Genève LGBTI réfugiés
Genève LGBTI réfugiés

Un rapport dénonce le triste sort des réfugié.e.s LGBTI à Genève

Le projet Asile LGBT Genève est un projet de la Coordination asile.ge, en partenariat avec la Fédération genevoise des associations LGBT sur les problèmes des réfugié.e.s LGBTI et de leur prise en charge à Genève. Son rapport présente les résultats de la phase de recherche qui s’est déroulée de janvier à septembre 2016. Cette recherche a été menée et le rapport rédigé par Anne Arvy, pour En-Quêtes– plateforme d’anthropologie. Selon ce rapport de 40 pages, la prise en charge des LGBTI relevant de l’asile n’est pas adaptée à Genève.
Les principaux chapitres du rapport soulignent les points de difficulté dans le parcours des demandeur.se.s d’asile. La chercheuse pointe déjà une difficulté pour les personnes concernées, celles de se nommer et de se reconnaître comme étant « LGBTI ». Arvy note: « Le terme met l’accent sur des identités. Or beaucoup de personnes peuvent partager des pratiques de ce groupe sans toutefois s’auto-définir par ces identités. » C’est une des premières difficultés pour faire reconnaître ses droits.
Treize personnes ont participé à cette recherche : deux lesbiennes, sept gays, trois femmes trans et une intersexe, originaires d’Afrique (6), Asie (4), Amérique (2), Europe (1). Toutes parlaient français et/ou anglais. Cinq personnes étaient des militantes LGBTI avant de venir en Suisse. Ces dernières se sont déjà engagées sur les questions LGBTI, elles acceptent leur orientation sexuelle et identité de genre (OSIG), la revendiquent. Elles sont ou souhaitent être en lien avec d’autres personnes LGBTI, et veulent participer à faire reconnaître et avancer les droits des personnes LGBTI. Mais pour les autres, c’est plus compliqué et elles sont souvent plus isolées et développent des sentiments de honte.

« Retour au placard » forcé

En arrivant en Suisse, les personnes LGBTI sont souvent obligées de « retourner » au placard pour ne pas subir violences et discriminations.
Le logement en foyer a été identifié comme la principale difficulté par tou.tes les réfugié.es LGBTI interviewé.es. Tou.tes les réfugié.es en général se plaignent de cette forme d’habitat collectif, caractérisée par la promiscuité et le manque d’espaces privatifs. Néanmoins pour les personnes LGBTI, la cohabitation signifie une exposition accrue à des violences homophobes et transphobes.
Souvent, les réfugié.e.s victimes de harcèlement ou de violence n’osent pas porter plainte, ce qui renforce leur sentiment d’exclusion. Et leur isolement est renforcé par la pression pour cacher leur OSIG. Comme l’explique une des personnes interviewées: « Tu as toujours peur que les personnes le sachent. Même si tu ne sais pas comment elles pourraient le savoir. Moi, je n’ai jamais parlé de mon identité de genre à qui que ce soit. » Une autre confie la difficulté d’en parler: « Je n’ai pas dit à mon AS que j’étais gay parce que pour les deux premiers rendez-vous, j’ai eu une personne [nationalité du même pays] qui traduisait. Je ne voulais pas qu’il sache. »

Problèmes de santé

Pour ces réfugié.e.s il est aussi difficile d’entrer en contact avec la communauté LGBTI genevoise, comme l’explique Arvy: « Tou.tes les personnes ayant eu des liens avec la communauté LGBTI locale ont rapporté des difficultés liées à leur situation de migration dans cette rencontre : la question de la langue, des codes différents, une sociabilité basée sur la fête qui les exclut économiquement, et surtout le fait de ne pas se sentir accueilli.es par la communauté. »
Enfin, les réfugié.e.s cumulent aussi souvent des problèmes de santé, ce qui est aussi souvent le cas de tous les réfugié.e.s qui ont du mal à accéder au système de prise en charge sanitaire. Les femmes trans sont particulièrement touchées et importées par ces difficultés.

Pour améliorer la situation, le rapport liste les besoins spécifiques de tous les acteurs impliqués dans la prise en charge des réfugié.e.s: l’Hospice Général, les services médicaux, les associations asile, les associations LGBT et les interprètes. Trop souvent, dans les services sociaux ou de santé les spécifités des personnes LGBTI sont ignorées et ces dernières sont invisibilisées. Il y a aussi un besoin très important de coordination et de travail en réseau.

Comme le note le site Le Courrier , le rapport a permis une prise de conscience. L’association Dialogai réfléchit à une éventuelle ouverture du Refuge à ce public. De son côté, l’association 360°, ouvre ses portes le jeudi après-midi pour offrir un lieu de rencontre favorisant les liens entre les réfugié.e.s et ses sympathisant.e.s. Asile LGBT Genève a également lancé une action de parrainage.