Un témoin raconte à visage découvert l’horreur de la persécution homophobe en Tchétchénie

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Jusqu’ici, la république russe semi-autonome de Tchétchénie a nié la succession de kidnappings, tortures et de meurtres de gays qui dure depuis presque un an, avec comme excuse bidon: « Personne n’est venu se plaindre auprès des autorités, donc il n’y a rien à signaler ». (et peu importe que s’en plaindre officiellement peut vous faire arrêter, faire arrêter votre famille et faire torturer ou tuer tout le monde) Mais un courageux témoin tchétchène ose aujourd’hui témoigner à visage découvert. Il nous permet de mettre un visage sur les innombrables victimes des purges homophobes.

Son nom est Maxim Lapunov. Il a 30 ans. Il s’est installé en Tchétchénie après avoir vécu en Sibérie. Il a commencé à parler publiquement dans l’espoir de susciter une grande enquête sur cette persécution toujours en cours.

Jusqu’ici, les Russes ont mollement mené l’enquête avec les autorités tchétchènes, en enterrant carrément les preuves, et touts les témoins qui se sont seulement exprimés anonymement de peur de répercussion.

Le témoin tchétchène: l’histoire de Maxim Lapunov

Novaya Gazeta, le journal qui a révélé la campagne de répression homophobe a également partagé l’histoire de Lapunov.

Il affirme que le 16 mars 2017, les autorités du pays, habillés en civil, sont venus le chercher à son travail dans un centre commercial de Grozny (la capitale tchétchène) et l’ont mis de force dans une voiture.

Lapunov explique que 50 personnes ont assisté à son arrestation, ainsi que quatre officiers de police en uniforme. Ses ravisseurs lui ont mis une capuche sur la tête et l’ont emmené dans un immeuble de cinq étages. Là, ils ont fouillé dans son téléphone et lui ont demandé s’il avait un petit ami ou une petite amie.

Ils l’ont accusé d’être venu en Tchétchénie pour « séduire les garçons tchétchènes » et l’ont sommé de révéler l’identité de tous les hommes gays qu’il connaissait. Lapunov est resté silencieux, donc ils l’ont menacé de torture. Ses interrogateurs ont utilisé la technique du « bon flic/méchant flic »: l’un le menaçait de le battre avec un tuyau en PVC et de l’électrocuter et l’autre lui a offert une cigarette et l’a assuré que personne ne lui ferait de mal s’il donnait des informations.

Lapunov a fini par donner le nom d’une personne à Grozny. Son interrogateur l’a forcé à appeler la personne et à arranger un rendez-vous. Quand son ami est venu à sa rencontre, ils l’ont arrêté et l’ont emmené à l’immeuble pré-cité. Son ami a été très durement battu et Lapunov a été forcé de regarder via une caméra. Ils lui ont expliqué que c’était comme ça qu’on traitait les « pédés », mais qu’on ne lui ferait pas la même chose parce que lui était russe et non tchétchène.

Malgré tout, Maxim Lapunov a été contraint de dormir sur un bout de carton tâché par le sang. Ils l’ont battu avec un tuyau and ont exigé que lui et son ami frappent un autre homme (après lui avoir dit de faire une fellation à son ami). Son ami l’a faiblement frappé et a refusé de faire quoi que ce soit d’autre.

Après douze jours, Lapunov a finalement été relâché. On lui a dit de quitter la Tchétchénie et on l’a prévenu que s’il revenait on le tuerait et on tuerait sa famille.

Et maintenant?

Bien que l’histoire de Maxim Lapunov ajoute une preuve supplémentaire contre les autorités tchétchènes, il est peu probable que les autorités fédérales russes fassent quoi que ce soit pour mettre fin à la violence. Il est probable en revanche que l’association Russian LGBT Network doive continuer à faire tout son possible pour aider les gays à fuir la région pour le Canada et d’autres pays européens, dont la France.

Lire aussi |  La répression anti-gay a repris en Tchétchénie, selon le Réseau LGBT russe

Des manifestations dans le monde continuent à faire parler de la Tchétchénie et  Human Rights Watch a demandé aux Nations Unies, au Parlement Européen et à divers gouvernements nationaux de soulever le problème régulièrement. L’association américaine encourage aussi les citoyens de tous les pays à faire circuler l’information, comme cet article.

Featured image by Anna Artemiev via Novaya Gazeta