagne les photos n’en est que plus grand. Les quelques lignes retracent la vie de ces êtres partis trop tôt et la relation qu’ils entretenaient avec l’auteur de cette mini-biographie.

Bien qu’il compte plus de 50 000 abonnés et 3800 publications, The AIDS Memorial n’est pas à l’abri de l’arbitraire des géants du Web 2.0. En septembre, Stuart s’est vu refuser l’accès à son compte. Sans qu’aucune raison lui soit donnée, plusieurs centaines de ses publications ont également été effacées d’Instagram, provoquant la colère de celles et ceux qui avaient choisi de partager leurs souvenirs de leurs proches disparus. Pour certains, cette disparition brutale de leurs photos s’apparentait même à une “profanation de sépulture”. Après quelques échanges d’emails avec Instagram, tout est revenu à la normale mais le mystère de cette suspension et de ces suppressions temporaires demeure. Le sida fait-il encore peur ? N’a-t-il pas sa place sur les réseaux sociaux ? Toujours est-il qu’à l’avenir, en cas de suppression du compte Instagram, on pourra se rabattre sur la page Facebook du AIDS Memorial.

Si vous souhaitez vous aussi rendre hommage à un proche mort du sida, vous pouvez envoyer une ou plusieurs photos (jusqu’à dix), accompagnée(s) d’un texte de présentation en anglais (400 mots maximum) à Stuart via l’adresse email theaidsmemorial@yahoo.fr.

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