Siegfried Wagner
Siegfried Wagner

Qui était vraiment Siegfried, le fils homo de Richard Wagner?

Les opéras de Richard Wagner ont toujours fasciné les gays. Le romancier T. R. Witomski en parle dans un de ses romans, Kvetch (1989): « Certains opéras attirent plus les gays que d’autres: des opéras en allemand, des opéras de plus de quatre heures, avec des divas. » Ce sont les caractéristiques des opéras de Richard Wagner, qui a aussi eu des amitiés fortes avec deux homosexuels célèbres, Friedrich Nietzsche et le roi Louis II de Bavière. De nombreuses publications historiques ont traité de la fascination particulière que les opéras de Wagner ont eu pour les homosexuels, comme Le portrait de Dorian Gray (1891)  d’Oscar Wilde, ou encore Richard Wagner und die Homosexualität  (1903) de Hanns Fuchs.

L’orientation sexuelle de son fils Siegfried reste généralement sous silence. Siegfried a été marié et a fondé une  famille, mais ses amitiés les plus intenses et émotionnelles étaient avec des hommes. C’est d’ailleurs ce qu’on peut lire sur le site de la très officielle Société internationale Siegfried Wagner.

La vie et l’oeuvre de Siegfried Wagner sont l’objet d’une grande exposition au Schwules Museum de Berlin, avec de très nombreux documents.

 

Cosima, Siegfried et Richard Wagner

Né en 1869, Siegfried grandit dans une Allemagne en proie à de très profonds bouleversements économiques et sociaux. Sa trajectoire personnelle et artistique doit être vue aussi à l’aune de ces changements. Son parrain n’est autre que le roi Louis II de Bavière.

Siegfried, qui était aussi le petit-fils du pianiste Franz Liszt, a fait partie d’un cercle d’hommes homosexuels au placard, dont le compositeur anglais Clement Harris, le ténor Max Lorenz, l’écrivain Oscar Wilde, l’illustrateur Franz Stassen et le prince Philipp d’Eulenburg. En 1892, Clement Harris et Siegfried, âgé de 23 ans, sont partis ensemble pour une tournée autour du monde, et les deux ont été profondément amoureux. Wagner a gardé un portrait de Harris sur son bureau pour le reste de sa vie.

 

L’heure du choix

Mais pour Wagner fils, l’heure du choix va bientôt sonner. Dès 1907, une série de procès retentissants concernant l’homosexualité supposée de proches du Kaiser Wilhelm II de l’homosexualité, plus connue sous le nom de « l’affaire Harden-Eulenburg », va pousser bon nombre de gays à se cacher ou à mener une double vie. Ainsi, en 1915, à l’âge de 46 ans, Siegfried Wagner épouse une Anglaise de dix-huit ans nommée Winifred Klindworth, avec laquelle il a eu quatre enfants, donnant ainsi des héritiers pour la continuation de la dynastie Wagner. Son orientation sexuelle, cependant, est devenue la source de scandale et de tentatives concertées pour l’effacer de l’histoire de la famille Wagner.

Il a assumé la direction du festival de Salzbourg, le haut lieu des amateurs de Richard Wagner, dès 1906 et ses nombreuses innovations ont affligé de nombreux tenants de l’orthodoxie wagnérienne, mais il a poursuivi sa vision nouvelle et réussie jusqu’à sa mort en 1930. Comme le note le Schwules Museum, « dans les très nombreux livres sur Richard Wagner et le festival de Bayreuth, Siegfried ne reçoit généralement qu’une mention marginale, son homosexualité n’est jamais discutée ouvertement, ni on en parle du cercle d’artistes homosexuels qu’il a amené à Bayreuth pour renouveler le festival avec des idées «queer». »

Aujourd’hui, l’exposition veut remettre en pleine lumière, et sans tabou, ce pan de l’histoire wagnérienne.

L’ouverture de son premier opéra Der Bärenhäuter (1898)

« Siegfried Wagner: Bayreuth’s ‘Fairy’ Crown Prince« , du 17 février au 26 juin 2017, au Schwules Museum, à Berlin. Les commissaires  de l’exposition sont le Professeur Dr Peter P. Pachl, Achim Bahr et le Dr. Kevin Clarke.