love, Simon
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Cinéma: « Love, Simon »… Love is in the air

Peu de films gays méritent mieux que Love, Simon d’être qualifiés de « feel good movie ».
Portrait d’un garçon de 16 ans découvrant l’amour, cette comédie célèbre les vertus du
coming out et offre un modèle séduisant et rassurant à ses spectateurs. Et ça fait un bien
fou…

C’est l’histoire d’un garçon sans histoires. Apparemment, du moins. Car si tout semble
bien aller pour Simon, on comprend vite que ce n’est pas tout à fait le cas : personne ne
sait qu’il est gay. Rien pourtant ne semble s’opposer à ce qu’il en parle : ses parents sont
cools et aimants, ses meilleurs amis comprendraient sans aucun doute, et ni la plupart
des autres élèves ni les professeurs de son école ne le jugeraient ou ne le rejetteraient.
La preuve, son lycée compte quelques autres ados out pour lesquels tout se passe bien.
Alors ? Alors Simon n’y arrive pas. Et il n’est visiblement pas le seul puisqu’il découvre
un jour un message posté sur Internet par un garçon de son école qui se fait appeler
Blue et qui raconte qu’il ne parvient pas à vivre ouvertement ce qu’il ressent… Trouvant
le courage de le contacter, Simon entame avec Blue une correspondance de plus en plus
intime et tombe follement amoureux de cet inconnu dont il va chercher à deviner
l’identité. Touyt irait (presque) bien si les échanges entre les deux garçons ne tombaient
sous les yeux d’un copain de Simon qui les utilise pour le faire chanter…
Le film de Greg Berlanti — auteur il y a quelques années d’une romcom gay intitulée Le
Club des cœurs brisés — est immédiatement devenu un phénomène de société aux Etats-
Unis, bénéficiant du soutien inconditionnel de stars ouvertement LGBT (les acteurs Matt
Bomer ou Neil Patrick Harris par exemple, ou le réalisateur Xavier Dolan), et aidant de
multiples jeunes gays et lesbiennes à parler à leurs proches.

« Love, Simon », une bouffée d’air frais

Car en faisant le choix de dédramatiser la découverte de son homosexualité chez un ado,
en écartant tous les conflits, en réduisant l’homophobie au strict minimum (deux
étudiants stupides réprimandés par le surveillant général et une prof), en traitant sur un
ton léger de comédie les tourments d’un garçon bien sous tous rapports face à
l’émergence du désir gay — c’est-à-dire sans grande différence avec la manière dont cela
aurait été fait pour l’émergence du désir hétéro —, Love, Simon offre à ses spectateurs
une belle bouffée d’air frais.

Keynian Lonsdale Love Simon
Keynian Lonsdale dans « Love, Simon »

Alors bien sûr, des films comme celui-ci, il en existe déjà: les rayons de DVD sont
remplis de ces comédies romantiques gay et bienveillantes plus ou moins bien
troussées. La grande différence ici, c’est que Love, Simon est produit par un grand studio
(la Fox) et bénéficie d’une sortie en salles très médiatique, permettant au film de
toucher un public bien plus vaste. Des jeunes homos qu’une telle vision aide, réconforte
et pousse à franchir le pas, bien sûr. Mais aussi leurs proches, leurs familles… Ce que
permet un film aussi rassurant dans sa forme et dans son scénario que Love, Simon, c’est
que le dialogue s’installe sans cris, sans drames.

Ce n’est peut-être pas le plus exaltant d’un point de vue cinéphile — le film, efficace et
plein de charme, mériterait clairement une mise en scène un peu moins formatée. Ce
n’est sans doute pas le plus percutant d’un point de vue politique que de porter cette
volonté de « normalisation » de l’homosexualité. Mais c’est à coup sûr utile et bienvenu de
favoriser ce coming out libérateur (ah, que ça fait du bien de ne plus avoir à mentir ! ah,
comme on se sent mieux !) quand tant d’ados homos se sentent toujours mal dans leur
peau au sein d’une société qui ne cesse de se crisper.

Voir la bande-annonce de « Love, Simon »

Love, Simon (2018), de Greg Berlanti, avec Nick Robinson, Josh Duhamel, Jennifer Garner…

Sortie le 27 juin.