J’ai participé à Mister Nude York et cela a sérieusement boosté mon ego

This post is also available in: English Español Português ไทย Türkçe

Plus jeune, vers 9 ou 10 ans, je faisais le show devant mon miroir, mais pas le genre de show que vous imaginez sans doute. Ce n’était pas du Disney, et je ne faisais pas semblant d’être Aladin (plutôt une version slutty de Jasmine). A peine sorti de la douche, j’allumais mon public imaginaire avec un strip-tease provocant. Pas étonnant que mon film préféré soit Pretty Woman. Les autres garçons voulaient devenir des pompiers ou des policiers, moi j’aspirais à devenir un strip-teaser ou un prostitué.

Avec juste une serviette autour de ma taille, je dansais souvent sur un titre de l’Immaculate Collection de Madonna. Ou alors c’était sur The Strip, de la comédie musicale Gypsy, le titre pendant lequel l’héroïne passe d’une jeune fille innocente à une strip-teaseuse pro en quelques minutes.

Comme Gyspy Rose Lee, j’ai eu ma première expérience d’effeuillage en public la semaine dernière la semaine dernière quand je me suis déshabillé devant une foule d’hommes gays en délire au concours annuel Mister Nude York, organisé par Daniel Nardicio.

mr nude york 2018
Ma tenue pour défiler

En tant qu’adulte, j’ai toujours eu des problèmes avec la manière dont je percevais mon propre corps. Pendant ma vingtaine, je me voyais comme trop maigre. Essayer de gagner de la masse — du muscle ou autre — était quasiment impossible. Les experts en fitness me disaient que j’avais besoin de calories pour que mes muscles grossissent et tout le cardio que je faisais anéantissait ce que j’avais gagné. Donc cela ne m’amenait nulle part.

Puis l’année dernière, la première année de ma trentaine, j’ai commencé à prendre du poids après quelque temps passé loin de la salle de sport. Un ami a remarqué que je prenais enfin des fesses, mais cela s’est accompagné de poignées d’amour. Cela m’a rendu mal à l’aise vis à vis de mon corps. Je me suis remis à la gym dans le courant de l’été dernier, pour espérer devenir comme les mecs que je suis sur Instagram.

Sur les réseaux sociaux, je suis inondé d’images d’hommes musclés qui, ironiquement, posent avec des pizzas. Leurs abdos sont sculptés, leur torse épais. J’ai toujours aimé mon corps, mais je sais qu’il n’est pas comme ce qui est considéré comme attirant chez les gays. Et être nu en public a toujours été une situation que j’essaie d’éviter.

The guy’s look on the left = priceless

A Fire Island, la plupart de mes colocs prennent le soleil nus. Ils se fichent de savoir que les voisins verront un cul un peu mou. Je suis impressionné par leur manque d’inhibitions et leur exhibitionnisme. J’essaie de faire comme eux, mais souvent je me retrouve à vite enfiler un maillot de bain. Pour ma défense, je dis que je préfère suggérer que montrer, mais la vérité est que je ne suis pas à l’aise avec le fait de montrer mon corps.

Sur les applis, je suis devenu un peu plus aventureux. Pendant longtemps, je refusais de montrer des photos hot, me disant que lorsque je deviendrais la version gay d’Oprah, je ne pouvais pas me permettre d’avoir des photos de moi nu qui se baladent sur les réseaux. En déménageant à New York, j’ai vite changé d’attitude vu qu’il est presque impossible de faire venir un mec sans dévoiler tout le matos. J’ai fini par accepter que tous les mecs dans un rayon de trois kilomètres autour de mon appartement ont vu ma bite et mon cul.

mr. nude york 2018 5
Quelques concurrents

Mais même si j’ai appris à aimer ces parties de moi, j’ai toujours du mal à aimer mon corps en entier. Je ne montre jamais des images de mon corps complet. C’est fascinant de voir qu’un mec voudra voir mes « atouts » et approuvera, puis me bloquera quand il verra une photo de mon corps ou de mon torse qui ne lui plaisent pas.

Parlons de la semaine dernière, maintenant. Quand j’ai vu l’appel à candidature pour la septième édition de Mister Nude York, j’y ai vu l’opportunité d’enfin mettre prendre mes insécurités à bras le corps. Je n’étais pas vraiment au courant des règles, mais je me suis dit « pourquoi ne pas mettre mon nom dans le chapeau? Je gagnerai peut-être. » Je lui ai écrit: « je participe ».

mr. nude york 2018
Allumer… la foule

Seule une poignée d’hommes ont osé s’inscrire à Mister Nude York 2018, mais parmi eux il y avait un adonis poilu qui travaille souvent en tant que go-go avec l’organisateur, un homme plus âgé qui a révélé aimer particulièrement les mecs latinos et asiatiques et un autre écrivain qui disait qu’il avait désespérément besoin d’argent pour payer les factures. Pendant la soirée, j’ai aperçu au premier rang un mec avec qui j’avais eu un rencard quelques semaines auparavant. Il ne m’avait pas encore vu nu, mais c’était sur le point d’arriver, pour lui et une centaines de mecs excités qui se trouvaient également dans la salle.

mr. nude york 2018
The top two bottoms

Je suis monté sur scène et essayé de laisser ma personnalité faire le boulot (ce que je fais habituellement quand je me retrouve dans des situations gênantes). Quand le moment est venu de retirer les serviettes et de faire une danse sexy, il n’était plus possible de se cacher derrière une répartie cinglante. Mais ma peur a très vite disparu et j’ai tout lâché. Je ne suis pas sûr de ce que la foule a pensé, mais je suis tenu là avec ma serviette dans une main et ma bite dans une autre, réalisant qu’il était maintenant trop tard pour éviter les flashs des appareils photos.

Je n’ai pas gagné Mister Nude York 2018, mais j’ai appris que se mettre nu dans une pièce pleine de gays excités est plus une question d’amour-propre que de sexe.

mr. nude york 2018 2
Le gagnant de Mister Nude York (pas moi, donc)

Et je me suis prouvé quelque chose à moi-même: la seule chose qui me sépare de l’un de mes pires cauchemars (ou de mes meilleurs rêves coquins), c’est la peur et quand je l’affronte, rien ne peut plus m’arrêter.

Ce soir-là, quelques mecs sont venus me chuchoter dans l’oreille qu’ils avaient voté pour moi et je leur ai promis que j’écris un livre-confession l’année prochaine. Je pense que je l’intitulerais What happened [référence au livre d’Hillary Clinton après avoir perdu la présidentielle face à Donald Trump].

Je me suis réapproprié mon identité gay cette nuit-là et je pense que l’exhibitionnisme et le manque d’inhibitions font partie intégrante de notre expérience collective en tant que gays. En devenant plus connecté à moi-même, je suis devenu plus connecté à la communauté gay, où je me sens chez moi. Beaucoup considèrent que nos corps n’ont pas de valeur ou qu’ils ne sont pas à la hauteur. Mais cette nuit-là, j’ai affirmé haut et fort que mon corps est important, tel qu’il est. Se mettre nu dans une pièce remplie de gens n’est peut-être pas pour tout le monde — et ça ne deviendra pas forcément une habitude pour moi — mais je vous mets au défi d’essayer.

Vous pourriez finir par vous aimer un peu plus qu’avant.

 

D’autres images de Mister Nude York 2018: