Laurence Vanceunebrock-Mialon
Laurence Vanceunebrock-Mialon

Laurence Vanceunebrock-Mialon, députée lesbienne En Marche, veut s’engager pour la filiation (et la PMA)

Ne lui dites pas que c’est un coming-out! « Tous mes collègues sont déjà au courant », balaie d’un revers de main la députée La République en Marche Laurence Vanceunebrock-Mialon, quand on lui pose la question. « Peut-être un coming-out médiatique et encore… Ce n’était pas la volonté en tout cas. », insite-t-elle.

Rappel des (brefs) faits: hier, cette élue du département de l’Allier poste sur sa page facebook un bref encart du Point où elle est décrite de la manière suivante: « Cette ex-policière, mère avec son ex-compagne de deux filles, ne peut aujourd’hui reconnaître la seconde. Cette novice de la politique va donc s’investir dans la révision de la loi bioéthique en 2018. »

Le post facebook est accompagné de plusieurs liens vers les profils de LGBT En Marche, l’ADFH, Flag et Têtu.

« Le but était de partager cette information auprès des associations par rapport à ce qui va se passer [sur la PMA] », nous explique-t-elle au téléphone.

Sur la PMA, Laurence Vanceunebrock-Mialon sait de quoi elle parle

Elle sait de quoi elle parle puisqu’elle est mère de deux filles, de 17 et 13 ans, issue d’une relation avec son ex-compagne. « Chacune des deux a porté un enfant et nos filles ont été conçues via PMA en Belgique », précise-t-elle.

Les deux femmes se sont séparées avant l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Conséquence: Laurence Vanceunebrock-Mialon n’a aucun droit ou devoir envers sa plus jeune fille et, réciproquement, son ancienne partenaire envers leur aînée.

Toutes deux ont refait leur vie depuis avec une nouvelle compagne. Elle s’est mariée, la mère de ses enfants a fait de même et l’épouse de cette dernière a donné naissance à un petit garçon en 2014. « Mon ex-compagne a pu adopter leur fils », note-t-elle.

« [Pour les gays et les lesbiennes ] Il faut se marier pour devenir parent et passer devant le tribunal », déplore-t-elle au passage. Alors que dans un couple hétéro non marié, le père peut simplement reconnaître son enfant auprès du service d’état civil et dans un couple marié, la présomption de paternité fait que le mari est automatiquement désigné comme père.

Comme l’ancien couple n’a pas pu passer devant le maire, les deux femmes ne peuvent bénéficier des droits parentaux sur leurs enfants.  » Si je pars en vacances avec mes filles et qu’il arrive quelque chose à la plus jeune, il faudra appeler la « mère du ventre » pour prendre d’éventuelles décisions médicales. Et il y a plein d’exemples comme ça. », pointe du doigt la députée.

C’est donc pour cet ensemble de raisons qu’elle envisage de participer à la révision de la loi bioéthique, prévue pour fin 2018.

Si elle n’a pas voulu faire un coming-out avec tambour et trompette, Laurence Vanceunebrock-Mialon, estime malgré tout que sa visibilité en tant que lesbienne est « importante pour ce qu’elle a à défendre, en lien avec les associations. »

« Je n’ai pas de drapeau chez moi »

« Je vis mon homosexualité de manière normale », insiste-t-elle. « Je n’ai pas de drapeau chez moi. Je suis quelqu’un d’assez classique. » Et d’ajouter en riant: « Je suis chiante, en fait! ».

Avant d’être élue, elle exerçait le métier de policière. Elle vit dans la petite ville de Bellenaves dans l’Allier. « Tout le monde est au courant. J’ai emménagé en 2002 et je suis tout de suite allée voir la directrice de l’école pour lui expliquer que ma fille vivant dans un contexte familial particulier. Tout s’est bien passé. Et tout se passe bien. »

Elle se dit déçue de François Hollande « qui s’est arrêté au milieu du gué » sur la PMA. Quand on lui fait remarquer que les associations LGBT sont un peu sceptiques sur la volonté d’Emmanuel Macron d’ouvrir la PMA, elle répond: « Dans la mesure où j’ai l’impression d’être un peu aux manettes, je veux être optimiste. J’ai envie d’être optimiste. »

Elle nous informe par ailleurs que le député guadeloupéen Olivier Serva, qui avait fait couler beaucoup d’encre pendant la campagne pour avoir déclaré il y a quelques années que l’homosexualité était une « abomination », lui a demandé de travailler sur les discriminations LGBT aux Antilles et en Guadeloupe en particulier. « Et je travaille sur des projets qui n’ont rien à voir avec ces thématiques », ajoute-elle.

La deuxième députée (ouvertement) lesbienne de l’histoire de l’Assemblée

L’Assemblée Nationale comptait jusqu’ici cinq députés homosexuels: Luc Carvounas (PS), Franck Riester (Républicain constructif), Sébastien Chenu (FN), Bruno Bilde (FN) et Pacôme Rupin (LREM). Laurence Vanceunebrock-Mialon est donc la sixième. Et seulement la deuxième députée ouvertement lesbienne de l’histoire de l’Assemblée Nationale. La première fut l’élue socialiste Françoise Gaspard, députée de l’Eure et Loir entre 1981 et 1988. Au Sénat, on n’a connu qu’une seule élue ouvertement lesbienne, l’ancienne sénatrice Corinne Bouchoux, de 2011 à 2017.

Photo via Wikipedia