Le Nouvel An chinois n’est pas toujours gai pour les LGBTQ asiatiques au placard (Vidéo)

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Ce week-end marque le Nouvel An chinois (ou le Nouvel An lunaire ou le Festival du printemps comme on l’appelle en Asie). Nous entrons dans l’Année du Coq selon le zodiaque chinois, et pour commémorer les festivités, beaucoup d’Asiatiques LGBTQ rentrent chez eux, non seulement en Chine, mais aussi dans d’autres pays comme le Brunei, l’Indonésie, la Malaisie, la Corée du Nord, Singapour, la Corée du Sud, Taïwan et le Vietnam.

Malheureusement, beaucoup de ces personnes LGBTQ asiatiques devront retourner au placard durant cette visite. Certain.e.s vont même devoir épouser une personne du sexe opposé. Contrairement à l’Amérique, la pression chinoise pour rester au placard et se marier hétérosexuellement ne résulte pas de valeurs religieuses conservatrices, mais plutôt de l’énorme pression socioculturelle pour le mariage, pour avoir des enfants et pour prendre soin des parents dans leur grand âge. Cette pression augmente pour une génération plus âgée d’enfants célibataires nés dans le cadre de la politique de l’enfant unique de la Chine qui s’est relâchée, une politique qui place les attentes parentales sur un seul enfant plutôt que dans beaucoup de frères et sœurs.

Phénomène du placard

Un rapport de l’ONU de 2016 a conclu que 95% des gays chinois restent au placard, bien que d’autres enquêtes aient proposé d’autres estimation, entre  22 et 55%. Le phénomène du placard  est si courant qu’en 2015, la branche chinois des Parents, des familles et des amis des lesbiennes et des gais (PFLAG) a commandé un film de sept minutes intitulé «Rentrer à la maison», dans lequel un homme gay chinois retourne au placard lors de la visite à ses parents durant le Nouvel An. Ses parents le rejettent plus tard, après son coming-out.

La vidéo – qui a été réalisée grâce à un financement participatif de 1600 dollars et a obtenu 108 millions de vues peu de temps après sa sortie – visait à «sensibiliser davantage à l’homosexualité dans la société chinoise plus large.» Vous pouvez la regarder ci-dessous.

Bien que la Chine ait décriminalisé l’homosexualité en 1997, elle est restée dans la liste des troubles mentaux jusqu’en 2001. De nos jours, la Chine n’offre pas de mariage de même sexe légalisé et certaines cliniques sur le continent utilisent la «thérapie de conversion» par électrochoc pour tenter de transformer les personnes LGBTQ en hétérosexuels (ça ne marche pas). Le gouvernement utilise des manuels anti-gay dans les écoles et a interdit toute représentation de personnes LGBTQ à la télévision, en les rangeant aux côtés de l’inceste et des abus sexuels. Il y a une absence déducation sexuelle au niveau national; avant l’Internet, de nombreux Chinois ont dit qu’ils ne pouvaient trouver aucune information sur les identités LGBTQ.

Les militants qui travaillent contre ces discriminations risquent d’être qualifiés de dissidents politiques, de voir leurs communications surveillées par le gouvernement, d’être harcelés par la police ou d’être emprisonnés indéfiniment.

Naturellement, rester au placard et rejeté par les parents aggravent le stress, les troubles mentaux, le suicide, l’abus de drogues et la pauvreté. Mais la culture du placard de la Chine a un autre effet secondaire: Les tongqi, ces millions de femmes hétérosexuelles qui se marient à des hommes gay au placard.

Des chercheurs LGBTQ qui ont parlé au magazine Vice estiment qu’en Chine, entre 10 à 19 millions de femmes hétérosexuelles  épousent des hommes gays. Un chercheur estime que 80% des hommes gays se marient avec des femmes hétéros. Ces femmes subissent aussi des pressions pour se marier, de peur d’être étiquetées une shengnu, une «femme laissée pour compte» après 30 ans. Certains tongqi ne découvrent que leurs maris sont gays que lorsqu’ils cessent d’avoir des rapports sexuels avec elles, qu’elles les surprennent dans un rapport sexuel avec un homme ou qu’elles attrapent une IST. Une estimation indique que 10% des tongqi se suicideront. En réponse, les groupes tongqi ont commencé à apparaître sur les médias sociaux où les femmes peuvent parler (et, espérons-le, survivre) à l’épreuve.

Des mariages formels entre gays et lesbiennes

Alternativement, parfois des gays et des lesbiennes remplissent les attentes des parents en se mariant les uns les autres dans des arrangements connus sous le nom xingshi hunying («mariage formel»). Les attentes culturelles qui conduisent à cette invisibilité et à ces mariages artificiels ne se limitent pas à la Chine, mais aussi à d’autres pays asiatiques qui célèbrent le Nouvel An lunaire.

Nouvel an chinois 2, papa arc-en-ciel, Dans le placard chinois, Fan Popo

Mais l’espoir demeure. Darrel Cummings, chef du personnel au Centre LGBT de Los Angeles et fondateur du programme des Leaders émergents en Chine, – un cours intensif et immersif de six semaines basé aux États-Unis pour aider les futurs militants LGBTQ chinois et les dirigeants communautaires. Depuis le lancement  du programme, il y a neuf ans, il n’y avait qu’une poignée d’organisations LGBTQ, une seule d’entre elles était dirigée par quelqu’un qui était effectivement salarié et aucun de leurs dirigeants n’était out auprès de leur famille même s’ils se considéraient comme des leaders du mouvement.

Désormais, constate Cummings, il y a des organisations LGBTQ partout dans le pays parce qu’une nouvelle génération de militants LGBTQ et des organisations comme PFLAG Chine et le Centre LGBT de Pékin ont commencé à sensibiliser à la visibilité LGBTQ, à la politique et à la philanthropie.

Le cinéaste queer Fan Popo a réalisé plusieurs films – dont The Chinese Closet: Being Gay in China et Papa Rainbow, un documentaire sur les pères des personnes LGBT en Chine – et a commencé à voyager à travers le pays, en montrant son travail aux groupes communautaires et en discutant au sujet des effets que les familles ont sur leurs enfants queer. Parallèlement, des applications sociales populaires comme WeChat et Blued, une application sociale homosexuelle fondée par un policier chinois autrefois au placard, ont également aidé les hommes gays et bis chinois à se connecter et à former des réseaux de soutien pour s’aimer, pour des relations et pour du soutien,toutes choses difficiles à trouver hors ligne.

Traduction: Christophe Martet