Les autorités russes n’arrêteront pas la persécution des gays en Tchétchénie parce qu’elles craignent son chef

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Ce week-end, HBO Real Sport a diffusé son interview avec Ramzan Kadyrov, le promoteur de MMA [Mixed martial arts] qui est aussi le dirigeant de la Tchétchénie – cet état russe semi-autonome où se déroule depuis plusieurs mois une campagne de kidnapping, de torture et d’assassinat de gays.

Pendant l’interview, Kadyrov a nié l’existence de gays en Tchétchénie et a ajouté que s’il y en avait, il fallait leur faire quitter le pays pour « purifier le sang de la nation ».

Hier, Dmitry Peskov, le porte-parole du Président russe Vladimir Poutine, a botté en touche sur les propos de Kadyrov. Il a déclaré: « En ce qui concerne l’interview de Kadyrov, pour parler franchement, très souvent, ses propos ont été sortis de leur contexte. » Il a ajouté que si l’on considérait le contexte, « rien qui ne sorte de l’ordinaire n’a été prononcé ».

La Russie a longtemps nié les persécutions anti-gay en Tchétchénie

Les commentaires de Peskov sont la dernière preuve en date que le gouvernement russe ne fait aucun effort sérieux pour stopper la répression anti-gay qui se poursuit en Tchétchénie. Les persécutions auraient d’ailleurs repris récemment après une brève pause pendant le Ramadan (du 26 mai au 24 juin).

Fin avril 2017, la porte-parole du Ministère des affaires étrangères russe Maria Zakharova a refusé de répondre aux questions sur la Tchétchénie, arguant que l’enquête russe déterminerait la vérité. A peine deux semaines plus tard, avant même la fin de l’enquête, l’ambassade russe en Israël a écrit dans le journal Haaretz qu’il n’y avait « aucune victime de persécution, de menace ou de violence ».

Pendant l’enquête officielle, les autorités tchétchènes ont empêché les citoyens de collaborer avec les autorités russes et ont littéralement enterré les preuves de repression.

La semaine dernière, le porte-parole de Vladimir Poutine a balayé d’un revers de main la liste des 27 hommes qui auraient été tués lors de la répression en Tchétchénie, en déclarant: « Nous avons également pris note du démenti de cette information par les autorités de maintien de l’ordre en Tchétchénie. Cette information provient d’une source anonyme. Sa provenance n’est pas claire du tout. »

Toutefois, le journal Novaia Gazeta, qui a révélé les noms s’est expliqué sur l’origine des noms et a même proposé aux agents russes de les aider à déterminer l’identité des victimes.

La véritable raison pour laquelle la Russie ne veut pas intervenir en Tchétchénie

Un rapport de Human Rights Watch datant de fin mai contient un détail qui pourrait expliquer les réticences de la Russie à s’impliquer dans ce dossier. Début 2014, Kadyrov a donné comme instructions aux officiers de police de « tirer à vue » sur tout agent de maintien de l’ordre ou tout agent de sécurité russe qui se rendrait en Tchétchénie sans son accord.

Kadyrov a l’intention de tuer tous les hommes de Poutine qui traverseraient la frontière, ce qui rendrait toute initiative le mettant en cause potentiellement sanglante.

Photo de valentinrussanov via iStock

Traduction: Xavier Héraud