À New York, reportage auprès des gays du Parti Républicain dans leur environnement naturel

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Alexander Kacala, journaliste à Unicorn Booty, a assisté à une réunion des gays Républicains et a rédigé un article assez personnel sur cette soirée. Cette traduction en est une version légèrement raccourcie.

Écoutez vos ennemis politiques, en particulier ceux intelligents, puis découvrez un moyen de les faire rire. […] L’humour est toujours la meilleure défense et la meilleure arme. Si vous pouvez faire rire un idiot, il va au moins s’arrêter et écouter avant de faire quelque chose de stupide – contre vous. – John Waters, Make Trouble

Dans le Upper East Side de Manhattan, environ 75 personnes ont assisté au «Gay Right: A Panel Discussion» au Metropolitan Republican Club. Je suis gay et de gauche mais j’ai voulu y participer pour regarder ces gays Républicains dans leur environnement naturel.

Il y avait de beaux couples gays bien habillés qui ont quitté leurs penthouses et quelques progressistes suffisamment intéressés pour débourser 20 dollars pour discuter dans la vie réelle et non plus en ligne.

À la tribune, quatre hommes blancs gays étaient prêts à débattre avec le public. Ce dernier était impatient d’entendre leurs témoignages courageux de leur engagement conservateur tout en se faisant baiser.

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Étaient présents dans le panel de « Gay Right: A Panel Discussion »:

  • Lucian Wintrich, fondateur de « Twinks4Trump » et l’auteur de Gateway Pundit
  • Chadwick Moore, journaliste et ancien rédacteur en chef pour Out et The Advocate qui a écrit le portrait controversé sur le journaliste conservateur Milo Yiannopoulos
  • Gregory T. Angelo, actuel président du groupe des gays républicains Log Cabin
  • Fred Karger, conseiller politique, activiste, écrivain, conférencier, auteur, ancien acteur et candidat républicain en 2012 pour la présidentielle. Fred Karger a travaillé sur 10 campagnes présidentielles et a servi de consultant lors des campagnes de Gerald Ford, Ronald Reagan, et George H. W. Bush.

Les sujets soulevés au cours du débat comprenaient le mariage des couples de même sex, le politiquement correct, les politiques sur l’identité, les lois anti-trans et le terrorisme islamique radical.

Le programme LGBT de l’administration républicaine a également été débattu, et Chadwick Moore a pris la défense de Trump.

« La gauche est si stupide qu’elle ne s’est pas aperçue que Donald Trump a soutenu le mariage dans une interview avec The Advocate en 2000 ou 2001″, a-t-il déclaré. « Ses états de service pro LGBT sont tellement nombreux qu’il est presque épuisant de les citer, voyez-vous. Tout le monde sait qu’il s’en fiche. C’est ce qu’il faut faire. C’est ainsi que nous devrions tous être en tant qu’Américains et c’est comme ça que le parti républicain est en général. Tous les conservateurs que j’ai rencontrés – personne ne s’en soucie. Ce sont les démocrates qui sont tellement obsédés et qui fantasmes ces différences entre les gens. C’est dingue. »

Même si Chadwick Moore a voté pour Hillary Clinton en novembre dernier – quelque chose qu’il a confié après que j’ai posé la question – il semble maintenant être soutenir totalement Trump et son programme.

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Un panel hétéroclite

Ce qui saurait aux yeux tout au long de la soirée était la différence entre les deux côtés des orateurs face à nous. Côté gauche du public, les conservateurs de longue date Karger et Angelo qui ont acquis leur réputation par leur long combat au service du mouvement conservateur gay.

A notre droite, les nouveaux arrivants, Moore et Wintrich, sont tous deux devenus visibles en raison de leur capacité à alimenter la polémique sur les réseaux sociaux. Les deux millléniums portent le flambeau du politiquement incorrect, brouillant les lignes entre le divertissement et la politique.

Cette différence entre les deux parties du panel a été criante sur le sujet de l’institution du mariage. Moore et Wintrich se sont montrés désinvoltes, rejetant l’importance de l’égalité du mariage parce qu’ils aspirent à ne pas devenir des «gays gentrifiés», ce que la société les obligerait à être.

Un membre de l’auditoire, Jonathan Doucette, a contesté leur ignorance pendant la partie questions réponses de l’événement, s’exprimant contre des déclarations jugées «super irrespectueuses».

Jonathan Doucette nous a confié ensuite: « Chad, Lucian et moi-même avons tous environ le même âge, la trentaine. Nous n’avons jamais eu à nous battre pour le mariage. Nous avons grandir avec ça et vu son avènement. Lorsque vous commencez à dire «je m’en fiche », ce n’est pas comme Fred, qui était dans l’administration Reagan et qui a du se battre. Vous devez faire preuve de respect. Je pensais que c’était super irrespectueux. »

Mais le manque de respect ne s’est pas arrêté là.

Vous n’êtes pas Joan Rivers

Tout en insistant sur le fait que de nombreuses actions que Trump a abrogé sont des mesures tardives de l’administration du président Obama, Wintrich a glissé un propos dégoûtant: «Avant qu’Obama quitte le pouvoir, il pensait avoir besoin d’un agent de liaison LGBT». Et il a engagé la tranny [insulte pour trans] la plus moche.

Le public a rigolé.

En continuant, il a ajouté: « Je dirais à contrecœur « Elle » ».

Incapable de regarder le public en face, il y avait quelque chose de désagréablement adorable à propos de Wintrich, mais ses déclarations ont été les plus insultantes et les plus choquantes de tous les intervenants – quelque chose dans lequel il excelle même s’il ne peut pas vous regarder en face.

Plus tard, j’ai soulevé l’idée que la récente comparaison faite par Bill Maher entre Milo Yiannopoulos et Joan Rivers était erronée. Alors que Joan Rivers a joué dans des clubs prestigieux, Yiannopoulos est du niveau des campus universitaires. Je me suis référé à la «blague» de Wintrich à propos du «tranny peu attrayant». Ce à quoi il a répondu: «Je veux dire, idéalement, nous ne devrions pas vivre dans l’Occident post-moderne dans une culture qui régule le discours en général. Donc nous devrions pouvoir dire ce que nous voulons.  »

Le public a applaudi.

Peut-on baiser avec des gays républicains?

Je suis assis au premier rang, entre deux gays, tous deux présents en tant que supporters de la cause. Ces deux mecs ne passeraient pas pour des gays républicains si je les voyais dans la rue, ce qui m’oblige à questionner mes propres idées préconçues.

Celui à ma gauche – on l’appellera Brad – est un peintre de 28 ans qui vit dans l’Upper West Side, à quelques blocs de chez moi. Il porte une veste en cuir et des bracelets à chaque poignet, ses lunettes sont une version plus chère de Warby Parker. Il est bien bâti, et doit faire probablement plus de 1,80m. Il est beau et confiant, mais aussi arrogant.

À contrecœur, je voulais dormir avec lui.

Après avoir voté pour Obama deux fois, mais se sentant délaissé par cette administration, Brad est devenu un partisan de Trump lors du dernier scrutin électoral. Il a même travaillé sur la campagne de Trump. L’une des questions qui a été déterminante dans son soutien au Parti républicain est le terrorisme islamique radical. Il estime que la communauté LGBT et les associations qui la représentent devraient faire davantage contre cette menace pour notre mode de vie.

«J’ai appartenu à beaucoup d’associations gays vraiment prestigieuses qui ont combattu contre les discriminations», m’explique Brad. « Après l’ouverture du mariage, j’ai personnellement pensé: à quoi servons-nous? Et voilà où nous en sommes. Mon opinion est la suivante: ce combat est l’islam radical. Comme nous l’avons entendu ce soir, beaucoup de personnalités dans ces organisations gays veulent se mobiliser pour la cause des immigrants illégaux ou du féminisme. Si nous sommes gays et si des organisations gays défendent des causes gays, la plus grande menace pour notre existence est l’islam radical. Ils castrent les gays. »

Un autre s’invite dans la discussion: « Je ne veux pas mourir dans une explosion quand je suis à Therapy ou à Industry [deux bars gay populaires à New York], et vous savez que la sécurité n’est pas si grande ».

« C’est la plus grande menace pour notre existence », poursuit Brad.

Ma conversation avec Brad est passée de la politique au sexe.

« Vous n’imaginez pas le nombre de pédés pro Clinton que j’ai baisé en portant mon chapeau «Make America Great Again», me confie Brad.

Je déteste l’admettre, mais j’étais en même temps dégoûté et excité par Brad. Je ne l’ai pas ramené à la maison pour tester son chapeau Trump, mais j’ai réussi à avoir son numéro. Il s’avère que c’est un « GIF gay » – un de ces gays qui ne communiquent qu’avec des Gifs. Les pires.
ronald reagan

Alexander Kacala

Les politiques identitaires sont partout

J’ai quitté la réunion en pensant aux questions identitaires, une question que les intervenants ont souvent décrit soulevé comme une faiblesse de la gauche.

Wintrich a proclamé: « La gauche ne fonctionne que sur la base des identités. » Seulement la gauche? Mais attendez, nous sommes à une table ronde sur les gays Républicains. Je pense que la gauche ne devrait pas manipuler la diversité à son profit, mais la droite non plus. En tant que gay progressiste, je dois faire mon possible pour ne pas rejetter les gays républicains comme des parias.

En dénigrant leurs convictions et en disant « Parce que vous êtes gay, il est impossible d’être républicain », nous supprimons les caractéristiques individuelles et les libertés qui sont au cœur de notre communauté pour toujours.

Bien sûr, tout le monde veut être égal, mais souhaitons-nous aussi être pareil?