policier gay assassiné
policier gay assassiné

Edito: Une journée particulière

Ce qui s’est passé hier dans la cour de la Préfecture de police est sans précédent dans notre histoire contemporaine. Devant les plus hautes autorités du pays, en présence de centaines de personnes de tous horizons et des forces de l’ordre, un homme a parlé de son compagnon disparu, Xavier Jugelé. Xavier Jugelé était gay, il était policier, il était membre de l’association LGBT Flag! Il est mort dans l’attaque terroriste d’un fourgon de police sur les Champs-Elysées, jeudi 21 avril dernier.

Un hommage national lui était rendu hier, présidé par le chef de l’Etat, François Hollande. Mais le premier à prendre la parole fut son compagnon, Etienne Cardiles. Pendant près de sept minutes, il a parlé de Xavier.

Saluons tout d’abord le courage de cet homme qui n’a pas craint de rendre publique son homosexualité. Ce coming-out effectué dans des circonstances particulières, devant des millions de personnes (la cérémonie était retransmise par de nombreuses chaînes), devrait inspirer tous ceux et celles qui pour des raisons souvent bien futiles ou fantasmées se refusent à évoquer publiquement leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Etienne, ce que vous avez fait-là inspire le respect.

Les mots forts et beaux d’Etienne

À notre connaissance c’est la première fois qu’un homme gay exprimait publiquement son amour pour l’être aimé et disparu si tôt. Avec des mots forts et beaux sur leurs sorties, leurs vacances, les chanteuses qu’aimait Xavier. Ces mots forts et beaux, doux aussi et tendres qu’Etienne a voulu partager avec nous, c’est la plus belle des réponses à tous ces discours de haine, de mépris, d’infériorisation des LGBT qui selon les homophobes ne seraient pas suffisamment si ou trop ça. Taisez-vous maintenant, vous les homophobes, car tout ce que vous pourriez dire ne résisterait pas au message d’amour d’Etienne.

C’est pour cela que j’ai choisi d’appeler ce texte Une journée particulière, en empruntant le titre à un film magnifique d’Ettore Scola. Pour souligner que parfois la rencontre de deux êtres peut modifier le cours de choses. Et que même dans les circonstances les plus tragiques, ce qui les unissait était plus grand qu’eux-mêmes. Ce qui s’est passé hier, dans la cour de la Préfecture de police, fera date.

Je ne connais pas Etienne et je ne connaissais pas Xavier. Mais les sept minutes de l’hommage à Xavier sont autant de preuves d’amour qu’Etienne a bien voulu partager avec nous. Pour lui, pour nous. C’est un cadeau qu’on emporte avec soi pour toujours.