trois mecs couple libre
trois mecs couple libre

Couple ouvert: les clés de la réussite

En pleine promo de American Crime Story : Versace, Ricky Martin s’est lâché et a exprimé tout le bien qu’il pensait du couple ouvert. Mais en prônant les joies du « un, dos, tres », il n’a fait que dire tout haut ce que nous sommes nombreux à pratiquer (plus ou moins) tout bas. En effet, selon un sondage réalisé par Ipsos pour Cam4 sur les pratiques sexuelles des parisiens, 77 % des gays auraient des aventures hors de leur couple (contre 53 % des hétéros). Pour ceux qui ont envie de passer le cap ou qui sont, eux-mêmes, en relation libre, nous avons demandé aux utilisateurs de Hornet* de partager leur expérience et de nous donner leurs secrets pour un couple ouvert réussi.

« Ma définition du couple libre, c’est un couple qui s’aime au point de respecter les envies de l’autre ainsi que sa liberté. Un couple où il est permis d’avoir des relation sexuelles avec d’autres partenaires… Les mots « libre » ou « ouvert » sont beaux car très positifs sur l’état d’esprit de ceux qu’ils désignent. Libre comme devrait l’être chaque être humain. Ouvert comme ce à quoi j’aspire avec les populations et cultures qui m’entourent ! » nous confie William, 25 ans, en couple depuis trois ans. Une vision heureuse et résolument positive qui dénote dans une société encore inconsciemment marquée par le modèle judéo-chrétien. On pourrait croire les gays plus à même de s’affranchir des normes religieuses ou culturelles. Et pourtant, même entre nous vous trouverez toujours des mauvaises langues pour revendiquer les bienfaits de la fidélité… du moins en façade.  « Ceux qui nous critiquent projettent souvent leurs propres frustrations… voire même sont les premiers à tromper leur mec en cachette !, poursuit William. L’honnêteté et la sincérité sont, pour moi, des qualités primordiales. Je ne me voyais pas mentir à mon copain. J’aime le sexe et expérimenter de nouvelles choses. On en a donc rapidement discuté et je lui ai dit : Je veux vivre ma vie avec toi mais je ne peux pas envisager de n’avoir qu’un seul partenaire sexuel pour le restant de ma vie. Je lui ai expliqué pendant un an que c’était lui le plus important, qu’il n’y avait aucune jalousie à avoir, qu’aucun autre mec ne serait plus important que lui. Puis un jour, il était prêt.».

Pour Frédéric Guyot, psychologue spécialiste du couple, « si l’on considère nos origines et le règne animal, l’amour libre l’emporte. La fidélité a été largement encouragée et imposée par la religion. Mais chez certaines espèces animales, la fidélité est bien réelle et absolue comme chez les loups, les manchots… On retrouve aussi chez l’homme des bases biologiques de la fidélité, à l’image de la théorie de l’attachement dans la petite enfance ». Couple exclusif, couple libre… aucun modèle n’est plus noble que l’autre du moment qu’il vous corresponde et qu’il n’est pas subi par l’autre. Mieux vaut dire tout de suite à votre copain que vous n’êtes pas (encore) prêt à expérimenter le couple ouvert plutôt que de souffrir en silence et de vous transformer en harpie. Les seules vérités qui peuvent s’appliquer à tous sont l’échange, le consentement mutuel et beaucoup, beaucoup d’inventivité. Car en matière de couple ouvert aussi, l’amour reste à (ré)inventer.

Échange, consentement, inventivité

L’idée vous a certainement traversé la tête en croisant le regard de ce beau gosse à la salle de sport. Mais vous vous demandez comment aborder le sujet avec votre copain et, surtout, si c’est le bon moment ! Là-dessus, il n’y a pas de règles et chaque couple à son histoire. Certains mettent le sujet sur le tapis dès le début de la relation : « J’ai tout de suite annoncé la couleur, nous dit David, 41 ans. C’était une condition sine qua non. ». D’autres attendent d’avoir construit quelque chose de solide avec leur partenaire avant de se lancer. « Deux ans après notre rencontre, mon copain est parti vivre un an en Israël. Après quelques mois de fidélité absolue, nous nous sommes autorisés à avoir quelques extras. Ça tombait plutôt bien, j’avais une cible en tête ! » nous a confié Axel, 35 ans. Pour Gilles, 51 ans et en couple depuis vingt-huit ans, la question s’est posée au bout de cinq ans. « Mon compagnon est plus âgé que moi. Quand je l’ai rencontré, je n’avais pas vécu beaucoup de choses. J’étais très jaloux de toutes ses histoires passées, jaloux aussi des autres mecs qu’il pourrait rencontrer tout en étant avec moi. A un moment donné, je me suis dit, plutôt que de faire ça dans son coin en ayant toujours le soupçon sur l’autre, autant trouver un modus vivendi. ». On peut aussi y aller graduellement et expérimenter d’abord les plans à trois, à l’image des héros de la série Eastsiders ou de Guillaume, 24 ans : « Nous sommes en couple depuis plus de trois ans et « libres » depuis plus d’un an. On le fait ensemble le plus souvent, soit par des plans via les applis, soit en allant tous les deux dans des saunas ou des sex clubs. Dans ces établissements, on ne partage pas forcément tous les mecs avec lesquels on s’amuse – on ne s’en sortirait pas !- mais on partage véritablement l’instant. Plus récemment, on s’est dit que si l’un ou l’autre allait voir ailleurs ponctuellement, il n’y avait pas de problème tant qu’on ne le disait pas et que l’engagement affectif n’était pas remis en cause. »

Open

Dans les règles de l’art

Car être « libre » ne veut pas dire, pour autant, faire tout et n’importe quoi ! A commencer par la prévention. La peur d’attraper des MST est d’ailleurs ce qui peut freiner certains couples. Alors n’ayez pas peur d’aborder ce point avec votre copain. Fixez vos méthodes de protection (préservatifs, PrEP…) et faites-vous régulièrement dépister. Il est aussi important de mettre en place des règles de bonne conduite en fonction de vos envies pour baliser le terrain et faire en sorte que la confiance prenne le dessus sur la jalousie. A quelle fréquence ? Ensemble ou séparément ? Est-ce qu’on se raconte ou pas ? Tous les cas de figure sont possibles tant qu’ils sont clairement exprimés : «  On s’interdit d’établir des relations sentimentales en parallèle. On peut revoir le même mec plusieurs fois tant que l’exaltation est purement physique. Mais il est hors de question que l’on parte en week-end avec l’un de nos amants, par exemple », témoigne Gilles.  « Avec mes plans, je joue cartes sur table. Je leur dis toujours que je suis en couple. Cela n’empêche pas les amitiés mais si je vois qu’une ambiguïté s’installe, je coupe tout de suite les ponts. Je n’ai pas envie de vivre avec quelqu’un d’autre que mon mec», poursuit David. Il ne faut pas non plus avoir peur de faire évoluer ces règles en fonction de la maturité de son couple. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’un couple ouvert revienne naturellement à un mode plus exclusif. « C’est comme si nous étions des funambules sur un fil. Le but, c’est de composer pour que chacun se sente bien, que ce soit toujours équilibré », ajoute Alex. Et, chose essentielle, toujours veiller à ce que les plans cul ne prennent pas le dessus. « Si ça veut dire chacun son profil Hornet et partir ailleurs quand son conjoint est à la maison et dispo juste pour varier les plats de la semaine, ce n’est pas moi ! », nous confie Philippe 55 ans.

Certains, enfin, évacuent la problématique de l’engagement affectif en s’ouvrant au polyamour. C’est le cas, notamment, de Jérôme, 37 ans. « Je suis en polyamour depuis six ans. L’un de mes copains vit à l’étranger, il est lui-même en couple. Mon autre copain vit à Paris. Ils se sont déjà rencontrés. Ils ne sont pas officiellement ensemble mais ils s’apprécient et échangent beaucoup.  Il n’y a plus de raisons de tensions, la jalousie n’est pas là, c’est hyper reposant. Il faut juste bien s’organiser. J’ai été en couple libre pendant plusieurs années et je voyais déjà que les limites étaient poreuses. Pourquoi ne pas investir des sentiments dans un lien, même si c’est juste un plan cul occasionnel ? » Un choix de vie qui, là-encore, n’est pas compris par tout le monde. « J’ai reçu de sévères critiques. Des gays qui me disaient que c’était à cause de gens comme moi que les homos avaient une mauvaise image« …

Ils se marièrent et eurent beaucoup d’amants

« Lorsque les individus choisissent une relation libre, par consentement mutuel, il me semble qu’ils vont vers moins de culpabilité, de frustration. Le couple s’en trouve plus détendu« , constate le psychologue Frédéric Guyot. Le couple libre serait-il la clé de la longévité d’une relation ? Beaucoup, comme Gilles, sont de cet avis  « Au bout de 28 ans de vie commune, la sexualité n’est pas forcément ce que l’on fait tous les soirs. J’ai encore des envies physiques, de plaire et que l’on me plaise. Si l’on n’avait pas établi ce mode de fonctionnement, ça n’aurait jamais tenu. Je serai resté dans la frustration de ne pas avoir tout vécu. ». Pour Jérôme, c’est une manière de décharger la relation de toute pression autour de la sexualité. « Le couple ouvert permet de mieux gérer les moments où l’un des partenaires a moins de libido. On peut aussi expérimenter des pratiques ou des fantasmes différents. ». La transparence, la confiance dans son couple, permettent aussi d’évacuer la jalousie et surtout la peur de voir l’autre s’amouracher pour un amant de passage  « Quand je fais l’amour avec mon copain, la sexualité n’a rien à voir. Elle s’enrichit du vécu de notre relation. C’est quelque chose qu’il est impossible de retrouver avec un plan cul. Je ne me vois pas gâcher six ans de relation pour partir avec un autre mec que je connais à peine. Ceux qui prennent prétexte d’une passion naissante pour rompre avec leur copain, c’est que déjà quelque chose n’allait pas dans leur couple », nous dit Axel qui préfère mettre en avant la complicité qui s’est renforcée. « Il faut voir nous disputer quand on craque sur le même garçon en boîte. On dirait deux adolescentes. C’est drôle, aussi, quand on réalise que l’on a couché avec le même mec sans le savoir ». Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’amants…. telle pourrait être la devise de ces couples ouverts bien dans leurs baskets. Et Axel de conclure : « Tu es toujours stimulé, tu es toujours tenté. Pourquoi s’embêter si c’est pour reproduire le modèle de nos parents avec Monsieur trompe Madame avec la secrétaire !« .

*certains prénoms ont été changés

Photos via iStockphoto