Jours de France Jérôme Reybaud
Jours de France Jérôme Reybaud

Au cinéma cette semaine: Les beaux ‘Jours de France’, de Jérôme Reybaud

Le pitch de Jours de France pourrait ressembler à ça: « Pierre quitte Paul, Paul part à la recherche de Pierre grâce à une appli de rencontres gays géolocalisées ». C’est à peu près ce que nous savions du film avant de le voir. Cela pourrait ressembler à un road movie et à une romance gay. C’est vrai que la route est un personnage à part entière. Du sexe il y en a aussi. Mais Jours de France est beaucoup plus que ça. Les premières minutes où l’on voit Pierre au volant de son Alfa Roméo traversé d’interminables zones commerciales périphériques donnent le rythme. Le réalisateur prend son temps, à l’image de son héros, formidable Pascal Cervo, qui ne sait pas tout à fait où il va.

Par réflexe, Pierre va se connecter à son appli, et une des premières très belles scènes du film le voit avec un mec de passage. La langue que l’on parle dans Jours de France nous éloigne du naturalisme. On imagine une séquence à la Rohmer. L’attrait du film vient surtout du fait que Jérome Reybaud nous entraîne de surprise en surprise. Jours de France est une succession de rencontres, la plupart fortuites, entre Pierre et une galerie de personnages tous plus attachants les uns que les autres. Je devrais dire les unes que les autres, car Pierre croise surtout des femmes sur son parcours.

Magnifiques actrices

Jérôme Reybaud a choisi des actrices que l’on voit peu au cinéma mais qui toutes nous enchantent. A l’image de Diane, une chanteuse pour maison de retraite magnifiquement interprété par Fabienne Babe ou encore une libraire qu’incarne Nathalie Richard. Malicieusement, Jérôme Reybaud attribue aussi à la grande star de Broadway Liliane Montevecchi le rôle d’une actrice de seconde zone. Mais ne dévoilons pas trop les nombreuses trouvailles de cette traversée de la France comme on la voit peu.

Un autre attrait est justement la manière dont le réalisateur filme des paysages pour le moins contrastés. Il traite sur un pied d’égalité les abords des villes et les vues sublimes du Queyras, des plateaux d’Auvergne ou les montagnes de Savoie. Dans une très belle séquence nocturne, un des personnages parvient à faire ressortir toute la poésie d’une vallée périurbaine que l’on pourrait trouver banale.
Jérôme Reybaud avait précédemment travaillé sur un film documentaire sur le cinéaste Paul Vecchialli. Il lui a emprunté son acteur fétiche, Pascal Cervo, qui compose un personnage principal étonnant. Il est à la fois présent et absent, témoin et commentateur. Il semble ne pas jouer mais Jérôme Reybaud le filme à la manière des stars des années 30, en gros plan avec des filtres, comme pour mieux souligner là encore qu’un visage presque passe-partout peut se révéler d’une grande beauté.

Au bout de la route, après 2 heures 20 minutes, nous nous sommes dits que le temps avait passé bien vite et qu’on aurait aimé encore et encore suivre cet itinéraire semé de pépites. Un peu comme une chasse au trésor.

Film gay, Jours de France? Jérôme Reybaud (dont nous publierions l’interview dans les jours qui viennent) n’est pas gêné par cette appellation. Il y a un humour très proche de celui d’un Jacques Demy, il y aussi des situations très camp et des acteurs comme Jean-Christophe Bouvet, incroyable encore une fois, qui le lie au cinéma d’auteur gay. Certaines scènes sont aussi clairement des citations, poétiques, de films mythiques. Et puis des rencontres sexuelles… mais qui ne se passent pas forcément comme prévu. Pierre le héros semble se laisser un peu porter par les événements et les rencontres comme si le hasard guidait sa route. Mais le réalisateur lui, pour son –premier– film sait parfaitement où il va. Et il sait aussi nous entraîner avec lui.