La Russie veut expulser un journaliste gay qui a révélé la purge anti-gay en Tchétchénie

This post is also available in: English Русский

En avril 2017, le journal d’enquête indépendant russe Novaïa Gazeta a provoqué un choc dans le monde en publiant des rapports d’une violente répression anti-gay qui se déroulait dans la région semi-autonome russe de la Tchétchénie. Un journaliste ouvertement gay de 30 ans qui écrit sous le nom d’Ali Feruz (le vrai nom Khudoberdi Nurmatov) a aidé à couvrir l’histoire et a continué à le faire depuis. Cependant, la Russie menace maintenant de l’expulser vers son pays d’origine, l’Ouzbékistan, un pays où il pourrait être confronté à la détention, à la torture et à l’emprisonnement en raison de son homosexualité.

Le 1er août 2017, les autorités russes ont arrêté Nurmatov près de son lieu de travail après avoir demandé à voir ses papiers. Le lendemain, un juge a ordonné son expulsion vers l’Ouzbékistan. Le site web en.crimerussia.com rapporte qu’après son retour dans sa cellule, Nurmatov aurait essayé de se couper les veines en utilisant un stylo, mais les gardiens l’en ont empêché, attachant ses poignets derrière son dos afin qu’il ne puisse plus se blesser.

Nurmatov est venu en Russie il y a six ans, en partie pour échapper à la persécution dans son pays d’origine. En 2008, les autorités de l’Ouzbékistan l’ont détenu et torturé dans le but de recueillir des informations sur les opinions politiques de ses amis et de le recruter pour la collecte de renseignements. Il a refusé et en représailles, les autorités judiciaires l’ont battu et l’ont « menacé de violer sa femme et de l’emprisonner sur de fausses informations ».

Après être arrivé en Russie, il a fait son coming out et sa femme et lui ont divorcé en 2013. Il a demandé à maintes reprises l’asile politique en Russie, sans succès.

Si il est expulsé, Nurmatov craint d’être emprisonné et torturé à nouveau dans son pays d’origine. Les relations homosexuelles masculines sont illégales en Ouzbékistan et punies jusqu’à trois ans de prison.

Human Rights Watch, Amnesty International, ainsi que le Département d’État américain et l’Union européenne, qualifient l’Ouzbékistan «un État autoritaire avec des droits civils limités». Le gouvernement utilise les arrestations et les tortures arbitraires pour faire taire les journalistes et divers autres ennemis de l’État sous prétexte de «mettre un terme au terrorisme».

Human Right Watch rapporte que le 4 août, « la Cour européenne des droits de l’homme a émis une injonction préliminaire ordonnant à la Russie de ne pas expulser Nurmatov, jusqu’à ce que le tribunal puisse examiner son cas ». Pendant ce temps, les autorités tchétchènes et les clercs religieux ont menacé les collègues de Nurmatov de violences et de morts, amenant certains à se cacher, alors qu’ils continuent d’iformer sur la campagne de répression qui dure depuis huit mois, avec la torture et le meurtre de personnes LGBTQ.

(Visited 95 times, 1 visits today)