BBB Paris
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Clubbing: La BBB fête ses 20 ans, Fouad Zeraoui, son créateur, revient sur le succès de la soirée

Cette année la soirée Black Blanc Beur, souvent désigné par ses initiales BBB, fêtait ses 20 ans. L’occasion de revenir sur cette soirée unique à Paris avec celui qui l’a créée, Fouad Zeraoui.

« La BBB a commencé par l’idée qu’il fallait une visibilité beur, se souvient Fouad. Il y a 20 ans, les gens comme moi ne rentraient pas partout. Le Queen, par exemple, il ne fallait pas rêver. »

Le parisien Fouad Zeraoui (ci-contre), journaliste autodidacte, qui a travaillé pour différents journaux et avec la réalisatrice Yamina Benguigui a alors envie de « créer une association pour la visibilité des beurs gays dans le clubbing, mais aussi dans leur vie, qu’ils se sentent mieux entre eux. »

Ça sera l’association Kelma, un média avec un site de rencontre gratuit, des infos et les soirées Black Blanc Beur et Escualita — qui cible les personnes trans, lancées aux Folies Pigalle.  « Comme il n’y avait rien, le succès a été immédiat », se rappelle Fouad.

Patrick a fréquenté la soirée au début des années 2000. « Ce qui me plaisait: une musique qui ne passait pas dans les autres boîtes, un public différent et plus mélangé, qui peut-être n’avait pas accès aux autres boîtes. Je suis métis, j’y appréciais de pouvoir danser incognito sans être le bout de viande exotique de la soirée »

« Il fallait proposer de la musique qui vienne de la culture de ceux qui venaient, indique Fouad Zeraoui. Les plus grosses soirées que nous avons faites, c’est lorsque nous avons invité des artistes de raï Cheb Abdou, Cheikha Rimitti ».

Selon lui, le succès qui ne se dément au fil des années vient avant tout de « la qualité du public. Quand les beurs et maintenant les noirs se rassemblent, ça crée quelque chose de différent, de fort. Il y a quelque chose qui passe dans l’énergie, dans le sex appeal, dans la façon de bouger. »

« Les beurs gays ont lâché l’affaire »

Si les clients affluent toujours, leur profil se diversifie notablement au fil des années.

« Maintenant c’est une soirée black, on ne va pas se mentir. Et j’en suis ravi. », affirme Fouad Zeraoui. Que s’est-il passé pour que le public beur vienne moins? Selon lui, le changement s’est produit il y a une dizaine d’années.

« Le problème des beurs gays, c’est qu’ils ont lâché l’affaire. Ça switche vraiment au moment où en France et dans le monde la question identitaire musulmane s’est posée et que toute cette communauté, attaquée de toutes parts sur sa religion, s’est repliée sur elle-même. Les beurs sont au milieu de ça. Le coming-out est quasi impossible, le religieux prime sur tout. Les gays n’ont plus d’espace pour exister. »

Logann, jeune antillais installé à Paris, très actif sur la scène voguing, est un habitué de la BBB, qui se tient désormais au Gibus, près de la place de la République. La soirée lui fournit un espace safe où il peut être lui-même: « J’y vais car c’est le seul endroit où je peux faire ce que je veux sans craindre d’être agressé et qu’on y passe du voguing a certains moments », nous explique-t-il.

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On y croise aussi très souvent Vinii Revlon, avec sa couronne sur la tête: « C’est la meilleure soirée gay de Paname. Depuis toutes ces années, on est devenus super proches avec Fouad. On est toujours bien accueillis, la musique est bien. Ils sont très ouverts. C’est pour ça qu’on y retourne tout le temps. »

Comment Fouad voit-il l’évolution de sa soirée dans les années qui viennent: « Je veux continuer à donner aux gens envie d’être ensemble le dimanche, faire continuer à vivre cette promesse, qui n’existe pas autre part. C’est la nuit heureuse, qui correspond à un vrai plaisir de l’entre-soi dans le coming-out. Chaque année, je dois avoir de nouvelles générations qui sont émerveillées par ça. »

Retrouvez toute l’actu de la BBB sur le site Baby-Boy.

Photo de une par Jean Ranobrac

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