Fact checking: Manuel Valls veut ouvrir le débat sur la PMA… après l’avoir enterré

Manuel Valls, candidat à la primaire de la gauche, a présenté  son programme mardi 3 janvier. S’il était élu président  de la République en mai prochain, il ouvrirait le débat sur la PMA, la procréation médicalement assistée, toujours interdite en France aux couples de femmes et aux femmes célibataires.

Extrait de son programme:

«Le président de la République doit aussi être celui qui assume d’ouvrir certains débats qui traversent et parfois fracturent notre société. Je pense notamment aux grands enjeux bioéthiques qui restent devant nous, autour notamment de la question de la PMA, mais aussi aux débats profonds qui demeurent autour du droit à mourir dans la dignité. Je ne chercherai pas à éviter ces sujets car notre société, si elle accepte l’éthique de la discussion et de la responsabilité, peut sortir grandie de ces échanges.»

 

Belle déclaration d’intention en effet mais pourquoi ferait-il demain ce qu’il a refusé de faire lorsqu’il était Premier ministre?

Souvenez-vous. Nous étions en pleine campagne pour la présidentielle de 2012. François Hollande avait pris comme engagement d’ouvrir le mariage et l’adoption aux couples de même sexe (le fameux Engagement 31). Il avait aussi à plusieurs reprises déclaré sa volonté d’autoriser la PMA pour les femmes lesbiennes. Lors d’une soirée organisée par l’Inter-LGBT, la Fédération LGBT et l’Interpride aux Folies Bergères à Paris, en mars 2012. Najat Valllaud-Belkacem, porte parole du candidat Hollande avait été très claire: les nouvelles formes de famille seront reconnues et la procréation médicalement assistée sera ouverte à tous les couples « sans distinction ». Voir à 11 minutes dans la vidéo ci-dessous:

Une fois élu, François Hollande a voulu faire de l’égalité des droits un des marqueurs de son quinquennat. Mais de renoncements en manifestations homophobes de la « Manif pour contre tous », le vaste plan, qui devait apporter dans un même élan le mariage, l’adoption, la reconnaissance de toutes les familles et l’ouverture de la PMA, comme cela s’est fait dans de nombreux pays européens, a été détricoté. Durant toute l’année 2013, le gouvernement et les députés ont soufflé le chaud et le froid. Début 2013, en plein débat sur le mariage pour tous à l’Assemblée, la PMA est mise de côté, mais la ministre de la Famille, Dominique Bertinotti, affirme qu’elle fera partie de la loi sur la famille qu’elle prépare. Pour gagner du temps, le Comité consultatif d’éthique est aussi saisi. Ce Comité affirme qu’il pourrait rendre son avis à l’automne 2013 (on l’attend toujours trois ans plus tard…).

Dès 2014, le calendrier de la mise en oeuvre de la PMA aux couples de femmes devient de plus en plus incertain. Les députés souhaitent la mettre en oeuvre mais le gouvernement annonce en février que cela ne pourra pas se faire en 2014.

Et c’est le remaniement du 31 mars 2014 qui va porter le coup de grâce. Manuel Valls, qui a remplacé Jean-Marc Ayrault à Matignon, annonce le dimanche 27 avril, depuis le Vatican (tout un symbole) qu’il n’y aura pas de texte de loi d’ici 2017.
Interrogé par Le Figaro, il déclare: « La question de la PMA n’est pas la question qui préoccupe de façon majoritaire les Français. Et je le dis fortement, ce n’est pas une question qui aujourd’hui est sur la table. »

Trois ans plus tard, Manuel Valls remet le sujet sur la table, mais prend bien soin de ne pas donner d’engagement sur l’ouverture ou non de la PMA. Même chose d’ailleurs sur la fin de vie, un autre engagement de François Hollande passé à la trappe et sur laquelle Manuel Valls souhaite ouvrir le débat. Les femmes lesbiennes doivent toujours se rendre à l’étranger pour avoir accès à la PMA. Pourquoi devraient-elles aujourd’hui croire Manuel Valls?