La première ministre lesbienne de Serbie a marché à la Pride de Belgrade et ça n’a pas plu à tout le monde

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La première ministre serbe Ana Brnabic, la première cheffe de gouvernement ouvertement lesbienne du pays, a rejoint le maire de Belgrade Zoran Radojcic à la Pride de la ville ce dimanche. Avec des centaines de participants, ils ont marché de la place Slavija et à la place des Etudiants, où un concert pop est venu clore une semaine d’activités.

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Srećan Prajd svima koji slave! @belgrade_pride 🏳️‍🌈🎉 #reciDA #prajd16septembar #belgradepride #pride2018

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On a également pu noter la présence de l’ambassadeur américain en Serbie, Kyle Scott, ainsi que les ambassadeurs de France et d’Italie, et le chef de la délégation européenne en Serbie.

Un kilomètre plus loin, quelques dizaines de manifestants anti-LGBT ont protesté en brandissant des pancartes et en chantant des chants religieux. Bien qu’aucun incident majeur n’ait été signalé, les autorités ont signalé à Radio Free Europe avoir détenu trois contre-manifestants avant la manifestation.

La Belgian Pride a été marquée par des violences dans le passé: lors de la toute première en 2001, les participants ont été agressés par des groupes ultra-nationalistes et des hooligans. En 2010, des heurts entre les autorités et les contre-manifestants ont conduit à des dizaines d’arrestations et ont fait plus de 100 blessés. Après ça, le gouvernement a interdit le défilé jusqu’en 2013.

L’événement a été organisé à nouveau en 2014, avec des milliers de policiers chargés d’empêcher une nouvelle tragédie.

 

Belgrade Pride
Police officers ensured there were no major incidents at Belgrade Pride.

Cette année, le slogan de la Pride de Belgrade était « Reci da! » ou  « Dites oui! », pour appeler à la création d’une union civile, d’une loi contre les crimes de haine et plus de protection pour les personnes trans.

Certains militants voulaient interdire à la Première ministre de venir à la marche, à laquelle elle a participé l’année dernière, car ils estiment qu’elle ne tient pas ses promesses vis à vis de la communauté. A la marche de 2017 Ana Brnabic avait déclaré que les droits LGBT seraient abordés une fois que des sujets plus importants, comme l’économie, auraient été réglés.

Predrag Azdejkovic du  Gay and Lesbian Info Center (GLIC) a qualifié cette déclaration de « scandaleuse ». Il a par ailleurs organisé une Pride séparée en juin « pour rendre la marche aux gens ordinaires et l’éloigner des politiques. »

« On nous dit, vous avez une Première ministre lesbienne, deux marches, vous devriez être content », a-t-il ajouté. « Mais tout ça, c’est inventé. »

Les violences homophobes et transphobes sont toujours monnaie commune en Serbie, en particulier en dehors de la capitale. Le mariage n’est pas ouvert aux couples de même sexe et 90% de la population s’oppose au droit à l’adoption (70% sont même contre le fait que les homosexuels puissent hériter de leur partenaire). Beaucoup espèrent que le désir de la Serbie de rejoindre l’Union Européenne conduira le pays à au moins faire adopter une loi créant une union civile dans le futur.

« Nous ne demandons pas un traitement de faveur », affirme l’organisateur de la Pride de Belgrade, Goran Mileti: « la loi ne fait de mal à personne puisque personne ne perdra quoi que ce soir si moi ou quelqu’un d’autre noue un partenariat civil et protège ses droits ».

Les conservateurs ont porté plainte auprès du procureur de Belgrade, en arguant que la marche constituait « une grave agression envers les mineurs ».