Star Wars
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Une rapide histoire des personnages LGBT dans les univers « Star Wars »

C’est le suspense hivernal, celui qui tétanise les fans gays du monde entier de la plus populaire des sagas : la possibilité d’une idylle entre Poe Dameron et Finn, ébauchée en 20 secondes dans Le Réveil de la Force, le précédent épisode de Star Wars, va-t-elle enfin se concrétiser avec ces Derniers Jedi, en faisant les premiers homos officiels des différents mondes inventés par George Lucas ?

Quarante ans et huit films que cela dure, dix si l’on compte les deux “dérivés” que sont le film d’animation The Clone Wars et Rogue One. Combien de mondes traversés au fil de ces opéras intergalactiques, combien de peuples croisés, et combien de personnages ? Plusieurs milliers sans doute. Et pourtant, jusqu’à présent, dans toute cette foule bigarrée, les gays et les lesbiennes brillent par leur absence. Au point qu’un regard mouillé échangé lors des retrouvailles de deux amis dans Le Réveil de la Force (l’épisode VII, en 2015) a fait figure de séisme. Cette bromance à peine ébauchée entre le pilote Poe (Oscar Isaac) de retour de mission et l’ancien stormtrooper Finn (John Boyega) allait-elle vraiment prendre corps dans Les Derniers Jedi et aller plus loin que l’enlacement fugace des deux camarades sur un tarmac et que ce dialogue gentiment frustrant : “Tu as accompli ma mission Finn… C’est mon blouson, ça ! [Finn fait mine de l’enlever]. Non, non, il te va bien. Garde-le, Finn, tu le mérites…” On a connu plus hot…

Poe et Finn dans « Le Réveil de la Force »

Déception

Au terme de 2h30 de projection, la déception l’emporte : une fois de plus, l’homosexualité est refoulée hors du champ de bataille intergalactique. Pire même. Alors que plusieurs déclarations dans les derniers mois de protagonistes de la série — que ce soit l’acteur John Boyega, ou les réalisateurs JJ Abrams et Rian Johnson — laissaient entendre que, peut-être, il allait se passer quelque chose en ce sens, et même que ce serait normal que des gays participent aux aventures crées en 1977 par George Lucas, le scénario des Derniers Jedi dote Finn d’une partenaire qui semble avoir un faible pour lui. Et ce ne sont pas les regards appuyés du personnage incarné par Laura Dern sur une blondinette penchée sur un tableau de bord qui peuvent contrebalancer cette nouvelle désertion en rase campagne de la franchise désormais drivée par Disney.

La crainte de la partie hyper conservatrice de son public familial (mais aussi la crainte de voir le film interdit dans les pays où l’homosexualité est illégale…), a une nouvelle fois, a été la plus forte. Et ce alors même que Star Wars semblait enfin commencer à prendre en compte un certain nombre de critiques récurrentes sur son sexisme de toujours — alors que les films comptent si peu de rôles féminins un peu développés, en dehors de la princesse Leia et de la sénatrice Amidala, une femme, Riley, est enfin depuis Le Réveil de la Force une combattante à l’égal des hommes — et son racisme — un homme noir, Finn, étant, depuis le même film, un des personnages centraux de la nouvelle trilogie.
Face à ce déni cinglant, on en vient presque à regretter Jar-Jar Binks, l’alien comique et abruti qui créa une micro-polémique en 1999, à l’époque de La Menace fantôme. Des yeux chauds et expressifs quand les autres personnages de la saga Star Wars se contentent de regards inexpressifs, de larges sourires quand les autres restent impassibles, une démarche un brin dandinante quand la virilité absolue est de règle, une couardise de tous les instants quand la bravoure est comme sacralisée, des larmes à un enterrement, des ongles de pied (trois) ornés de vernis, un phrasé zozotant, une totale absence de connaissances techniques et une quasi déclaration d’amour à un Jedi qui lui a sauvé la vie : il n’en a pas fallu plus pour qu’enfle la rumeur de l’homosexualité de ce batracien géant à tête d’hippocampe passant son temps à débiter des blagues stupides et autres insanités… Le débat avait alors pris corps notamment sur Internet : était-il bien politiquement correct de faire du premier gay intersidéral un tel idiot doublé d’une telle caricature ? On pourrait continuer à en discuter : le futur sénateur Jar-Jar, tout crypto-gay, stéréotypé et peu reluisant soit-il, avait néanmoins le mérite d’exister…

jar jar binks Star Wars
Au centre, Jar-Jar Binks

Les personnages LGBTQI se trouvent du côté des univers parallèles de Star Wars

Si l’on veut vraiment trouver des personnages LGBTQI dans La Guerre des étoiles, c’est du côté des univers parallèles aux films qu’il faut chercher. Certains ont ainsi voulu voir une romance homo dans le film dérivé Rogue One, entre les deux rebelles Chirrut Imwe et Baze Malbus, qui ne cessent d’échanger des regards langoureux et se comportent comme un vieux couple marié. Cela reste néanmoins assez codé. Par contre, les choses sont plus nettes dans les multiples déclinaisons en romans, BD ou jeux vidéos qui n’en finissent pas d’étendre l’empire de la Force. La série romanesque L’Héritage de la Force accueille ainsi un couple gay, tout comme la bande dessinée Lando ou le jeu en ligne Star Wars : the Old Republic, dans lequel les deux hommes sont mariés. Le roman Star Wars : Riposte a ainsi pour héros un ancien officier de l’Empire ayant rejoint les rebelles, Sinjir Rath Velus, à l’homosexualité affirmée. Le livre de Chuck Wending inclut également deux lesbiennes. Les filles sont également présentes dans le jeu vidéo Star Wars : Knights of the Republic, à travers le personnage de Juhani, et dans le roman Star Wars : les seigneurs des Sith, en la personne de la Moff Mors, membre de l’armée impériale.
Il ne reste plus qu’à espérer que ces gays et lesbiennes des planètes périphériques à la saga cinématographiques prennent bientôt d’assaut les écrans pour s’imposer aux yeux du grand public !

Image par Lucasfilm

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