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GPA: La rocambolesque histoire de Lucas et Morgan (et de leurs trois enfants)

Afin de combattre les clichés et les préjugés sur la Gestation pour Autrui (GPA), Hornet donne la parole à deux couples gays y ayant eu recours. Voici aujourd’hui l’histoire de Lucas et Morgan, les heureux pères de Loïs, Lou et Léo.

« On habitait à 3 rues l’un de l’autre mais on s’est rencontrés le 1er avril 2011 à la Démence… par le plus grand des hasards ! » Morgan avait fait le deuil de sa parentalité, alors que Lucas, tout le contraire : « j’avais même dit à mes parents lors de mon coming-out,  ‘je suis homo mais pas stérile’ » ! Je l’ai dit à Morgan dès notre rencontre. J’ai toujours voulu être père, comme plein de gens. Je ne voulais pas vivre de façon égoïste. Malgré les difficultés de la vie, j’avais une belle image de ce qu’on pouvait vivre dans une famille. Je voulais éduquer des enfants, qu’on partage plein de choses, qu’ils m’apprennent plein de choses… J’avais cette image des mes grands parents avec 5 enfants, 10 petits enfants… Je n’avais pas renoncé ! »

Avant de rencontrer Morgan, Lucas avait déjà contacté des associations comme l’APGL, s’était renseigné sur la coparentalité. Il s’était rendu compte que même si l’adoption est légale en France,  elle est quasiment impossible pour un couple homo. « Il est carrément plus facile de faire une GPA que d’adopter, alors que la loi dit l’interdit en France… », nous dit-il.

« On s’est rapprochés de l’association ADFH qui a aussi beaucoup d’atouts, des groupes de partages d’expériences très factuelles, des avocats, ils sont vraiment sur le terrain mais ils ont aussi des liens avec la Chancellerie et les politiques, ce qui peut compter en cas de problème, comme le prouvera notre histoire… »…

Ils se renseignent alors sur les pays qui autorisent la GPA, et il y en a beaucoup plus qu’on ne croit ! (14 pays ont une législation où c’est permis, dont 8 en Europe). « On est vraiment séduits par l’idée d’une GPA dite « éthique », dans laquelle la femme n’est pas rémunérée mais dédommagée pour les jours où elle ne peut plus travailler, et tous ses frais pris en charge. J’appelle alors des agences, je réalise les tarifs, et le système. Et je me rends compte que ça m’embête de donner autant d’argent aux intermédiaires comme les agences, les avocats, les hôpitaux, les assurances… J’ai été élevé avec la valeur de l’argent, et tant qu’à faire autant que la femme porteuse en profite, pas les hommes qui gèrent tout le processus ».

« La motivation de la mère porteuse, c’était la religion »

Par le plus grand des hasards, après des recherches pour un voyage au Mexique sur Google, le site leur propose une agence de GPA, créée par un couple de gays mexicains après avoir vécu cette expérience… Dans ce pays où cette technique est légale depuis plus de 20 ans, contrairement à d’autres pays, la filiation est un acte notarié, pas besoin d’un passage – plus compliqué – devant le juge. Ils font alors le dossier, et un peu à la façon « Tinder », matchent avec une femme qui les choisit, et réciproquement… « Elle a aimé notre façon d’envisager la famille. Il ne faut pas croire que toutes les mexicaines sont des pauvres femmes intéressées, sa motivation à elle, c’était la religion. Elle nous a dit que c’était encouragé par la bible ! Pour elle, c’était sa clé vers le paradis… »  C’est d’ailleurs le même argument qui a prévalu à l’ouverture de la GPA en Israël.

Photo: Xavier Héraud

Malgré une fausse couche – comme c’est souvent le cas dans les GPA – suite à l’implantation d’un premier ovule venant d’une autre femme donneuse, la «madre sustituta » et le couple parisien décident de recommencer. Avec 3 ovules en une fois. Il y aura ainsi plus de chances que l’opération soit un succès. Il y a même 3% de chance que se développent des triplés… et 30% qu’il y ait des jumeaux ! Et c’est  en effet Lou, et Loïs, qui naîtront 9 mois plus tard. Dans la salle d’attente, Lucas les accueille d’un « Bienvenue au monde, je suis votre papa » : « Je tenais mes enfants dans les bras, même si je savais que ce n’était pas mon sperme qui avait été utilisé. Mais comment vous expliquer : ce n’est pas mon ADN, mais je ressens que c’est la chair de ma chair ! J’ai même rêvé que les accouchais… »

Bloqués deux mois au Mexique

Alors que tout semble idéal, ils apprennent qu’un couple de madrilènes a voulu imposer son mariage espagnol aux autorités mexicaines qui ne le reconnaissent pas. Ils veulent être deux pères sur l’acte de naissance, alertent les médias pour faire pression. L’administration se crispe et gèle toute délivrance de documents de naissance aux couples étrangers, de peur d’attirer des parents gays du monde entier. Lucas et Morgan sont alors bloqués sur place, durant deux mois ! Le consulat général français, frileux, ne bouge pas non plus. Notre couple de français interpelle alors les politiques, avec l’aide de l’association et des médias, l’affaire remontera jusque Laurent Fabius alors ministre des affaires étrangères, qui débloque tout et limoge le consul 15 jours plus tard… (écouter une interview de Lucas sur France Inter, à l’époque) .

Cette mésaventure ne les stoppe pas dans leur désir de construire une famille nombreuse. Sur place, ils en ont profité pour mettre en route une deuxième GPA, avec une autre femme porteuse mais la même donneuse d’ovule. Ainsi, les enfants seront demi-sœur ou demi-frère. Le couple cherche à les rapprocher le plus possible, qu’ils soient parés en grandissant contre les possibles attaques, qu’ils soient conscients que c’était un vrai désir avec du sens, pas un caprice, comme on caricature trop souvent les  « papas GPA ».

Léo, le 3e arrive avec quelques mois de différences sur ses aînés. On les prendrait pour des triplés. A un détail près : les gènes de Morgan, blond aux yeux bleus, ont fait des enfants bruns aux yeux marron. Et inversement avec les gènes de Lucas… La nature est décidément inattendue…

Depuis, c’est un peu l’image de la famille idéale qu’ils partagent sur les réseaux sociaux, sur leur instagram « The Dadster ». Lucas a pris une année de congé sabbatique pour s’occuper de la marmaille. Ils envisagent de donner un quatrième enfant à leur famille, en passant vraiment par l’adoption cette fois, pour « donner la chance à un enfant de connaître un équilibre, une famille accueillante, l’amour inconditionnel d’une fratrie… et de leurs deux papas »… Toute la famille vit désormais en bordure de Paris.

Photos: Xavier Héraud

 

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