Un « reboot » de « Queer as folk » est-il une bonne idée?

Selon le magazine Variety, un « reboot » de Queer as folk serait actuellement en projet. La série d’origine (photo) fut diffusée entre 1999 et 2000 au Royaume-Uni. Les cinq saisons de l’adaptation américaine furent ensuite diffusées outre-atlantique sur la chaîne Showtime entre 2000 et 2005.

Si l’on en croit Variety, la « nouvelle version de la série présentera de nouveaux personnages dans un nouvel environnement. Elle est décrite comme une vision moderne de la série originale britannique qui tourne autour d’un groupe d’amis qui aiment sortir en club et qui trouvent du soutien auprès de la communauté gay après une tragédie. »

On pourrait a priori se réjouir d’une série si importante pour les gays. C’était la première à être centrée principalement sur des personnages gays, qui de surcroît ne s’excusaient pas de l’être, et à présenter des scènes crues — la fabuleuse scène d’anulingus du premier épisode — et des situations et thématiques complexes: l’histoire d’amour entre un trentenaire et un ado de 15 ans, les IST, la drogue…

Mais est-ce vraiment une bonne idée?

Coucher avec son ex

La mode est définitivement aux « reboots » depuis quelques années. Le procédé est simple et un peu fainéant: on prend (quasiment) les mêmes et on recommence. Dynasty, Sabrina l’apprentie sorcière, Charmed, Queer eye for the straight Guy, Will and Grace, ont toutes eu droit à une nouvelle vie. Le fait de jouer sur la corde nostalgique des spectatrices et spectateurs permet de prendre moins de risques et — espère-t-on — d’économiser des frais de marketing pour vendre une nouvelle série. Au final, passé l’effet de curiosité initial, ces reboots présentent en général assez peu d’intérêt. C’est comme coucher avec votre ex, ça semblait une bonne idée avant de le faire, et une fois que c’est fait, vous vous dites que finalement il faut savoir laisser certaines choses dans le passé. On fera peut-être une exception pour Queer Eye, qui a le mérite d’être beaucoup plus inclusive que sa première édition et qui par conséquent parvient à rester en phase avec son époque, à l’inverse de beaucoup d’autres qui sentent furieusement le réchauffé.

Cette réserve peut toutefois être tempérée par la simple présence de Russell T. Davies dans le projet en tant que producteur exécutif. Le créateur de la série originale est un producteur et scénariste au talent unanimement reconnu. Outre des séries originales comme Queer as folk, Bob & Rose ou le brillant triptyque Cucumber, Banana et Tofu (qu’on s’acharnait déjà à présenter comme une « suite spirituelle » à Queer as folk), le britannique s’y connaît en matière de « reboot » car on lui doit la renaissance et le dépoussiérage de la série Doctor Who en 2005 (le personnage de Vince dans le Queer as folk britannique en était d’ailleurs un grand fan).

Russel T. Davies

On peut donc raisonnablement espérer que Russell T. Davies fera en sorte que ce « reboot » ne tombe pas dans la facilité et ne refasse ce qui a déjà été fait il y a près de 20 ans. Tout réinventer ou gâcher le souvenir d’une série qui a ouvert la voie à The L Word ou Looking, il n’y aura pas d’entre deux possible pour celles et ceux qui pilotent ce projet. Donc au boulot!

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