têtu 216
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« Têtu »: le numéro 216 sera-t-il le dernier?

Têtu est-il en fin de parcours? Le magazine vient de sortir son n°216 — le quatrième depuis que l’édition papier a repris — en… numérique. Prévue à l’origine fin août, la sortie du numéro en kiosques a été repoussée plusieurs fois, avant d’être abandonnée au profit d’une sortie uniquement digitale.

Nous avons voulu savoir ce que cela signifiait pour l’avenir du magazine.

L’équipe est pour l’instant composée de trois journalistes, dont Adrien Naselli, le rédacteur en chef. Ce dernier reconnaît que les derniers mois ont été « difficiles » pour l’équipe. « Il y a un sentiment de frustration parce qu’on a terminé le magazine deux fois et qu’à chaque fois c’est le moment où on a appris que le magazine ne serait pas imprimé ».

Un numéro riche

Ce numéro 216 est pourtant plutôt riche.

« Le thème principal du magazine ce sont les démonstrations d’affection en public, indique Adrien Naselli. Pour moi, c’est un sujet fédérateur qui permet de parler à tous types de lecteurs. On s’est tous demandé comment se comporter en public avec son ou sa partenaire. » « Souvent ce sont des couples qui sont agressés », ajoute-t-il.

La couverture montre ainsi un couple d’hommes en train de s’embrasser. Une image finalement peu courante en une des magazines, Têtu y compris.

Têtu 216

Dans son numéro 216, Têtu rend également hommage à Pierre Bergé — mort le 8 septembre dernier — qui a financé le magazine pendant 18 ans. « J’ai voulu vérifier ce qu’il avait apporté à la communauté. Et c’est effectivement le millionnaire qui aura le plus aidé les minorités. »

Line Renaud, Ségolène Royal, Abdellah Taia ou encore Thomas Doustaly, ancien directeur de la rédaction de Têtu et proche de Pierre Bergé ont apporté leur témoignage.

Adrien Naselli a également interview Xavier Bettel, le premier ministre ouvertement gay du Luxembourg. « Il nous a dit avoir refusé des interviews pour des magazines gays anglais ou américains, mais qu’il avait accepté pour Têtu parce qu’il aimait le titre et qu’il avait été abonné », glisse-t-il.

On trouve aussi des articles sur Hong Kong, les drag-queens parisiennes, le vieillir gay et l’association LGBTech.

Un bon cru de Têtu, mais pour l’heure Adrien Naselli n’a pas été chargé de travailler sur un nouveau numéro — sachant qu’un numéro se prépare au moins deux mois à l’avance. L’équipe continue d’alimenter le site web, sans véritablement savoir ce que la suite lui réserve.

Communiqué sibyllin de la direction

On n’en saura pas beaucoup plus, tant la direction se fait discrète. La sortie numérique du 216 a été accompagnée d’un communiqué plutôt sibyllin, qui ne dit pas grand chose sur les véritables intentions de ceux qui gèrent l’emblématique titre de la presse gay.

« Nous avons accompagné le titre aussi loin que nous le pouvions et sommes très fiers du travail accompli : les ventes du magazine et les chiffres de fréquentation du site dépassent nos espérances premières et montrent le dynamisme de la communauté LGBT+ et l’attachement exceptionnel de celle-ci à ce titre de presse emblématique. », peut-on lire dans ce communiqué signé « La direction de Têtu ».

Sur l’avenir, le communiqué reste flou: « Actuellement, nous étudions des solutions stratégiques afin d’accélérer le développement de la marque dans les meilleures conditions possibles. »

« Si 2016 était l’année de la renaissance pour TÊTU, 2018 doit être celle de la conquête dans un paysage médiatique français en pleine ébullition. »

Traditionnellement, les revenus de Têtu venaient des ventes, de la publicité et des abonnements. Pour l’heure, il n’y a pas de chef de publicité et le magazine n’est pas proposé à l’abonnement. Sans nouvelle levée de fonds — et donc apport d’argent frais, on voit mal comment Têtu pourrait survivre bien longtemps.

Têtu, titre phare de la presse gay depuis 1995

Têtu a été fondé en 1995 par Didier Lestrade et Pascal Loubet, avec l’argent de Pierre Bergé, qui est resté propriétaire du titre pendant 18 ans. Le magazine a connu son apogée en termes de vente entre 2000 et 2005 avant d’amorcer lentement son déclin. Jean-Jacques Augier l’a racheté en 2013, mais face aux difficultés persistantes du titre, l’homme d’affaires proche de François Hollande a dû placer la société éditrice du titre en redressement judiciaire.

Faute de repreneur, l’entreprise a été liquidée le 25 juillet 2015. La marque Têtu a ensuite été rachetée par Julien Maquaire et Yannick Le Marre, avec leur société Idyls, en novembre de la même année. Ces derniers ont relancé Tetu.com dans les semaines qui ont suivi.

Une levée de fonds courant 2016 a permis au magazine de revenir en kiosque en février 2017. Le premier numéro s’est écoulé à 16 000 exemplaires, les deux autres à 13 000, selon les chiffres fournis par la direction. En juillet dernier, suite à un changement dans l’actionnariat, Julien Maquaire et Yannick Le Marre ont annoncé leur départ de Têtu. Christophe Vialle leur a succédé en tant que directeur général. Il avait alors confié à Yagg ses ambitions pour le titre. Des ambitions qui semblent bien contrariées pour le moment.

Contacté par Hornet, Christophe Vialle n’a pour l’instant pas répondu à nos sollicitations.