Le père d’Italia: un beau portrait d’un gay devenant père

Il y a des films qui tombent à pic. Le père d’Italia est de ceux-là, tant le second long métrage de Fabio Mollo, avec son beau portrait d’un gay devenant père — on verra comment — semble la meilleure réponse possible aux attaques dont les familles homoparentales sont les victimes en ce moment en Italie de la part des ministres d’extrême-droite arrivés au pouvoir en juin : que ce soit l’ultra-catholique et ouvertement homophobe ministre de la Famille, Lorenzo Fontana, pour lequel « Les familles sont celles qui sont naturelles, où un enfant doit avoir un père et une mère (…). La famille naturelle est attaquée. [Les homosexuels] veulent nous dominer et effacer notre peuple » ; ou comme l’homme fort du nouveau gouvernement, Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur, qui a précipité il y a quelques jours à peine des milliers d’enfants de couples LGBT hors de la légalité en modifiant le document administratif permettant d’obtenir une carte d’identité pour un mineur. Alors que ce document nommait jusqu’alors les parents « géniteur 1 » et « géniteur 2 » sans préciser leur sexe, désormais, les deux cases indiquent « père » et « mère »…

Face à ces nuages noirs qui planent sur les droits récemment conquis de haute lutte par les LGBT, Le père d’Italia apparaît comme un contrepoint apaisé et porteur d’espoirs.

Deux solitudes s’y recontrent et vont faire un bout de chemin ensemble, avec un enfant à naître comme point d’aboutissement de leur périple qui les voit traverser la péninsule du nord au sud, mais aussi comme point de départ d’une nouvelle histoire et de nouvelles vies pour eux deux, ou plutôt pour eux trois.

Soit donc Paolo, jeune gay introverti qui vient de se faire plaquer par son compagnon. Dans une boîte de nuit, il fait la connaissance de l’extravagante Mia, un peu paumée et enceinte de six mois, qui s’évanouit dans ses bras. Et voilà, c’est parti, le destin a frappé : ces deux-là qui n’avaient rien pour se rencontrer, que tout sépare dans leurs caractères et leurs modes de vie, se sont trouvés, et chacun, au cours de ce road movie tendre et musical (l’excellente BO est pour beaucoup dans le charme du film), va apporter à l’autre ce qui lui manquait. De la sécurité et une forme de sérénité pour Mia et son enfant à naître, de la fantaisie et le courage de vivre ce qu’il s’interdisait pour Paolo. Peu à peu, celui-ci se sent devenir prêt à être père, alors qu’il ne l’avait jamais envisagé en raison de son homosexualité, ce qui s’en doute avait causé sa rupture avec son amant, parti fonder une famille. Et un très bon père — n’en déplaise aux néo-fascistes du gouvernement —, attentionné, présent, affectueux, solide… comme l’indique la manière dont il accompagne Mia, au gré de leurs pérégrinations, dans sa réconciliation avec elle-même.

Sans grands effets et sans discours, avec une belle finesse dans la définition des personnages et la direction d’acteurs, Fabio Mollo nous embarque à la suite de ce drôle de couple, dans ce voyage à deux au fil duquel une famille s’invente.

Le Père d’Italia: la bande annonce ci-dessous:

Le père d’Italia, de Fabio Mollo, avec Luca Marinelli, Isabella Ragonese… Sortie le 15 août.