Exclusif: Emmanuel Macron grand favori de la présidentielle pour les gays sur Hornet

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J-58. Dans moins de deux mois, les citoyen.ne.s françaises seront appelé.e.s à voter.  Pour choisir le ou la candidate qui conduira pendant cinq ans la destinée du pays.

La campagne s’accélère avec le ralliement surprise de François Bayrou à Emmanuel Macron, celui de Yannick Jadot à Benoit Hamon. Mais aussi avec les affaires qui pèsent sur le candidat de la droite François Fillon et sur Marine Le Pen. Les jeux n’ont jamais été aussi ouverts. Mais qu’en est-il du « vote gay »?

Du 12 au 20 février, Hornet, le premier réseau social gay en France, a organisé une consultation de ses utilisateurs sur la prochaine élection présidentielle.

Nous voulions connaître l’opinion des utilisateurs de cette appli de rencontres, d’informations et de services, sur les différents candidats, les thèmes de campagne privilégiés par les gays et leurs intentions de vote. Quels sont les rapports de force des différents partis représentés? Comment Marine Le Pen est-elle perçue parmi les gays? Quels sont les sujets de préoccupation les plus importants pour ce panel? Une consultation riche d’enseignements à moins de deux mois du premier tour et dont nous présentons en exclusivité les résultats.
Premier constat, le sujet des élections passionne. En quelques jours, après avoir reçu un message dans leur boite sur l’appli, 3200 personnes ont répondu au questionnaire. Cela permet de proposer une photographie sur une population assez jeune de gays dont la moyenne d’âge déclarée serait d’environ 26 ans.

 

Des gays très mobilisés

« Pensez-vous aller voter à la présidentielle? » Sur les 3212 répondants à cette question, une écrasante majorité (92%) déclarent penser voter en avril et en mai prochain. C’est plus que dans la population en général. Cette élection semble donc passionner les gays interrogés. Les indécis sont 4,7%, et ceux qui ne pensent pas aller voter représentent 3,3% des répondants.

 

Macron loin devant pour le premier tour

Le choix du ou de la candidate arrive dès la question n°2. La liste officielle des candidat.e.s n’étant pas encore publiée, nous avons choisi celles et ceux qui représentent la plupart des courants de pensée. C’est la première grosse surprise de cette consultation. Un candidat se détache très nettement du lot. Il s’agit d’Emmanuel Macron, qui recueille 38,1% des intentions de vote. Le plus jeune des cinq principaux candidats, se présentant ni de droite ni de gauche, Emmanuel Macron semble séduire cette population jeune. Cette consultation a pourtant eu lieu au moment où le candidat d’En Marche a fait sa déclaration sur la « Manif pour tous », regroupant les opposants au mariage pour tous. Il avait expliqué que ces derniers auraient été humiliés durant ce quinquennat. Des propos qui ont provoqué la colère de nombreuses associations et personnalités LGBT. Mais cela  ne semble pas avoir affecté l’opinion des répondants.

 

La déconfiture de François Fillon

Autre enseignement majeur, le candidat de la droite et du centre, François Fillon, arrive en cinquième dans notre classement, avec seulement 7,3% des intentions de vote. En pleine affaire des emplois supposés fictifs de sa femme et de ses enfants, François Fillon semble payer le prix de ces révélations. Lors des primaires, Francois Fillon était aussi le seul parmi les principaux candidats à déclarer qu’il voulait réécrire la loi sur le mariage pour tous. Fillon veut en effet réserver l’adoption plénière aux couples hétérosexuels. Enfin, ce candidat a reçu à de maintes reprises le soutien appuyé des ténors de la « Manif pour tous » et des milieux conservateurs, en particulier catholiques.

La gauche est un peu à la peine

Cet effondrement de la droite classique ne s’accompagne pas d’une préférence marquée pour les deux principaux candidats de la gauche. Benoit Hamon, du Parti socialiste, mais critique du dernier quinquennat, est à 18,5% des intentions de vote déclarées. Jean-Luc Mélenchon, du Front de gauche, est à 13,2%.

Cela correspond peu ou prou à la tendance qui se dégage des sondages réalisés ces dernières semaines. Les candidats de l’extrême gauche (Nathalie Arthaud et Philippe Poutou) ne recueillent que 1,3% et celui de la droite traditionnelle, Nicolas Dupont-Aignan, est à 1% des intentions de vote.

Marine Le Pen en forme mais…

Reste Marine Le Pen. Elle arrive en deuxième position. Mais recueille deux fois moins de vote que Macron: 19,2% des intentions de vote. C’est beaucoup moins que ce que montrent les sondages nationaux qui la placent en ce moment entre 25 et 27%. La candidate du FN est une farouche opposante à l’égalité des droits, comme l’indique son programme: suppression du mariage pour tous, non à la PMA et à la GPA. Elle a cependant pris grand soin, durant la période des débats sur l’ouverture du mariage de ne pas défiler avec les opposants. Comme le montre cette enquête de Buzz Feed, elle a aussi utilisé un langage qui peut séduire les gays. Très franchement, dans l’ambiance actuelle, on aurait pu s’attendre à ce qu’elle fasse plus.

Le travail, l’éducation et la sécurité en tête des préoccupations

Les réponses à la question suivante vont peut être nous aider à mieux comprendre pourquoi près d’un répondant gay sur cinq peut être tenté par le vote FN. Les internautes pouvaient choisir trois thèmes parmi les huit répertoriés à la question 3, et pouvaient aussi ajouter un thème manquant. Le trio de tête des sujets les plus importants est composé du travail (77% des répondants), de l’éducation (49,6%) et de la sécurité (45,1%). La question des droits LGBT n’arrive qu’en cinquième position, avec 36%, juste derrière les impôts (40,2%) et devant l’immigration (29,9%).

Les préoccupations de la vie quotidienne prennent le pas sur les revendications plus spécifiques, la lutte contre le VIH ne recueillant que 8,1% des votes des 3197 répondants à cette question. Cela montre que les gays sont des citoyens comme les autres (même si certains semblent encore en douter!). Avec un chômage à près de 10% et un système éducatif qui ne remplit pas la promesse républicaine d’égalité des chances, ce résultat n’est pas surprenant, comme ne l’est pas non plus l’importance donnée à la sécurité, dans un contexte marqué par une série d’attentats terroristes en 2015 et 2016, qui ont fait des centaines de morts et des milliers de blessés. Avec pour ce dernier sujet une préoccupation sans doute plus forte vis-à-vis des violences à caractère homophobe.

Ces réponses permettent aussi d’émettre des hypothèses sur le choix du candidat. Emmanuel Macron parle beaucoup du travail, des impôts, de l’éducation, des thèmes plébiscités par les internautes. Quand à Marine Le Pen, elle a fait son fonds de commerce sur la sécurité, n’hésitant pas à désigner une partie de la population, les musulmans, comme responsables de l’homophobie. On se souvient de sa déclaration en 2010: «J’entends de plus en plus des témoignages sur le fait que dans certains quartiers, il ne fait pas bon être femme, ni homosexuel, ni juif, ni même français ou blanc.» Jouer les musulmans contre les homosexuels semblent parler aux oreilles de certains.

Dans le contexte de l’affaire d’Aulnay, nous avons aussi mentionné la question du harcèlement policier, elle recueille 8,7% des votes.

Dans son essai Pourquoi les gays sont passés à droite, paru en 2010, Didier Lestrade avait pointé la droitisation des gays. Ce qui ressort de notre consultation, c’est que François Fillon n’en profite pas du tout, sans doute parce que ses prises de position répétées et négatives le font apparaître comme véritablement hostile. Durant tout son parcours de parlementaire depuis le début des années 80, Fillon a toujours voté contre les lois d’égalité. Il a voté contre la dépénalisation de l’homosexualité en 1982, contre le pacs en 1999 et contre le mariage pour tous en 2013.  L’environnement/l’écologie, qui n’était pas listée, fait partie des autres préoccupations importantes pour les répondants.

 

L’image des candidats: peuvent mieux faire

La question 4 porte sur l’image des cinq principaux candidats. François Fillon décroche la palme du candidat avec l’image la plus mauvaise:  83% d’avis défavorables ou très défavorables.  C’est la Bérézina, pour reprendre une expression entendue dans son camp. Marine Le Pen n’est pas très loin avec 68% d’avis défavorables ou très défavorables.

Les trois autres candidats listés reçoivent plus de notes favorables ou très favorables que de notes basses. Sans surprise, c’est Emmanuel Macron qui recueille le plus de notes positives avec 46% suivi de Benoit Hamon (36%) et de Jean-Luc Mélenchon (29%). Ce n’est pas franchement un très bon score pour des candidats pro égalité des droits  LGBT. D’autant qu’ils se disent prêts à aller plus loin en autorisant notamment la PMA pour les couples de lesbiennes. Benoit Hamon paye sans doute sa participation au gouvernement, même s’il l’a quitté en 2014. Mais c’était lorsqu’il était ministre de l’Education qu’ont été abandonnés, les ABCD de l’égalité.  Ce programme d’enseignement dont l’objectif était de lutter contre le sexisme et les stéréotypes de genre. Les opposants à ce programme évoquaient une pseudo « théorie du genre » et avaient organisé des journées de retrait de l’école.
Les internautes pouvaient aussi choisir la note 3 pour «ni favorable ni défavorable». Au coude à coude, on retrouve Fillon (7%) et Le Pen ( 8%), puis Macron avec 19% et enfin Hamon et Mélenchon ex-aequo avec 22% d’opinions neutres.

 

Flash-back sur le vote lors de la précédente présidentielle

Les deux dernières questions portent sur l’élection présidentielle de 2012. Elle avait vu la victoire du candidat de gauche François Hollande face à Nicolas Sarkozy, de l’UMP (rebaptisé Les Républicains). Les internautes déclarent avoir voté à 33,2% pour François Hollande au premier tour en 2012 et pour Nicolas Sarkozy à 16,2%. Cela représente près de la moitié des votes déclarés. En 2017, les deux principaux représentants du PS et de LR, Hamon et Fillon, ne recueillent que 25,8% des voix. Il s’agit donc d’un effondrement des deux principaux partis qui dominent la scène politique depuis des décennies. En 2012, le rejet de Nicolas Sarkozy était très fort dans l’opinion. La question du mariage pour tous était un marqueur de clivage entre la droite et la gauche.

 

Le Pen et Mélenchon gagnent des points par rapport à 2012

Marine Le Pen était pour la première fois candidate en 2012, après avoir remplacé son père à la tête du FN en 2010: 13,3% des répondants déclarent avoir voté pour elle. Elle fait donc six points de mieux cette année. Quand à Jean-Luc Mélenchon, son score de 2012 se situait à 8,2%. Cette année, il fait beaucoup mieux avec cinq points de plus.

 

La candidature de Macron redistribue les cartes

Sur plus de 3200 répondants, cette consultation réserve donc pas mal de surprises. La dynamique enclenchée par Emmanuel Macron et son positionnement semblent plaire. Quand à Marine Le Pen, elle conforte sa position mais n’est pas, comme dans les sondages nationaux, numéro un. On peut voir dans ce score de Marine Le Pen les deux faces de la pièce. D’un côté, son attraction semble limitée. De l’autre elle séduit quand même un répondant sur cinq. Pour quelqu’un qui a dans son programme des mesures fortes contre les LGBT, c’est un paradoxe. Mais les répondants ne se déterminent sans doute pas uniquement en fonction des problématiques spécifiques aux LGBT. Et décidément, cette campagne présidentielle, telle une série bien ficelée, nous offre des épisodes toujours riches en rebondissements.

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