Marcio Rolim
Marcio Rolim

Election de Bolsonaro au Brésil: trois questions à Marcio Rolim, journaliste de la presse LGBT

L’élection d’un homme politique d’extrême droite à la tête du Brésil dimanche dernier a plongé une partie de la population dans le désespoir. Il y a de quoi: Jair Bolsonaro est connu pour son racisme, son homophobie et sa haine des minorités en général. « Je préférerais qu’il meure dans un accident de voiture plutôt que de le voir avec un moustachu », a-t-il répondu à Playboy en 2011, qui lui demandait s’il pourrait aimer un fils homosexuel. « Si je vois deux hommes en train de s’embrasser dans la rue, je vais les frapper », a-t-il également déclaré.

Dans un pays qui compte plus de 50 000 meurtres par an, les menaces de Bolsonaro, qui a promis de libéraliser l’accès aux armes à feu et de renforcer l’impunité de la police, ne sont pas à prendre à la légère.

Nous avons interrogé Marcio Rolim, journaliste de la presse LGBT — notamment l’édition brésilienne de Hornet — sur les conséquences de cette élection. Il vit à São Paulo, la plus grande ville du pays, et pour lui, l’élection de Bolsonaro ouvre une période terrible pour les personnes LGBT.

Interview.

Comment réagit la communauté LGBT à l’élection de Jair Bolsonaro?

C’est une tragédie. La communauté LGBTI est malheureuse et a peur, parce que la lutte a été âpre, que beaucoup n’ont pas ménagé leurs efforts et que le fascisme a finalement gagné. A travers le pays, nous assistons à une montée des violences et des menaces. Le programme de Bolsonaro prévoit d’empêcher des manifestations militantes en faveur de droits, y compris avec l’aide des forces de police. C’est une régression vers la dictature, et en tant que telle, une menace claire de nous éliminer.

Voyez-vous déjà des signes de haine homophobe dans les rues ou sur les réseaux sociaux depuis l’élection?

Des signes, on en voit tous les jours. J’ai été suivi par deux hommes, mes amis ont été frappés dans le métro, un homme noir a été tué. Dans la rue, nous faisons attention à la manière dont nous marchons et des gens dans des voitures nous crient « on va vous tuer ». Le fait est que maintenant les gens peuvent légalement tuer les gays et les noirs, avec la bénédiction du gouvernement.

Sur les réseaux sociaux, les menaces sont innombrables et viennent en particulier de policiers ou d’anciens policiers armés. Bolsonaro a clairement déclaré qu’on pouvait éliminer des groupes entiers de personnes et que le VIH n’était pas un problème de santé publique. C’est quasiment du bioterrorisme.

Au delà des questions de sécurité, que risquent les personnes LGBT d’un gouvernement Bolsonaro?

Il y a d’abord la censure. Ce coup d’état militaire va restaurer la censure et nous ne pourrons plus nous exprimer sur le net, dans la rue et nous serons combattus par les armes. La santé publique va décliner et le plus grand programme de traitement de VIH du monde va être décimé, laissant plus d’un million de personnes sans traitement. Les universités et les écoles pourront refuser les gays et il sera interdit de parler de genre à l’école, donc tout le travail effectué auprès des plus jeunes disparaîtra et les préjugés à l’encontre des personnes LGBTI ne vont faire qu’augmenter.