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Homophobie à la télé: Ardisson et Baffie, mauvais élèves des talk shows, selon l’AJL

L’Association des journalistes LGBT (AJL) remet ça. Après avoir passé l’an dernier un mois à étudier l’émission Touche pas à mon poste, ce qui avait permis de révéler l’homophobie ordinaire — et fréquente — de l’émission, l’association s’est intéressée à cinq autres talk shows pour  « voir si ces propos discriminatoires dépassaient le seul «cas» de Cyril Hanouna ».  « Nous ne voulions pas donner l’impression d’être nous aussi obsédés par Touche pas à mon poste« , justifie Clément Giuliano, co-président de l’AJL.

Cinq émissions ont été sélectionnées:  Quotidien (TMC), On n’est pas couché (France 2), Salut les Terriens -Les Terriens du dimanche (C8), L’Heure des pros (Cnews) et C politique (France 5). « Ils ont été choisis pour leur succès ou parce qu’il y avait déjà eu des alertes », explique Alice Coffin, ancienne co-présidente de l’association.

Au total, l’équipe de l’AJL, qui a regardé pendant tout le mois de novembre une cinquantaine d’émissions, représentant une centaine d’heures de programme, a  relevé « plus de 50 séquences particulièrement discriminatoires ou problématiques soit, en moyenne, une par émission ».

L’association signale que « heureusement » ces programmes ne sont pas aussi obsédés par l’homosexualité que Touche pas à mon poste. Mais les séquences retenues — toutes accessibles sur un site dédié, réalisé par l’agence Datagif — témoignent d’un « climat général particulièrement hostile » aux minorités, en particulier aux personnes trans, souvent visées. « Ces remarques sont le fait de chroniqueurs/euses ou d’invité.e.s dont la présence sur le plateau traduit une volonté délibérée de sortir du «politiquement correct» et de faire le buzz. Dans ce cas, les victimes sont le plus souvent les femmes, les personnes LGBT et les musulman.e.s », remarque l’AJL, qui souligne qu’à de rares exceptions, les propos problématiques ne sont pas recadrés par l’animateur.

Thierry Ardisson épinglé par l’AJL

L’émission la plus mise en cause est combo Salut Les Terriens + Les Terriens du dimanche, animé par Thierry Ardisson, avec 18 séquences retenues.

L’animateur s’adresse ainsi à sa consoeur Cristina Cordulla « Est-ce qu‘il faut dire Monsieur ou Madame ? », au motif que celle-ci est brésilienne. On lui prête même ensuite « Le plus gros zgeg du PAF »…

« Ces deux émissions, animées par Thierry Ardisson sur C8, sont celles qui laissent la plus grande place à l‘homophobie, à la transphobie, au sexisme et au racisme, a constaté l‘AJL. Le chroniqueur Laurent Baffie semble obsédé par la sexualité, en particulier lorsqu‘elle n‘entre pas dans la norme hétérosexuelle. Les questions de Thierry Ardisson sont également provocatrices, très souvent sur le dos des minorités. »

Egalement dans le collimateur de l’AJL, l’émission On n’est pas couché, animée par Laurent Ruquier « reproduit des schémas sexistes (remarques fréquentessur le physique, mansplaining…), ainsi que les clichés sur les personnes LGBT ». Onze séquences ont été retenues.

Dans L’heure des pros sur CNEWS, animé par Pascal Praud, l’AJL note une « minimisation fréquente des violences sexuelles par des hommes, des remarques sexistes, une obsession de l‘islam, de la désinformation »…

« Malgré une image jeune et populaire, Quotidien, animé par Yann Barthès, joue parfois avec les clichés sexistes et LGBTphobes », note l’AJL. « Dans certains cas, des propos problématiques sont mis à l‘index, mais sous forme humoristique, si bien que l‘on ne sait plus très bien si les séquences en question valorisent ou condamnent les discriminations. »

Seule l’émission C Politique sur France 5 fait quasiment un sans faute. Retenue dans l’étude à cause d’une séquence avec l’essayiste Pascal Bruckner, l’émission offre globalement « un climat bienveillant à l‘égard de l‘ensemble des composantes de la société ». « Dans le seul extrait relevé, le présentateur, Karim Rissouli, condamne le geste du metteur en scène Jean-Michel Ribes lorsque celui-ci pose sa main sur la cuisse de sa voisine », note l’association.

Au final, « les résultats de cette étude sont préoccupants car ils soulignent la difficulté, pour la télévision, de traiter avec respect les personnes LGBT, les minorités et les femmes », estime l’AJL, qui « va solliciter le CSA pour entamer une réflexion sur la lutte contreles LGBTphobies à la télévision ». « Notre objectif est que ça s’améliore, rappelle Alice Coffin, notamment en donnant des outils — comme le kit Informer sans discriminer — aux journalistes et animateurs sur ces questions ».

L’AJL va en outre « écrire à Vincent Bolloré, PDG de Canal+ et Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, pour leur faire part de ses observations sur Salut les Terriens, Les Terriens du dimanche, L’Heure des pros et On n’est pas couché. L’association proposera par ailleurs un entretien à l’équipe de Quotidien afin d’évoquer le sujet de la lutte contre les discriminations. »