L’adieu à Christophe Michel-Roméro

Sous la coupole du Père Lachaise, le cercueil de Christophe Romero-Michel a fait son entrée sous les applaudissements — longs et nourris, accompagné par la chanson de Jean Ferrat, Aimer à perdre la raison. Il et elles étaient nombreux à venir faire un dernier adieu au militant de 31 ans, décédé la semaine dernière, tout autant que soutenir Jean-Luc Romero-Michel, son époux — ou sa « moitié d’orange » pour reprendre son expression: la famille, des ami.e.s, des militant.e.s d’ELCS ou des Jeunes Admd, mais aussi beaucoup de responsables politiques, parmi lesquels Anne Hidalgo, Valérie Pécresse, Franck Riester, Ian Brossat, Roselyne Bachelot…

La maire de Paris a été la première à s’exprimer pour rendre hommage à Christophe Romero-Michel. Très émue, elle a d’abord évoqué l’amour de Christophe et Jean-Luc, qui se sont rencontrés il y a 11 ans. « Jean-Luc, mon petit frère comme je t’appelle souvent, Chris est entré dans ta vie avec panache. L’amour avec un grand A. Il t’a bouleversé, il t’a emporté dans un élan qui t’a surpris toi-même. (…) Onze ans de bonheur, onze ans de passions partagées. »

Anne Hidalgo est ensuite revenue sur le mariage des deux hommes, célébré par Bertrand Delanoë le 27 septembre 2013, dont elle était témoin aux côtés de Valérie Trierweiler. « Ce droit pour lequel il y avait eu tant de désir, tant de batailles, vous en deveniez une incarnation. » « Vous ne méritiez pas une telle épreuve. Aucun de ceux qui l’ont rencontré n’ont pu être indifférent à ce beau jeune homme, doux, doué, généreux, attentif. « , a-t-elle conclu.

Valérie Trierweiler a également dit un mot: « J’avais été tellement émue de participer à ce premier mariage pour tous, qui était un premier mariage pour nous tous. (…) Un an plus tard, alors que vous célébriez votre premier anniversaire de mariage, j’ai eu l’occasion de dire que vous m’avez réconciliée avec l’idée de l’amour. Parce que vous étiez l’incarnation de l’amour. Vous auriez pu vous contenter de votre bonheur, mais vous étiez là, au service des autres. »

Faisant référence au film Call me by your name, que Jean-Luc et Christophe ont tant aimé: « Vous parliez de l’échange de prénom, c’était Jean-Luc et Christophe, Christophe et Jean-Luc, Roméro-Michel, Michel-Roméro, vous ne faisiez vraiment qu’un. », a-t-elle affirmé. Les chansons de Sufjan Stevens qui figurent dans le film passeront d’ailleurs à plusieurs reprises lors des funérailles.

Sur sa page Facebook, Christophe Michel-Roméro qui se définissait « 200% militant », était engagé corps et âme au sein des Jeunes de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité. Les deux co-responsables de l’association, Jonathan Denis et Mélanie Raphaël-Bethune, ont parlé de celui qui « les a construits en tant que militants ». « Tu nous as appris à être sérieux sans se prendre au sérieux. » Ils ont salué « son sens de l’engagement, sa force de caractère hors du commun, son talent inégalé pour faire se rencontrer les gens ». Des mots appuyés par Philippe Lohéac, délégué général de l’Admd, dont Jean-Luc Roméro-Michel est le président: « Christophe a fait du bien et a fait le bien. (…) Alors, oui il était notre bien-aimé. »

Leur succédant au micro, l’animateur de télé Olivier Minne s’est rappelé que Christophe l’avait contacté pour être parrain de l’Admd Tour: « J’aimais ton engagement avant de te rencontrer, je t’ai aimé comme tous, dès que je t’ai rencontré. » Il s’est adressé à Jean-Luc Roméro: « Nous t’accompagnons dans l’obscurité de ce chagrin, mais l’obscurité n’a jamais été source de lumière. Elle l’occulte un temps, qui peut nous sembler long, mais nous serons là. »

Un proche du couple, Michel Michel, le patron du Banana a fait lire un court message: « Même dans mes pires cauchemars, je n’aurais pas imaginé devoir un jour être là et parler de toi. », a-t-il commencé, avant d’évoquer les voyages ou les soirées de noël passés ensemble et leur passion commune pour la comédie musicale Priscilla, folle du désert.

La père de Christophe a lui aussi fait lire son message: « J’ai une immense fierté à t’appeler Chris ou Totof. Durant ces moments difficiles de ta jeunesse, tu as tout surmonté. Tu étais mon moteur et je crois que j’étais le tien. Une étoile est née et elle s’appelle Chris ou Totof. » Il a adressé une supplique à son fil: « Mon fils, pourquoi nous laisses-tu seul, toi qui aimais la vie? Toi qui était aimant envers Jean-Luc, toi qui aimait tant les gens.  »
Et puis à l’assistance: « Que l’on te prenne en exemple. Battons-nous tous ensemble pour cette loi sur la fin de vie. Que les gens ne souffrent plus, comme ta maman [morte quand Christophe était très jeune]. Soyons sur le terrain, sur le bitume, sur les marchés. J’y serai. »

Le discours bouleversant de Jean-Luc Roméro-Michel

Enfin, après une pause musicale, Jean-Luc Roméro-Michel, a pris la parole pour un discours bouleversant: « Le destin, qui ne t’a pas épargné a décidé que tu ne connaîtrais pas ton trente-deuxième été, celui qui aurait dû être un nouvel été de splendeur, celui de ta jeunesse, celui de ta beauté, celui de ton bonheur. », a-t-il dit. « Cette insondable tristesse que je ressens, que nous ressentons, ne me quittera pas, ne me quittera plus jusqu’à mon dernier souffle, pas plus que ne me quitteront l’éclat de tes yeux, le grain de ta peau, la douceur de tes lèvres. (…) Même le cancer qui t’a frappé brutalement il y a quelques années n’a jamais atteint ni ta joie, ni ton amour de la vie. »

Il a rappelé une évidence, que connaissent tous ceux qui ont fréquenté le couple: « Notre vie personnelle et notre vie militante ne faisaient qu’un. »

Puis il s’est lancé dans une poignante déclaration d’amour à son époux: « Aucun mot, aucun geste, aucun concept ne peut en cet instant témoigner de l’amour que je te porte. Aucune explication, aucune théorie, aucune raison ne pourra justifier qu’une si belle âme de 31 ans, de 31 ans seulement, puisse être arrachée à celles et ceux qui l’aiment. (…) Un auteur a écrit: tu n’es plus là où tu étais mais tu es partout où je suis. » Chris, je t’ai aimé passionnément, je t’aime follement et je t’aimerai éternellement. Tu es à jamais ma moitié d’orange. »

Et enfin, s’adressant à celles et ceux qui étaient venus dire adieu à Christophe: « S’il vous plaît, ne l’oubliez jamais. »

Celles et ceux qui souhaitent rendre un dernier hommage à Christophe sont invité.e.s à faire un don aux deux associations auprès desquelles il était engagé:- l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (50, rue de Chabrol – 75010 Paris)

– Elus Locaux Contre le Sida (84, rue Quincampoix – 75003 Paris).