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Combo: « Tintin et le Capitaine Haddock vivent à deux dans un château avec un chien. Je pense que c’est assez clair. »

Au cœur de Paris, une fresque a créé la sensation la semaine dernière: Tintin y embrasse amoureusement le Capitaine Haddock. Son auteur, le street artiste Combo n’en est pas à sa première œuvre revendicatrice. Il est à l’origine de la reprise des graffs Coexist qui lui ont valu une agression en 2015. Du Liban en passant par Hong Kong ou Tchernobyl, il est là où ça dérange, où ça interpelle, partout où on touche à la « liberté d’être ». Mais qui est Combo ?

Comment as-tu créé Combo ? D’où vient le nom d’ailleurs ?

Quand j’ai commencé le graff, j’ai cherché un nom qui sonnait bien et qui représentait ce que j’avais envie: mélanger les choses… Un nom assez littéral en fait. Combo a plusieurs messages mais ils tournent tous autour de la liberté d’être, d’avoir les mêmes droits que tout le monde.  J’essaye de mettre en avant les minorités même si je pense qu’on appartient un peu tous à une minorité…

Tu as été agressé en 2015 à cause de ta fameuse reprise du Coexist (qui intègre le croissant musulman, l’étoile de David juive et la croix chrétienne). Tes œuvres dérangent. En quoi ?

Ca ne reste que de la peinture mais le message du Coexist était fort et parce qu’il était fort, il a troublé au point que des gens parce qu’ils n’avaient pas d’arguments, ont utilisé leurs poings. Ils n’avaient que ça… La violence, c’est ça. Mais oui, le travail que je fais a vocation à interpeller, à réveiller quelques choses entre nous. Ma fresque de Tintin et du capitaine Haddock est à Paris. Elle n’est pas dans un petit village caché… Les réactions étaient parfois bizarres : certains adoraient et d’autres faisaient de remarques franchement dégueulasses. Si ça en dérange certains, tant pis pour eux… Ce n’est pas à moi d’adapter ma liberté de ton pour eux.

rue des Petits Carreaux, à Paris. Photo: Xavier Héraud

Pourquoi as-tu intégré la lutte contre l’homophobie dans ton travail ?

Je ne suis pas gay mais c’est normal pour moi de lutter contre l’homophobie. Si on a envie de ne se battre que pour les causes qui nous concernent, on ne va pas très loin. En acceptant qu’un gay ait moins de droits qu’un hétéro, j’accepte que moi, je puisse avoir moins de droits aussi. Ca marche pour tout. Si j’accepte qu’une femme soit moins bien payée qu’un homme, alors j’accepte que moi, je puisse être un jour discriminé. C’est une question de survie. Toutes les discriminations sont à combattre. Le racisme, le sexisme, l’homophobie…

Comment t’es venue l’idée des Tintin et Capitaine Haddock ou d’Astérix et Obélix ?

J’adore chercher les messages cachés derrière les œuvres d’art. Que ce soit dans un livre, un film ou même une bande dessinée. Lucky Luke par exemple est un éjaculateur précoce : il tire plus vite que son ombre… Je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de non-dits sur les homosexuels dans la BD. Quand Tintin et Haddock voient une femme comme la Castafiore, ils s’enfuient. Ils vivent à deux dans un château avec un chien… Astérix et Obélix vivent ensemble avec un petit chien aussi… Je pense que c’est assez clair.

Source: combo-streetart.com

Ton dessin de Wonder Woman avec Batman et Robin, c’est une représentation de l’homoparentalité ?

Mes amis gays me parlent beaucoup d’adoption, d’avoir des enfants… Et je vois très bien Batman et Robin demander à Wonder Woman d’avoir un enfant pour eux et de partager la garde. Je trouve que ça peut parfaitement représenter la famille… Les réactions ont été diverses sur ce dessins : certains voyaient une femme divorcée avec son enfant qu’elle élève avec un couple gay, d’autres pensent à la GPA. J’aime bien installer le doute…

Quand as-tu décidé de faire ta fresque de la rue des Petits-Carreaux?

Quand j’ai eu l’accord de tout le monde même si je ne vais pas mentir, j’ai rencontré beaucoup de difficultés. Ca fait deux ans que j’attends de pouvoir la faire. Mais voir le résultat, le nombre de gens qui photographient la fresque me réjouit. Il y a un vrai partage… C’est le but. La fresque doit rester au minimum deux ans. Et si elle est vandalisée, on la restaurera…

Photo de une : http://www.combo-streetart.com