emmanuel macron président gay-friendly

Emmanuel Macron sera-t-il un président gay-friendly ?

This post is also available in: English

Elu dimanche avec 66,1% des voix contre 33,9% à sa rivale Marine Le Pen, Emmanuel Macron devient Président de la République, dans un pays où depuis 4 ans, les couples gays et lesbiens peuvent se marier et adopter des enfants.

Si l’on peut retenir une loi progressiste de son prédécesseur, François Hollande, ce serait sans doute celle qui a ouvert le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. Mais des promesses n’ont pas été tenues, en particulier l’ouverture de la Procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules. Et le gouvernement n’a pas su répondre à la levée de boucliers des homophobes.

Ces cinq derniers mois, durant la longue et imprévisible campagne présidentielle, le candidat de la droite, François Fillon, a bénéficié du soutien appuyé de mouvements homophobes comme Sens Commun et la Manif pour tous et il promettait la fin de l’adoption plénière. Marine Le Pen, la candidate du Front National, s’engageait à supprimer le mariage pour tous. Ces deux-là étaient bien sûr opposés à la PMA et à la GPA.

A gauche, Benoit Hamon, pour le Parti socialiste et Jean-Luc Mélenchon, de la France insoumise, avait les programmes les plus complets sur ces questions.

Sur ces questions, Emmanuel Macron a un peu semblé naviguer pendant plusieurs semaines. En février dernier, Emmanuel Macron a débuté la campagne en faisant face à des rumeurs d’homosexualité. La rumeur n’est pas nouvelle. En novembre dernier, il avait déjà démenti avoir une « double vie ». En février, il choisit l’humour pour démentir la rumeur qui lui prête une liaison avec Mathieu Gallet, président de Radio France. «J’entends dire que je suis duplice que j’ai une vie cachée ou autre chose. C’est désagréable pour Brigitte [Macron], et comme je partage mes jours et mes nuits avec elle, elle se demande comment je fais.»

Mais quelques jours plus tard, ce sont ses propos au sujet de la Manif pour tous qui provoque un tollé. Dans une interview à L’Obs, il explique que l’une des erreurs du quinquennat a été d’ignorer une partie du pays, et cite comme exemple… la «Manif pour tous». « C’est ce qui s’est passé avec le mariage pour tous, où on a humilié cette France-là. Il ne faut jamais humilier, il faut parler, il faut «partager» des désaccords». Emmanuel Macron provoque l’incompréhension des militants LGBT et d’une partie de la gauche. Dans les sondages, il semble perdre du terrain même s’il est le favori auprès des gays de notre consultation fin février.

Lors de la publication officielle des programmes des candidats, nous écrivons que celui d’Emmanuel Macron souffle un peu le chaud et le froid. Contre la GPA mais pour la PMA, le candidat d’En Marche! qui se présente ni de droite ni de gauche veut sans doute ratisser large.

Mais au fur et à mesure de l’évolution de la campagne et face à un Jean-Luc Mélenchon très en forme et en hausse dans les sondages, Emmanuel Macron veut allumer des contre feux. Interview à Têtu, lettre ouverte aux associations LGBTI, il multiplie les attaques contre les mouvements homophobes comme Sens commun.

Lors de son dernier grand meeting à Paris, Macron parle longuement des familles homoparentales: « C’est pour cela que je défendrai ce qui a été fait durant ce quinquennat, que je protègerai toutes les familles, au nom des familles, parce que deux hommes qui s’aiment et ont des enfants, c’est aussi une famille, parce que deux femmes qui s’aiment et ont des enfants, c’est aussi une famille, et parce que leur reconnaître ce droit n’enlève rien à celles et ceux qui n’aiment pas cette idée, cela ne vous enlève rien, c’est leur droit enfin reconnu. »

Le gouvernement d’Emmanuel Macron sera formé dès le début de la semaine prochaine. Si les questions LGBT n’ont jamais fait partie de ses priorités, les associations annoncent qu’elles seront vigilantes. Macron annonce que l’éducation sera le fer de lance de la lutte contre la haine envers les personnes LGBTI, reprenant peu ou prou le programme déjà engagé par François Hollande à la toute fin de son quinquennat contre les LGBTphobies. Macron veut aussi que les personnels de la fonction publique soient mieux formés et que la justice soit intraitable dans la lutte contre les discriminations.

La PMA devrait également faire partie des premiers dossiers où l’on va pouvoir tester la volonté gay-friendly du Président. Le Conseil national d’éthique doit rendre son avis sur l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. Si, comme on peut le penser, il sera favorable à cette évolution, Emmanuel Macron s’en saisira-t-il pour faire changer la loi? Réponse sans doute dans quelques semaines.