L’extrême droite allemande fait-elle sa mue avec une opération de pinkwashing?

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Son visage est peu connu du grand public en Allemagne. A 38 ans, Alice Weidel, ouvertement lesbienne, a été désignée avec Alexander Gauland, 76 ans, pour conduire la bataille des législatives pour le parti d’extrême droite AFD (Alternativ für Deutschland).

Le parti compte bien utiliser ce nouveau visage pour tenter d’amener à lui une nouvelle génération d’électeurs et pour se donner une image plus libérale. Alice Weidel explique d’ailleurs que l’AFD est une « force libérale-conservatrice ».

Alice Weidl est une économiste. Sur sa fiche Wikipédia, Weidel a grandi à Harsewinkel, dans la Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Elle a étudié l’économie et l’administration des affaires à l’Université de Bayreuth et a obtenu son doctorat en 2011. Elle a travaillé entre autres chez Goldman Sachs et Allianz Global Investors Europe, à Francfort et six ans en Chine.
Sous le feu des projecteurs lors de sa nomination, en avril, elle a suscité un certain émoi en Suisse, à Bienne, où elle vit avec sa partenaire, une réalisatrice et productrice et leurs deux enfants.

Si son image « non traditionnelle » de la famille tranche avec celle de l’actuelle présidente de l’AFD, qui attend son cinquième enfant, les idées politiques d’Alice Weidel sont loin de refléter cette ouverture d’esprit.
Sur sa page Facebook, Alice Weidel critique la politique d’accueil des réfugiés de l’actuelle chancelière, Angela Merkel. Surfant sur les peurs, elle affirme que les Turcs veulent imposer la charia en Allemagne (photo ci-dessous)

Il suffit aussi de consulter le programme de l’AFD pour les élections législatives pour apprécier « l’approche libérale » de ce parti. Fondé il y a quatre ans comme un mouvement anti européen, l’AFD compte faire de l’immigration et de l’islam son leitmotiv. Son programme électoral déclare l’islam incompatible avec l’Allemagne, promet la fermeture des frontières et un durcissement du droit d’asile.
Sur la question des libertés, la lecture des titres de chapitre consacrés à la famille et à l’éducation est particulièrement révélatrice. Il faut « renforcer le mariage et la famille » [hétérosexuelle]; « les enfants ont besoin de leurs deux parents », « renforcer les pères »; « Pour une image familiale claire: l’idéologie du genre est anti-constitutionnelle ». L’AFD demande aussi l’arrêt des cours d’éducation sexuelle et bien sûr, souhaite mettre fin aux « gender studies » (en anglais dans le texte).

Si les socialistes du SPD promettent l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, ainsi que l’adoption, l’AFD est farouchement contre.
Comme l’analysait le journaliste de France 24 Sébastien Seibt, Alice Weidel est parfaitement en phase avec son parti sur le thème majeur: l’immigration.
Certains médias allemands estiment que son vernis libéral va sans doute se craqueler de plus en plus à l’approche des législatives, en septembre 2017 et ils n’hésitent pas à dire qu’elle va pousser l’AFD encore plus vers l’extrême droite. Dans plusieurs pays d’Europe, des gays et des lesbiennes n’hésitent pas à afficher leur positionnement d’extrême droite. C’est le cas en France où le président par intérim, Steeve Briois, et le numéro deux du Front National de Marine Le Pen sont tous les deux gays.