Trans of colors lives matter. Existrans 2016
Trans of colors lives matter. Existrans 2016

Edito: Gays, blancs, cis: écoutons et respectons les autres combats minoritaires

Posons les choses d’emblée: l’auteur de ces lignes est gay, blanc et cisgenre. Ou plus directement: JE suis un gay blanc et cisgenre. Certaines choses lues et/entendues ici ou là de la part de personnes qui correspondent également à cette définition m’amènent à prendre position sur un certain nombres de point.

J’ai notamment lu sous la plume/le clavier d’un militant gay par ailleurs talentueux et opiniâtre: « je ne m’excuserai jamais d’être un homme gay blanc cis! ». Mais personne ne nous le demande! Il s’agit plutôt de bien vouloir reconnaître que nous faisons partie d’un système qui nous fait bénéficier de privilèges – et ce que nous ne voulions ou non – auxquels d’autres n’ont pas accès. Accepter cela est un premier pas vers l’abolition de ces privilèges et vers une société plus juste. A l’inverse, les hommes hétéros bénéficient de plus de privilèges que nous en tant que gay. Cela fonctionne dans les deux sens.

Voilà – très succinctement- pour la théorie. Passons maintenant aux cas pratiques.

Laisser la parole aux lesbiennes sur la PMA

Sur la PMA tout d’abord. Les associations lesbiennes le clament sur tous les tons – à juste titre – depuis les débats sur le mariage pour tous: lorsqu’un média organise un débat ou fait un sujet sur la PMA, il faut laisser la priorité aux premières concernées: les lesbiennes. Cela s’adresse aux médias en premier lieu. On a encore vu hier soir dans l’Emission politique sur France 2 un débat entre un farouche opposant de l’ouverture de la PMA aux couples de femmes (Jacques Testart) ) à un homme qui était contre et qui l’est encore plus ou moins enfin il ne sait pas trop (le Premier ministre Edouard Philippe, très mal à l’aise sur le sujet). On fait mieux comme « débat ». Et on passera rapidement sur France Culture qui laisse la parole sur ce sujet à Eugénie Bastié ou à Alain Finkielkraut… (Lire notamment cette excellente tribune d’Alice Coffin)

Mais le principe s’applique aussi aux militants gays. On a ainsi vu récemment une association homoparentale à qui on reprochait de laisser un homme répondre très souvent aux sollicitations médiatiques faire cette réponse étonnante: « il n’y a pas encore de PMA sans homme ». Le fait de permettre aux lesbiennes de défendre l’ouverture de la PMA dans les médias n’est pas cosmétique. C’est d’abord une question de légitimité. Qui mieux que les premières concernées pour évoquer la question et ses enjeux? Mais c’est aussi une question d’équité au sein même du mouvement LGBT. Indiscutablement, les lesbiennes sont moins représentées dans les médias que les gays. Alors peut-être nous, hommes gays, pouvons-nous profiter de ce débat pour nous effacer de temps à autre et laisser les femmes lesbiennes monter au créneau. En clair: ne pas participer à débat/sujet où les lesbiennes ne sont pas représentées et le cas échéant laisser sa place à une militante de son association, ou à défaut à une militante d’une autre association.

Luttes différentes, discriminations ressemblantes

Sur les questions noires ensuite. Lors de sa création, l’association LGBT Paris Black Pride a essuyé de nombreux commentaires critiques émanant de militants ou de personnes LGBT. L’universitaire et militant gay Louis-Georges Tin, à la tête du Conseil représentatif des associations noires, ferraille plus qu’à son tour dans les médias ou sur les réseaux sociaux sur des combats (les réparations par rapport à l’esclavage, la reconnaissance du crime contre l’humanité de Colbert)  qui à première vue ne semblent pas faire partie du champ des luttes lesbiennes, gays, bi, trans et plus, mais qui devraient nous amener à nous interroger. Et pourtant là aussi, je lis souvent des critiques sévères émanant de personnalités de la communauté.

Ce qu’il est intéressant de noter c’est que ce sont souvent le même type d’arguments qui nous sont opposés dans les luttes LGBT. Exemple: une Paris Black Pride, c’est « trop segmentant »… exactement ce qu’on entend pour la marche des fiertés ; ou en reconnaissant que Colbert est un auteur de crime contre l’humanité, on veut effacer Colbert de l’histoire de France… qui rappelle furieusement les « vous voulez effacer la notion de père et mère du code civil » alors qu’on modifiait juste quelques articles pour l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. En résumé, les luttes diffèrent, mais les discriminations se ressemblent furieusement.

On pourrait continuer ainsi sur les questions féministes, trans, intersexe, et toutes celles qui concernent les personnes racisées (latinx, musulmanes, asiatiques).  Le message à retenir est celui-ci: en tant qu’homme gay, blanc et cis, on ne nous apprend pas à comprendre les combats d’autres minorités. Alors, faisons l’effort de nous renseigner, de lire, d’écouter et s’il le faut de s’effacer quand c’est nécessaire. Vous verrez, tout se passera bien.

Photo: Collectif Qitoko, Existrans 2016 à Paris, par Xavier Héraud

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