Jérôme Reybaud jours de france
Jérôme Reybaud jours de france

Jérôme Reybaud, réalisateur de Jours de France: ‘J’ai voulu montrer les deux faces de la drague gay’

Pour son premier long métrage, à 47 ans, Jérôme Reybaud réussit un coup de maitre. Son Jours de France est particulièrement réussi. Cela pourrait ressembler à un road movie et à une errance gay sur fond de drague avec l’appli de rencontre Grindr. Mais c’est beaucoup plus que ça.
Jérôme Reybaud, né à Cannes, pratique très tôt le Super 8 chez lui puis réalise un court métrage en 2006, Aires (06) sur un lieu de drague gay (déjà). Plus récemment, il tourne 40 heures de rushes sur Paul Vecchiali et son documentaire, Qui êtes-vous Paul Vechialli, est diffusé en 2012 sur Ciné+. Il nous a accordé une interview sur Jours de France, et notamment le choix de ses acteurs et des lieux de tournage.

« Créer la surprise »

« Un des éléments pour moi important était de créer la surprise puisque le film repose sur la place du hasard. J’ai tout fait pour garder cet élément de surprise, pour qu’on ne sache pas où on va. L’un des écueils des road movie et j’en ai regardé beaucoup, c’est que chaque rencontre sert à apporter une information sur l’évolution psychologique du héros. Pour moi, la route est un personnage à part entière remplie de carrefours, de culs de sac, de tours et de détours. Ce film est un millefeuille, il y a mille et une petites choses.

Les paysages sont en eux-mêmes parfois très spectaculaires…

J’assume ce côté office du tourisme! Mais plus sérieusement l’élargissement du paysage au fur et à mesure que le film avance,  on peut le sentir justement parce qu’on d’abord traversé ces zones périurbaines. J’ai fait attention à filmer des paysages très différents: il y a la plaine, la haute montagne la basse montagne. Sans oublier la ville, sans oublier les zones industrielles, c’est ça qui constitue le territoire. Le personnage du VRP et est très important pour moi parce que la zone, c’est son territoire.

Votre film est aux antipodes du naturalisme et en même temps, vous filmez en paysage réel?

Le film est à cheval entre l’anti-naturaliste et un documentaire. Le naturel, c’est encore plus faut que l’anti-naturalisme. Ce qui m’a semblé important, c’était la vraisemblance des choses. Le naturalisme restreint l’univers de la langue, je voulais qu’il y ait la liberté à la fois de la langue des personnages mais je voulais aussi filmer les vraies routes, les lieux comme ils sont. Quand une équipe de cinéma prépare le tournage, elle a tendance à « nettoyer » les décors. C’est un réflexe mais j’ai fait comprendre à l’équipe que ce qui m’intéressait c’était les lieux dans leur jus, sans transformation.

 

Pascal Cervo

Comment avez-vous choisi Pascal Cervo?

J’ai écrit le rôle pour Pascal bien avant qu’il joue dans son premier film avec Paul Vecchiali. Je l’ai découvert dans Les Amoureux de Catherine Corsini en 1994 et je l’ai suivi durant toute sa vie d’acteur. Dans le long processus pour essayer d’obtenir de l’argent, Pascal m’a dit un jour: « Jérôme si tu n’as pas l’argent, moi je le fais quand même. On prend ta voiture, on filme à l’ iPhone. » C’est pour moi un acteur extraordinaire. Il a un rôle difficile parce qu’il n’a pas grand chose à « jouer », il n’y a pas énormément de dialogue. Il doit souvent construire quelque chose et souvent il est une transparence.

 

Mathieu Chevé

Comment avez-vous conçu les personnages gays?

Il y a de nombreux personnages gays, dont celui joué par Jean-Christophe Bouvet ou celui de Mathieu Chevé. Ce qui m’intéressait c’est que je sois à chaque fois des personnages très différents. Si on dit « film gay » parce que des hommes couchent des hommes, pour moi être gay ce n’est pas ça. C’est une autre dimension et ça peut être aussi le camp, comme le personnage interprété par Liliane Montevecchi.

 


Fabienne Babe

Il y a aussi beaucoup de personnages féminins, comment les avez-vous écrits?

J’ai vraiment écrit les rôles pour les actrices auquel j’avais pensé. J’ai fait avec leurs voix, j’écris avec leur visage. J’ai inventé le personnage de la libraire parce que je voulais que Nathalie Richard joue le rôle. Certaines spectatrices m’on fait la remarque que les femmes avaient l’air très seules et déprimées dans ce film. Mais je leur ai répondu que pour moi elles sont absolument belles et que ce sont des reines. Fabienne Babe, certes, c’est une chanteuse de maison de retraites, mais elle a une force intérieure. Le fait que je montre des femmes sans mari, sans enfant, a pu faire penser à certaines que ces femmes sont à la dérive. Mais pour moi, elles sont fortes et elles sont libres. Même si la liberté qu’elles assument, c’est de jouer des tragédie à Vierzon. C’est la vie qui les amené là, mais cela ne les empêche pas d’être flamboyantes.

L’idée d’utiliser une appli gay de rencontres, c’est venue aussi très vite?

Pour moi, qui n’ai pas de téléphone mobile, Grindr jouait dans le film le rôle d’un GPS. Je voulais aussi montrer aussi les transformations de la drague gay. Je voulais montrer comment ces modes de drague mettent dans des états différents. La contemplation, l’attente dans la rencontre traditionnelle, et la rencontre technologique immédiate mais pas si immédiate que ça avec l’application de rencontres.

Travaillez-vous sur un autre projet ?

Oui je projet mais si j’ai je me temps pour écrire donc ça va prendre autant beaucoup d’énergie la productrice m’a proposé de retravailler avec elle je fais quelque chose de complètement différent j’aime bien le cinéma de genre j’aimerais faire un film policier.

Jours de France, de Jérôme Reybaud, avec Pascal Cervo et Arthur Igual, actuellement en salles.

 

La bande-annonce de « Jours de France »: