Louis(e) TF1
Louis(e) TF1

Nous avons regardé « Louis(e) », la série de TF1 dont l’héroïne est trans

Nous avons regardé les deux premiers épisodes de Louis(e), la série dont l’héroïne est trans, diffusée à partir du 6 mars sur TF1. D’emblée, il faut dire qui parle: un homme cisgenre. Je n’aurai donc pas la prétention de tout connaître du vécu des personnes trans. Mais membre de la communauté LGBT depuis quelques décennies, j’ai pu me familiariser avec les combats, les revendications mais aussi les difficultés quotidiennes d’hommes et de femmes qui ne sont pas né.e.s « dans le bon corps ».

La télé s’y intéresse depuis quelques années maintenant, mais c’est souvent dans des documentaires que les personnes trans sont présentes. Quelques fictions pour le petit écran ont été produites, notamment Vénus et Appollon (2009) de Tony Marshall. Ou encore La Nouvelle Maud (2010), avec à chaque fois un rôle de femme trans tenue par l’actrice trans Pascale Ourbih.

Une actrice cisgenre

Cette fois-ci, TF1 veut aller plus loin, puisque Louise est le personnage principal de sa série en prime time. Toute l’action tourne autour de son retour dans sa famille. Mais premier souci, c’est une actrice cisgenre, Claire Nebout, qui interprète le rôle. Claire Nebout est une très bonne actrice et ses intentions sont louables. N’a-t-elle pas déclaré à propos de la série: « La transsexualité reste encore en France un sujet tabou qui peut effrayer. Lui apporter de la visibilité peut peut-être permettre une évolution des mentalités. ». Son interprétation provoque un certain malaise tout simplement parce qu’on y croit pas vraiment. Et surtout, on imagine ce qu’une actrice trans, et il y en a, aurait pu donner comme profondeur à ce personnage qui est pratiquement de tous les plans. Aux Etats-Unis, nombre d’acteurs et d’actrices trans commencent à s’imposer. Dommage que TF1 n’ait pas pris le pli de cette évolution.

« Il s’est coupé le… »

L’autre problème majeur est que le personnage de Louis(e) est présentée comme celle « par qui le scandale arrive ». L’histoire commence alors que Louise s’installe en face de la maison de sa femme Agnès (Héléna Noguerra) après une absence de sept ans durant laquelle on comprend qu’elle a effectué sa transition. Elle souhaite retrouver sa place auprès de ses deux enfants, qui sont maintenant élevés par le compagnon d’Agnès, Adrien (Jean-Michel Tinivelli). Mais le couple ne l’entend pas ainsi. Adrien en particulier est un personnage –évidemment– assez bourrin qui ne manque pas de lancer à sa compagne: « Ton ex est un transsexuel machin chose, il va s’installer en face de nous. C’est pas normal, il s’est coupé le… » Quand à sa fille de 16 ans, elle lance à Louise: « T’as pas eu le courage de nous dire qui tu étais ».
Là où Louis(e) travaille comme médecin, les choses ne vont pas bien se passer, au début tout du moins. Le chef de service est très compréhensif. « Tu es une femme mais t’es toujours mon pote », lui dit-il. Mais là encore, c’est à Louise de s’adapter.
Tous ne réagissent pas négativement, à l’image du petit copain de l’adolescente qui s’exclame, maladroitement: « Ton père c’est une meuf. Une transgenre, c’est cool. »

Souci presque pédagogique

Les créateurs de la série, Thomas Perrier et Fabienne Lesieur, sont des scénaristes chevronnés. Thomas Perrier a signé le scénario de nombreuses séries pour TF1, dont  Joséphine ange gardien, Camping Paradis ou encore Julie Lescaut. Quand à Fabienne Lesieur, elle a été scénariste  sur Hôtel de la plage, diffusée sur France 2. Il faut être comme le disent les chaînes « concernant ».  Il y a donc dans cette série de bons sentiments. Ainsi qu’un policier amoureux de Louise mais qui va être trompée, une meilleure amie trans, un frère totalement bloqué, et le jeune fils de Louise, fan de basket. Il « ne se doute de rien » et devient très ami avec sa nouvelle voisine.
Louis(e) s’inscrit donc dans ces séries grand public dont l’enjeu est de se saisir de thématiques sociétales et d’aborder des sujets dans un souci presque pédagogique. C’était ainsi le rôle de L’Instit, série phare des années 90, où l’on abordait les thèmes du racisme ou du sida. Louis(e) n’échappe pas au genre et force est de reconnaître que les difficultés auxquelles sont confrontées les personnes trans –le regard de la société, les obstacles administratifs, la vie affective et professionnelle, sont exposées de façon assez réalistes. Mais on n’échappe ni au pathos, ni aux clichés.

L’enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on. Le malaise vient aussi de ce que cette série ne s’interroge pas du tout sur les stéréotypes de genre, sur les assignations à des rôles sociaux en fonction de son genre ou de son sexe. Louise pleure beaucoup à chaque nouvelle épreuve. Elle continue aussi d’aimer jouer au basket et à plusieurs reprises, elle explique qu’elle reste « le père » de ses enfants. On est sur TF1 il ne faut pas être trop exigeant?

La diffusion en prime time de Louis(e) est cependant à marquer d’une pierre banche. Si les audiences sont bonnes, TF1 envisage même une suite. Verdict lundi 6 mars.