U=U, parce que je le vih bien!

L’accès aux trithérapies date d’il y a plus de vingt ans. C’est aujourd’hui encore la plus importante avancée thérapeutique en matière de lutte contre le vih. Voici déjà près de dix ans, en 2008, un groupe de médecins suisses mené par Bernard Hirschel lance «un pavé dans la mare» à la Conférence de Mexico avec une étude qui soutient qu’un séropositif traité sous trithérapie, avec donc une charge virale indétectable, voit son risque de transmission disparaitre. L’étude a d’abord été décriée : ses opposants prédisaient un abandon massif du préservatif. Mais le « traitement comme prévention » et par là-même, le slogan anglais U = U (prononcer You = You, qui signifie : Indétectable = Intransmissible) s’est imposé comme un pilier de la prévention combinée, à l’instar du préservatif, du TPE ou plus récemment de la PrEP… En 2016, l’étude Partner ne laisse plus aucun doute sur l’efficacité préventive du traitement chez les séropositifs : parmi 1166 couples sérodifférents gays et hétéros, et après 58000 rapports sans préservatif, il n’y a eu aucune transmission !

A Paris en 2015, plus de 90 % des personnes qui se savaient séropositives avaient une charge virale indétectable grâce au principe de traitement universel : en France, depuis 2013, toutes les personnes séropositives doivent se voir proposer le traitement antirétroviral dès le diagnostic, d’abord pour leur santé à long terme et aussi pour prévenir la transmission.

U = U : révolution sexuelle

Pierre, 46 ans, séropositif, explique: « Quand mon médecin m’a annoncé que j’avais une charge virale indétectable, j’ai retrouvé ma libido tout de suite… Ou plutôt, j’ai réappris à baiser en ne pensant qu’à mon plaisir et à celui de mon partenaire et non plus aux aspects « techniques » du plan cul. Je n’avais plus à faire attention ! ». Savoir que l’on ne transmet pas le virus libère la sexualité, en levant le poids de la culpabilité. Comme le suggère le slogan U=U, séropos et séronegs se retrouvent sur un pied d’égalité : on a tous le droit à une sexualité épanouie. C’est bien là, la révolution que permet l’indétectabilité : pour Pierre, « un retour à une vie un peu comme celle des autres, j’aime pas dire “normale“ » ; et pour ses partenaires, quel que soit leur statut sérologique, la possibilité de s’éclater avec lui sans crainte…

Un vrai outil de prévention

Sur les applis de drague, on découvre de plus en plus fréquemment le mot « indétectable ». Il soulève des questionnements, il rassure, il permet de reparler « prévention », y compris dans les discussions les plus hots. Karim, 29 ans, témoigne : « Je ne couchais qu’avec des séronegs. J’étais un peu flippé… Du coup, je demandais toujours aux mecs que je draguais s’ils étaient séropos. La première fois que l’un d’entre eux, m’a répondu : “Je suis indétectable“, je ne savais pas ce que ça voulait dire… On s’est mis à parler de « prise de risques », d’accident de capotes… Il m’a complètement rassuré et surtout, il m’a conseillé de prendre la PrEP si j’avais si peur ! » Comme pour Karim, savoir qu’indétectable dit aussi intransmissible a permis à beaucoup de redécouvrir la prévention et surtout sa variété, sous un jour beaucoup plus agréable et sexy.

Enfin libres!

Les bénéfices du TasP vont bien au-delà de l’amélioration de l’image de soi des séropositifs, ils proposent à l’ensemble de la communauté gay une transformation globale de l’appréhension de la prévention. A condition que la communauté entende le message et cesse de discriminer les séropos derrière des questions idiotes comme « t’es clean ? ». Car vous savez quoi ? Ce n’est pas parce qu’ils prennent des médicaments que les séropos se lavent moins que les autres!

Louis a 39 ans, il vit avec Pierre (qui témoigne ci-dessus) depuis un an. Selon lui, «l’arrivée du TasP, le fait même de lui avoir donné un nom, permet qu’on puisse parler de prévention, de réduction des risques sans qu’on parle directement de transmission du séropo au séroneg… La charge virale indétectable de Pierre est devenue mon assurance santé de ne pas contracter le virus. » La rupture de la chaîne de transmission est avérée et elle participe de l’ensemble des outils de prévention proposés à la communauté. Et Louis d’ajouter : «Le TasP nous offre, à nous deux, une liberté incroyable. Un sentiment d’être à nouveau pleinement dans la communauté, de redécouvrir cette fameuse « liberté sexuelle » qui nous a manquée…»

Dominique Chaudey

Image SolStock via iStock

Plus d’infos sur la page Facebook de Vers Paris sans sida et sur le site de Santé Publique France: sexosafe.fr

Cet article a été rédigé par Hornet pour Vers Paris sans sida

(Visited 3 065 times, 1 visits today)