Didier Lestrade
Didier Lestrade

Après des propos antisémites, Didier Lestrade s’explique et quitte les réseaux sociaux

Didier Lestrade s’est retrouvé dans la tourmente ces derniers jours après avoir tenu des propos antisémites sur Twitter.

Le 17 octobre dernier, le co-fondateur d’Act Up-Paris et de Têtu, trace sur Twitter un parallèle entre l’affaire Harvey Weinstein et l’affaire Strauss-Khan et note que ceux qui les défendent « ont l’air d’avoir des affinités sionistes ».

Une heure plus tard, face à la bronca, il retire son tweet et aggrave son cas au passage en parlant de « gens riches ».

La polémique ne dégonfle pas et il finit par publier un tweet d’excuses à ceux qu’il a offensés.

L’amalgame sionistes/juifs/ gens riches, qui rappelle l’un des pires préjugés à l’égard des juifs, ne passe pas, notamment dans la communauté de la lutte contre le VIH, qui hasard du calendrier se retrouvait à Nice jeudi et vendredi dernier pour le congrès de la Société Française de Lutte contre le Sida (SFLS). Le militant devait y intervenir lors d’une table ronde. Face à la colère d’autres militants, notamment à Aides, il est décommandé à la dernière minute.

Meurtri par l’épisode, il annonce ce matin qu’il supprime ses comptes sur les réseaux sociaux — où il était très présent — et s’explique dans un post de blog intitulé « Rise and Fall ».

Didier Lestrade plaide le burn-out

Journaliste de profession, Didier Lestrade arpente depuis plusieurs mois les salles de cinéma françaises pour faire la promo de 120 battements par minute, le film de Robin Campillo. Il plaide donc le burn-out:

« 5 mois c’est long, surtout à mon âge, je n’ai pas passé une seule semaine entière chez moi depuis le mois de juillet et j’ai passé mes journées dans le train pour traverser la France. Je suis épuisé. Mon conseil : never tweet in a train. »

Le journaliste évoque ensuite sa précarité, qui résulte de « 10 années de chômage »:

« Cette année, je n’ai pas été couvert par la Sécurité Sociale pendant au moins 4 mois parce qu’il y avait le renouvellement de la CMU et le formulaire est resté sur la table pendant tout ce temps parce que je n’avais pas la force de le remplir. La précarité vous force à ne pas faire ce qui est important, non pas à cause de la procrastination mais parce que l’injustice sociale vous empêche d’avoir l’esprit clair pour répondre aux questions idiotes qu’on vous demande. Voilà, vous avez une ALD, vous êtes séropo depuis 30 ans et ça vous mine tellement que vous montez les marches de Cannes et vous n’avez même pas de couverture sociale. »

Sur les accusations d’antisémitisme, il se défend de vouloir faire le coup de « j’ai des amis juifs », qu’il trouve infamant, mais évoque les figures qui l’ont marquées comme les Pr Willy Rozebaum ou Gérard Israël qui l’ont soigné ou Larry Kramer, dramaturge (« The Normal Heart ») et fondateur d’Act Up-New York, ou encore sa dentiste et son ophtalmologiste.

Né an Algérie en 1958, il est venu enfant avec ses parents au moment de l’indépendance du pays. C’est pour lui l’une des raisons de ses idées anti-sionistes.

« À 4 ans je ne sais pas comment mais j’ai compris tout seul qu’on devait partir d’Algérie et à 9 ans j’étais en colère pendant la guerre des 6 jours. À 10 ans j’étais pour les grèves de mai 68. Alors ne me reprochez pas mes convictions politiques, tout le monde a le droit d’en avoir en République, il paraît. J’ai une aversion totale pour tout ce qui ressemble à du colonialisme parce que je suis un produit de ce colonialisme et en tant que gay ça devrait être respecté. »

Il finit tout de même par reconnaître qu’il a « fauté » et « s’excuse ». Et il annonce qu’il supprime ses réseaux sociaux et qu’il annule sa venue au Festival Chéries-Chéris, où il devait être membre du jury et assister à la projection du documentaire The Doom Troubadour, qui lui est consacré.

Photo: Damien Persohn, via Wikipedia