« Boys in the band », la haine de soi à l’état brut

« Boys in the band », la haine de soi à l’état brut

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Fallait-il faire une nouvelle version de Boys in the band? En 2018, pour son cinquantième anniversaire, cette pièce écrite par Mart Crowley en 1968  et adaptée en 1970 par William Friedkin (à qui l’on doit aussi Cruising) a eu droit un revival sur Broadway, produit par Ryan Murphy et mis en scène par Joe Mantello. Netflix vient de mettre en ligne une nouvelle adaptation cinéma, avec la même équipe aux commandes.

Boys in the band raconte l’histoire d’une soirée d’anniversaire, organisée par Michael, un gay très croyant et très névrosé pour son ami Harold, aussi complexé qu’excentrique. Ils sont rejoints par leur bande d’amis, tous gays. L’arrivée imprévu d’un autre invité, hétérosexuel, va plomber l’ambiance et la soirée va virer au jeu de massacre.

Haine de soi
« Si seulement nous pouvions moins nous détester nous-mêmes… » se lamente Michael, lorsque la soirée se termine. La haine de soi est effectivement au coeur de Boys in the Band. Non seulement Michael en est perclus, mais il s’attache impitoyablement à la réveiller chez chacun de ses convives, d’abord en les qualifiant de tous les substantifs péjoratifs attachés à l’homosexualité possibles et imaginables (« pédé », « tapette », « folle », etc.), puis avec le cruel « jeu du téléphone ». Ce jeu consiste à appeler une personne dont on est amoureux plus ou moins secrètement et le lui dire. Michael compte les points.  

Une oeuvre importante dans l’histoire de la représentation des gays
Boys in the band est une oeuvre importante dans l’histoire de la représentation des gays au théâtre et au cinéma. Lors de sa création en 1968, un an avant les émeutes de Stonewall, c’est la première fois que l’on peut voir ainsi un groupe d’homosexuels parler librement de leurs vies et de leurs amours, et qui ne sont pas réduits à être le ressort comique ou dramatique d’une oeuvre.

Mais en voulant lutter contre les clichés habituels d’Hollywood, Mart Crowley en a utilisé un autre, celui du gay forcément malheureux, qui paraît aujourd’hui bien daté et qui, pour tout dire, rend le visionnage de Boys in the band assez difficile.

C’est sans doute le casting qui sauve l’ensemble. Même s’ils ne l’ont pas fait volontairement, Ryan Murphy et Joe Mantello — grand acteur de théâtre et qui a aussi signé l’adaptation cinéma de Love! Valour! Compassion! une autre pièce chorale composée principalement de personnages homosexuels — n’ont recruté que des comédiens ouvertement gays, comme Jim Parsons, Zachary Quinto, Matt Bomer ou Charlie Carver, pour ne citer que ceux-là.

Le casting de Boys in the band

Certes, vous êtes en train de regarder des personnages qui cherchent sans cesse à trouver la petite phrase qui fera le plus de mal à l’autre, mais regardez par qui ils sont interprétés: une génération d’acteurs brillants et fiers d’être eux-mêmes, semblent dire Murphy et Mantello. Une manière de montrer le chemin parcouru en cinquante ans. C’est le principal mérite — peut-être le seul, d’ailleurs — de cette adaptation.

Depuis 1968, de nombreuses oeuvres théâtrales, cinématographiques ou télévisuelles ont exploré de manière beaucoup plus fine la vie et la psyché des gays. Espérons que certaines de celles-ci auront aussi droit à une adaptation aussi léchée sur Netflix. Beaucoup le méritent.

 

 

 

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