Sauvage Felix Maritaud
Sauvage Felix Maritaud

Cinéma: « Sauvage », mais pas trop…

Si le talent de Félix Maritaud éclate dans Sauvage, ce premier film est loin de tenir ses promesses…

Sans doute faut-il commencer par l’atout magistral de Sauvage, par ce qui éclate aux yeux dès l’affiche, et plus encore dès les premières images: la magnétique présence de Félix Maritaud, déjà repéré dans 120 battements par minute et Un couteau dans le coeur, et qu’on attend de recroiser dans un film qui utilise mieux sa puissance, et sa charge érotique.

Car si Sauvage use et abuse du corps exposé de Félix Maritaud, de son jeu fiévreux, de son regard intense, c’est un peu en vain, tant le premier long métrage de Camille Vidal-Naquet ne sait pas trop quoi faire de ce talent brut, et se contente de s’en gorger. Ce qui n’est pas déplaisant en soi pour le spectateur, mais souligne les limites du film lui-même.

Soit donc Léo, 22 ans, tapin aux marges de la ville, enchaînant les passes, les clients dans une ronde sans fin. Il n’a pas d’attaches, il claque dans l’instant ce qu’il gagne, erre avec toujours le même blouson sur le dos, sexy malgré la crasse, animal toujours sauvage mais qui s’amourache d’un autre mec qui fait la pute sur le trottoir d’en face, Ahd. L’amitié, la tendresse, l’amour peut-être… Mais Ahd le repousse, se prétend hétéro, cherche un vieux avec du fric pour se retirer. Léo tente de s’accrocher, prend des coups, vole, descend toujours plus bas…

Pour dessiner le portrait de Léo, Camille Vidal-Naquet raconte avoir fait un long travail d’immersion auprès de prostitués, et avoir ainsi nourri son scénario et son héros de ce qu’il a capté. Pour renforcer cet aspect réaliste, il suit donc les déambulations de Léo caméra à l’épaule, s’immisçant dans ses plans les plus glauques — et certains, comme celui chez le couple de méchants pédés friqués et SM, filmés comme ils le sont, ne dépareraient pas sur xtube… — comme dans ses rendez-vous chez les médecins qui auscultent son corps meurtri — et ils sont nombreux…

Et c’est là, dans ces séquences, que l’illusion se dissipe, que le film dévoile sa supercherie : il n’y a pas grand-chose de réaliste dans Sauvage, pas grand-chose de documentaire dans sa manière de filmer les corps-à-corps de Léo, sa dégaine, ses plans, sa déglingue, juste de la complaisance : oh le délicieux frisson d’une vie si dangereuse, et comme c’est romantique cette course vers une liberté absolue et autodestructrice !

Que se passe-t-il dans ces moments où Léo est face à des médecins qui l’interrogent et cherchent à l’aider, que se passe-t-il qui nous décille ainsi les yeux, ou plutôt qu’est-ce qui ne se passe pas ? Cela pourrait passer inaperçu, et c’est pourtant terriblement révélateur : de toutes les questions qu’on lui pose, parfois très intimes — ses rapports avec sa famille, son alimentation, la qualité de son sommeil… —, aucune n’évoque le sida, les risques de contamination, le préservatif, le dépistage… C’en est même sidérant, ce déni de la réalité d’une maladie qui n’a pas disparu, loin de là quand on sait la recrudescence des contaminations, surtout chez des tapins qui, comme Léo, dansent sur un volcan.

Ce silence assourdissant, volontaire, accablant, dit en tout cas à quel point tout le dispositif de Sauvage est une posture, une réalisation à l’épate, tellement contente de l’audace de son sujet, mais dénuée de conscience politique. N’est pas Pasolini qui veut.

Heureusement qu’il y a Félix…

Sauvage, de Camille Vidal-Naquet, avec Félix Maritaud, Eric Bernard… Sortie le 29 août.

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