Tchétchénie: Le journaliste gay ne sera pas expulsé vers son pays … pour l’instant

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Un tribunal russe a temporairement suspendu l’expulsion de Khudoberdi Nurmatov – un journaliste ouvertement gay de 30 ans qui a aidé à révéler la violente répression anti-gay en Tchétchénie.

La Russie avait initialement cherché à expulser Nurmatov vers son pays d’origine, l’Ouzbékistan, un pays notoirement homophobe, où il pouvait faire l’objet d’un emprisonnement, de torture et même d’une exécution à mort pour être gay.

La Cour européenne des droits de l’homme a ordonné un arrêt d’urgence de l’expulsion de Nurmatov vendredi dernier. Le tribunal russe dit maintenant qu’il ne l’expulsera que lorsque la Cour européenne examinera son cas. Nurmatov, qui écrit sous le pseudonyme Ali Feruz, restera probablement dans un centre de détention pour les 12 à 18 mois à venir jusqu’à ce que les tribunaux prennent une décision.

Nurmatov a commencé à vivre en Russie en 2011 après avoir fui la persécution en Ouzbékistan. Un an après son arrivée en Russie, il a perdu son passeport et vit depuis en tant que citoyen sans-papiers.

Les autorités russes ont arrêté Nurmatov près de son lieu de travail le 1er août 2017 après avoir demandé à voir ses documents. Les avocats de Nurmatov affirment que les officiers qui l’ont arrêté et détenu l’ont battu et ont utilisé un taser pendant son placement en détention.

Si les tribunaux décident qu’il ne peut pas être expulsé en Ouzbékistan – un pays qui punit les relations de même sexe  entre hommes jusqu’à trois ans de prison – ses avocats espèrent que la Russie le libérera et qu’un autre pays européen lui accordera l’asile. De toute façon, il semble que la Russie ne lui permettra pas de rester dans le pays.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, a qualifié l’affaire de « très compliquée » et a déclaré que « les violations par Nurmatov des lois sur l’immigration  ne pouvaient pas être ignorées ».

En 2008, les autorités de l’Ouzbékistan ont arrêté et torturé Nurmatov pour tenter de recueillir des informations sur les points de vue politiques de ses amis et de le recruter pour la collecte de renseignements. Il a refusé et en représailles, les autorités judiciaires l’ont battu et « menacé de violer sa femme et de l’emprisonner lui sur de fausses informations ».

Il a fait son coming out et a divorcé de sa femme en 2013. Il s’est fait un nom à Novaïa Gazeta, le journal d’enquête qui a été le premier à informer sur la campagne d’enlèvement, de torture et de meurtre d’hommes gays et bis en Tchétchénie. Il écrit aussi sur les droits LGBT, les crimes de haine et les droits des personnes handicapées.

Après sa récente arrestation par les autorités russes, Nurmatov aurait tenté de se trancher ses poignets avec un stylo, préférant la mort à une expulsion en Ouzbékistan.

 

Traduction: Christophe Martet