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Yannick Barbe, créateur de la soirée Menergy à Paris: ‘L’ennemie de la nuit gay, c’est la routine’

Lancée en 2014, d’abord au Social Club, désormais au Gibus, Menergy est une des soirées les plus pointues de Paris. Le parcours de Yannick Barbe créateur et DJ résident de Menergy, n’est pas banal. Connu la nuit en tant que DJ Babybear, Yannick est journaliste et a en particulier dirigé la rédaction du magazine Têtu mais a aussi été un des co-fondateurs de Yagg. Ce sont dans ces deux médias que nos chemins se sont croisés.

Aujourd’hui on sent qu’il s’éclate avec Menergy, le dernier vendredi de chaque mois (prochaine Menergy ce vendredi 27 janvier). Selon lui, on assiste aujourd’hui à une forme de renaissance de la nuit à Paris après une période un peu compliquée pour le clubbing. Dans cette interview, il nous explique le concept de Menergy qui rencontre un vrai succès, pourquoi le nom Menergy a été choisi et quel morceau il emporterait sur une île déserte.

Comment définirais-tu MENERGY ?

Menergy est partie d’un constat personnel. Je ne me retrouvais pas dans les soirées gays assez mainstream avec une musique très standardisée, cette progressive house que je ne trouvais pas très sexy. Je voulais proposer une ambiance clairement sexy, chaude entre garçons avec une exigence musicale pointue. J’avais  eul’idée de cette soirée dès le début des années 2000 car j’avais flashé sur ce nom, Menergy. C’est le nom d’un morceau créé par Patrick Cowley, mort du sida en 1981 et qui a été le compositeur attitré de Sylvester. Il a écrit ce morceau où l’on parle des garçons qui se retrouvent dans les backrooms. Il a aussi écrit des musiques de films porno gay et il mélangeait sa musique avec sa sexualité, avec sa vie perso.

D’autres soirées t’ont-elles influencé à la création de Menergy ?

C’est surtout la découverte de Berlin au milieu des années 2000 avec la naissance du Berghain, avec le Panorama bar. Berlin était l’épicentre mondial de la musique électronique. Tout d’un coup, il y a eu la rencontre du son froid allemand et de tout le groove et du son black américain gay américain. Ce n’est pas un hasard si de nombreux artistes, des blacks américains se sont installés à ce moment-là à Berlin. Il y avait ce sentiment de liberté et de pouvoir faire des fêtes n’importe où, en allant de soirée en soirée.

Une soirée c’cest bien sûr la musique mais c’est aussi une direction artistique. Comment vois-tu les choses pour Menergy?

Notre identité visuelle a beaucoup à voir avec cette période fin des années 70, le rouge et le noir, les codes couleurs de la communauté cuir émergente. Je déteste cette esthétique gay pas du tout esthétique et que l’on voit encore aujourd’hui – avec des couleurs criardes, des gogos épilés- qui fait un peu fête foraine. Menergy, c’est une esthétique assez minimale. Le club a des lumières uniquement rouges pendant la soirée. Parfois je tolère quelques petites lumières bleues. On est assez chiant là dessus! Ce n’est pas parce qu’on fait une soirée, la nuit, que le détail n’est pas important. Pour l’identité visuelle, travailler sur un détail du corps est une référence directe à cette imagerie seventies et du début des années 80 qui alimentait mes fantasmes d’ado.

Mais est-ce une soirée nostalgique?

J’ai 46 ans et j’avais peur que ça devienne une soirée avec des gens qui regardent des diapositives de Jim French! Rires. Mais non, on a tous les types de mecs. De par la musique que l’on passe, le groove, la sexualité de la musique. A Menergy, tu peux avoir un mec super musclé qui danse à côté d’un garçon chubby avec du poil et un peu de ventre et les gens s’en foutent. Ça m’arrive d’aller dans des soirées où le warm up commence à 130 bpm! Pendant le warm up, il faut mettre les gens dans une certaine disposition, il faut que la température monte. On n’a pas l’impression d’avoir découvert la roue mais les gens se sont appropriés Menergy parce que ce n’est pas oppressant.

Est-ce que tous les DJ sont dans ce même état d’esprit?

Oui mais en tant que DJ résident j’essaye de garder une certaine couleur musicale, avec des morceaux qui deviennent emblématiques.  J’aime bien terminer le set en pensant que cette soirée a été comme une expérience, un moment particulier. A la fin de chaque Menergy, je passe sur l’écran du Gibus le générique de fin. Un truc de folle totale! On y met tous les intervenants, les DJ, tous ceux qui travaillent au Gibus et pour la soirée. L’ennemi de la nuit gay c’est la routine. Ce que j’apprécie aussi c’est que le public se renouvelle, certains découvrent encore Menergy. C’est ce que les Américains appellent fresh meat. Qu’est-ce qui fait que tout d’un coup des garçons qui ne sortaient pas viennent et te disent: « c’est ma soirée préférée? »

Peux-tu nous parler de l’équipe qui travaille sur Menergy?

Le co-organisateur c’est le journaliste Oscar Héliani, qui avait déjà des soirées aux Bains Douches, qui s’appelaient Yes Sir I Can Boogie, une soirée bear électro où j’ai souvent mixé. Dès que j’ai créé Menerguy, j’ai pensé à lui. Julien Casas est à la direction artistique et c’est lui qui fait des photos des modèles pour nos flyers. Il a créé le logo et les affiches et tous les visuels postés sur les réseaux sociaux. C’est le trio de base et après il y a tous les gens qui qui sont autour de Menergy, dont le personnel du Gibus. Nicolas Maalouly est à la porte et c’est important d’avoir une porte « incarnée ».

Le monde de la nuit gay à Paris est-il  dévasté ou au contraire renaissant? Comment vois-tu les choses?

Je crois qu’il n’est pas du tout dévasté. Il y a peut-être eu une période creuse mais c’est vraiment derrière nous. Il faut savoir trouver les informations, c’est ce qui est le plus compliqué. Il y a une scène qui est très active avec des propositions différentes. Il y a aussi toutes ces soirées cheesy, un peu flashy ou camp, comme Power Pouf, House of Moda, mais aussi de plus anciennes comme Flash Cocotte, Le Bal con, sans parler des soirées installées comme Bear Drop. Il y a eu une explosion du nombre de soirées mais ça ne s’est pas accompagné d’une explosion des lieux. C’est pour ça que des fêtes ont lieu maintenant au delà du périphérique parce que c’est assez compliqué à Paris. Dans cette période politiquement et socialement dure, où les messages sont rétrogrades et où les LGBT s’en prennent plein la gueule, la nuit est un véritable espace de résistance.

Quel est le morceau que tu emporterais sur une île déserte?

Ce serait cette version de I’m Your Brother de Round One.

 

Est-ce qu’il y a des DJ qui t’ont marqué?

Pour la première soirée, nous avions invité Robert Owens, une des légendes de la house de Chicago, qui est installé maintenant à Berlin. J’étais sur un petit nuage! C’est aussi une des plus belles voix de la house. Quand il s’est mis à chanter I’ll Be Your Friend, c’était magique. On invite beaucoup de DJs, dont certains font partie du « patrimoine » parce qu’on aime bien les faire découvrir aux jeunes de 20 ans. Bon, Menergy, ce n’est pas un séminaire non plus! J’invite des DJ plus jeunes comme Sottoh ou d’autres.

Si tu devais conseiller un before avant Menergy?

Il faut aller à La folie, le nouveau lieu créé à la Villette par Rémy Baiget, l’ancien directeur de la programmation du Rex club. C’est un restaurant/bar/club très sympa. Avec des événements pas seulement électro, pas seulement gays. C’est top!

Et pour un after?

En after vous pouvez aller faire un tour au Péripate, lieu alternatif et underground, porte de la Villette. Et se laisser entraîner par les connaisseurs dans tous les lieux alternatifs au-delà du périphérique, dont certains sont très éphémères et ne font aucune promo.

Quel est ton plus beau souvenir à MENERGY ?

Je me souviens de la soirée de l’été 2015. C’était le jour où j’avais appris la liquidation de Têtu, le magazine dans lequel j’ai passé une grande partie de ma vie professionnelle et que j’ai dirigé. Je prenais un taxi pour aller à la soirée. Et en arrivant je vois cette file d’attente hallucinante. Je me souviens de ce mélange d’émotions. Tu viens quand même d’assister à l’enterrement du magazine et le soir même, tout le monde est content et la soirée t’échappe. Je crois aux signes et je sais que cette soirée restera un de ces moments dont je parlais tout à l’heure.

Comment vois-tu la suite?

Nous avons de grandes ambitions  pour développer la soirée. Mais je ne peux pas en parler pour l’instant. Surprise!

Photos de la soirée: Sébastien Coffre

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