Découvrez les cinq réalisateurs gays de la sélection officielle du festival de Cannes 2017

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La présence à Cannes, dans la sélection officielle (49 films), de plusieurs réalisateurs gays* est un des faits marquants de la 70e édition du plus prestigieux festival de cinéma mondial.
Trois films de réalisateurs gays, Todd Haynes, François Ozon et Robin Campillo, font même partie des 18 films en compétition officielle, aux côtés de Michael Haneke et Sofia Coppola, avec à la clef potentiellement le plus glamour des prix, la Palme d’Or. Mais le festival rend aussi hommage à André Téchiné, un des plus brillants représentants de la post Nouvelle Vague avec son dernier film, Nos années folles,  et l’Américain John Cameron Mitchell viendra présenter hors compétition How To Talk To Girls (avec Nicole Kidman).
Chez ces cinq réalisateurs, les thématiques queer et LGBT sont présentes dans leurs films, mais pas systématiquement. De plus, bien souvent, l’homosexualité ou la transidentité, n’y sont pas problématisées, et ne figurent pas toujours au premier plan. Les personnages LGBT font partie du scénario, comme les autres. Cela montre aussi l’évolution du cinéma mondial sur ces questions, une évolution plutôt positive après des décennies de placard en celluloid.

Comment ne pas aussi citer le président du jury, Pedro Almodóvar, qui faisait partie de nos 100 personnalités à suivre en 2017? Comme nous l’explique Franck Finance Madureira, fondateur de la Queer Palm (dont Hornet est partenaire), «ce réalisateur espagnol a fait énormément avancer le cinéma sur la représentation des LGBT à l’écran».

Si vous ne les connaissez pas encore, voici le parcours de ces cinq réalisateurs.

André Téchiné, des ‘Roseaux sauvages’ à ‘Quand on a 17 ans’

Photo: Georges Biard

C’est le doyen de la bande. André Téchiné, 74 ans, réalise son premier film en 1969. Il aime les actrices confirmées comme Jeanne Moreau ou Catherine Deneuve. En 1985, il reçoit le prix de la mise en scène à Cannes pour Rendez-vous avec Juliette Binoche. Dans Les Innocents, il présente des personnages bisexuels et arabes. Dans son film suivant, J’embrasse pas, il aborde la prostitution masculine gay.

 

Mais c’est avec Les Roseaux sauvages, son plus grand succès, inspiré de son adolescence dans la France de la Guerre d’Algérie, que Téchiné place la découverte de son homosexualité par un jeune homme au centre de l’intrigue. Les Roseaux sauvages a eu une carrière importante à l’étranger, gagnant le prix du New York Film Critics et celui de National Society of Film Critics Award comme meilleur film étranger. Le film révélera aussi l’acteur et réalisateur gay Gaël Morel.

 

 

En 2007, André Téchiné aborde dans Les Témoins la question du sida et montre un groupe d’amis confrontés en 1984 à l’apparition de l’épidémie. Un film très émouvant qui a valu à son auteur un grand succès international. A propos du personnage de Manu, qui va tomber malade, Téchiné : « Je préfère que le public soit ému lorsque Manu court, grimpe à un arbre ou a un fou rire que lorsqu’il est malade. Pour moi, ce serait comme de prendre le public en otage et je rejette ça. » Une position qui résume assez bien son parti pris de réalisation. Le critique du New York Press, un fan de Téchiné, a écrit: C’est la vision radicale de Téchiné sur la France post moderne, post coloniale et post libération gay avec toutes ces questions en mouvement. »

 

 

En 2016, Téchiné revisite l’adolescence avec Quand on a 17 ans, la découverte par deux ados de leur homosexualité alors que la violence initiale de leurs rapports se transforme petit à petit en amour. Le titre emprunte au vers du poète gay Arthur Rimbaud: « On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. »

Dans son tout dernier film présenté cette année à Cannes, Nos années folles, André Téchiné offre un rôle sur mesure à Pierre Deladonchamps, l’un des protagonistes (quasiment toujours nu) de L’Inconnu du lac, un thriller gay d’Alain Guiraudie, qui avait profondément marqué la Croisette par ses scènes de sexe homo très crues. Dans Nos Années folles, Deladonchamps est Paul, un déserteur qui se travestit en femme, avec la complicité de son épouse, pour échapper à la guerre de 14-18. Une histoire vraie qui avait déjà inspiré la bande-dessinée Mauvais genre de Chloé Cruchaudet.

 

Todd Haynes, de ‘Poison’ à ‘Carol’

 

Photo: David Shankbone

Todd Haynes, 56 ans, est un des fers de lance du New Queer cinema aux Etats-Unis. Dans plusieurs de ses films, la thématique homosexuelle est centrale, comme dans Poison (1991). Un film en trois parties, inspirées des romans de Jean Genet.

Après Safe, où son actrice fétiche, Julianne Moore, apparaît pour la première fois, et nommé film de la décennie 1990 par le Village Voice, il renoue avec un thème queer pour Velvet Goldmine, un hommage à la période glam rock et ses figures David Bowie, Iggy Pop ou encore Lou Reed.

Mais c’est avec Loin du paradis que Todd Haynes acquiert une notoriété internationale plus grand public. Pour ce film, Haynes s’est inspiré de l’univers visuel des mélos flamboyants de Douglas Sirk, tournés dans les années 50. Il reprend la trame d’un des plus célèbres, Tout ce que le ciel permet. Dans ce film, une riche veuve tombait amoureuse de son beau jardinier (on la comprend, c’était Rock Hudson qui l’interprétait!), et devient la paria de sa communauté riche et coincée. Todd Haynes situe toujours l’intrigue dans les années 50, mais transforme l’histoire pour y ajouter l’homosexualité (du mari, interprété par Dennis Quaid) et le fait que la mère au foyer (Julianne Moore) tombe amoureuse de son jardinier noir (Dennis Haysbert).

 

Après une adaptation télé remarquée du roman noir Mildred Pierce de James M. Cain, avec Kate Winslet et Evan Rachel Wood, en 2011, Todd Haynes présente à Cannes, en 2015, Carol, son adaptation méticuleuse du livre de la romancière lesbienne Patricia Higsmith. L’histoire d’amour de deux femmes d’âge et de milieu social différent. Une plongée au coeur de l’Amérique corsetée des années 50. Rooney Mara était repartie de Cannes avec le Prix d’interprétation et le film avait reçu la Queer Palm.

Todd Haynes montera cette année les marches du Palais des festivals pour Wonderstruck, l’histoire d’un jeune garçon du Midwest racontée simultanément avec celle d’une jeune fille de New York il y a cinquante ans alors que les deux cherchent la même connection mystérieuse. Todd Haynes retrouve son actrice fétiche, Julianne Moore aux côtés de Amy Hargreaves et Michelle Williams.

 

Robin Campillo, de ‘Eastern Boys’ à ‘120 battements par minute’


Robin Campillo, 54 ans, sélectionné à Cannes avec le très attendu 120 battements par minute, sur le groupe activiste antisida Act Up-Paris, n’a réalisé que trois longs métrages en 20 ans mais a participé à des nombreux films en tant que scénariste et/ou monteur. Son premier long métrage, Les Revenants, n’avait pas à proprement parler d’intrigue homo. A la différence de son deuxième film, Eastern Boys, en 2013, la rencontre surprenante entre un professeur parisien et un groupe de jeunes immigrés de l’Est. Campillo a reçu le prestigieux prix du meilleur film Orizonte à Venise pour ce film magnifique et troublant.

 

120 battements par minute sera à coup sûr un des temps fort du festival. Cette fiction s’intéresse aux premières années du groupe activiste Act Up-Paris, que Robin Campillo connaît bien puisqu’il y a milité. Les acteurs principaux sont l’actrice ouvertement lesbienne Adèle Haenel et Nahuel Perez Biscayart.

 

John Cameron Mitchell, de ‘Edwig And The Angry Inch’ à ‘Shortbus’


A 54 ans, le réalisateur américain n’en est pas à sa première participation à Cannes. En 2006, il vient à Cannes pour la première mondiale de Shortbus, une comédie dramatique érotique qui présente des scènes de sexe explicites avec des pénétrations et des éjaculations. C’est l’histoire d’un groupe de personnages aux orientations sexuelles très diverses. Pour John Cameron Mitchell, le film tente d’utiliser le sexe dans des formes cinématographiques différentes car c’est trop intéressant pour le laisser au porno. » Peter Travers de Rolling Stone a commenté le film en disant: « Shortbus ou quand le hard-core rejoint la romance fleur bleue. »

Trois ans auparavant, il adaptait au cinéma le musical rock Hedwig And The Angry, sur la vie d’une chanteuse trans est-allemande.

 

Cette année, John Cameron Mitchell propose How To Talk To Girls At Parties. Londres, dans les années 1970. Un adolescent timide et amateur de musique punk et ses deux amies se rendent clandestinement à une fête où elles rencontrent un groupe de femmes un peu mystiques. En réalité, elles viennent d’un autre monde, ce sont des extraterrestres.

 

François Ozon, d’Une Robe d’été’ à ‘Une nouvelle amie’


François Ozon, 49 ans, n’a jamais fait mystère de son homosexualité et un des ses premiers courts métrage, Une robe d’été, en 1996, est un hymne à la liberté sexuelle.

Depuis, il a encore réalisé 19 films, ce qui en fait certainement un des réalisateurs les plus prolixes de sa génération. Parmi ses films les plus ancrées dans les thématiques LGBT, il y a bien sûr l’adaptation d’une pièce cruelle de RW Fassbinder, Gouttes d’eau sur pierre brûlantes. Un récit au scalpel d’un couple gay déchiré entre la norme et la transgression.

Une nouvelle amie, en 2014, aborde la question de la transition et des différentes formes de famille. François Ozon sait s’emparer des questions d’actualité (le film sort un an après les longs débats sur le mariage pour tous) mais toujours dans une approche non militante. Il veut convaincre par la séduction.

François Ozon a été sélectionné deux fois en compétition à Cannes (en 2003 pour Swimming Pool et en 2013 pour Le Temps qui reste). Le cinéaste revient à Cannes avec L’Amant Double. Ce thriller raconte l’histoire de Chloé, une jeune femme fragile et dépressive, qui entreprend une psychothérapie et tombe amoureuse de son psy, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.

Ozon s’est toujours montré très heureux de recevoir des prix dans des festivals LGBT. A la différence de son confrère canadien Xavier Dolan, qui avait lui refusé de venir chercher sa Queer Palm pour Laurence Anyways en 2012, estimant que ce genre de prix était «dégoûtant».

Le Festival de Cannes a lieu du 17 au 28 mai.

 

*A notre connaissance, il n’y a pas de réalisatrice ouvertement lesbienne dans la sélection officielle ni de cinéaste bi ou trans.

(Image principale elementals via iStock)