Chechnya la purge
Chechnya la purge

« Chechnya: La Purge », un court-métrage coup de poing ce vendredi sur France 3

Il faudra veiller tard pour voir Chechnya: La Purge sur France 3 ce vendredi. Le court-métrage qui traite de la répression homophobe en Tchétchénie sera diffusé dans la nuit de vendredi à samedi à 1h35. Mais rassurez-vous, le film sera ensuite visible en replay pendant une semaine.

Le film raconte l’histoire de Doga, qui travaille dans le restaurant familial, avec notamment l’homme qu’il aime en secret. Un jour celui-ci est arrêté par la police tchétchène et le tour de son amant ne va pas tarder. Quand cela arrive, Doga se retrouve dans un engrenage qui ne peut que mal se terminer.

Voir la bande-annonce de « Chechnya: La Purge »:

Le film est en partie inspiré par l’histoire du comédien principal

Jordan Goldnadel, le réalisateur de Chechnya: La Purge, nous confie que c’est Evgeny Gordeyev, le comédien principal lui-même, qui lui a inspiré ce projet:

« Il y a 4 ans, à la fin d’un tournage difficile, je me suis retrouvé en soirée chez des gens que je ne connaissais pas, des amis d’amis. Et là, à 3 heures de matin, j’ai rencontré Evgeny, qui m’a raconté toute son histoire, comment il était originaire du Caucase à la frontière Tchétchène, comment il avait été battu et humilié en prison avec son petit copain juste parce qu’ils étaient homosexuels avant de finalement réussir à s’installer en France.
Je ne l’ai pas revu après ce soir là, mais son histoire m’a beaucoup touché et c’est à ce moment là que j’ai commencé à réfléchir à faire un film sur le traitement des homosexuels dans cette partie du monde.
Des années plus tard, lorsque j’ai entendu parler de ce qu’il se passait en Tchétchénie, je me suis dit que le moment était arrivé, qu’on ne pouvait plus attendre, qu’il y avait une véritable urgence.C’est alors que des amis en commun nous ont alors remis en contact avec Evgeny, qui était entre temps devenu comédien.Il a passé les auditions et immédiatement, j’ai su que le rôle était pour lui, puisque c’est un peu son histoire qu’on raconte et qui est à l’origine du film. »

Evgeny Gordeyev, dans Chechnya: La purge

La seule planche de salut pour les homos tchétchènes, c’est en effet l’exil. Comme Evgeny, certains, aidés notamment par l’association Russian LGBT Network, ont pu fuir le pays. Ceux qui ne le peuvent pas ont de grandes chances d’être assassinés par la police ou par leur propre famille.

Le tournage n’a pas été simple. L’équipe a dû garder les lieux de tournage secrets, suite à des menaces. Trouver des comédiens était compliqué aussi, comme le raconte Jordan Goldnadel:  « Nous avons contacté les agences de talents en Russie qui au départ étaient très excitées à l’idée de travailler avec une production française, mais qui, au moment où elles ont appris de quoi parler le film, ont été dans l’impossibilité de nous aider par peur pour leurs talents. (Même si en off, elles soutenaient notre démarche!).

Le casting s’est donc fait grâce à un bouche à oreille. On a finalement organisé des auditions. J’ai par ailleurs contacté moi-même Sacha Bourdo, qui joue le rôle du père, que j’aimais beaucoup en tant que comédien. Je l’avais vu dans les films de Gondry et dans le film Western, pour lequel il avait été nommé aux César. Il a immédiatement accepté. « 
Depuis sa sortie, le court-métrage enchaîne les festivals. Et les spectateurs n’en sortent pas indemnes:
« Les gens sont en général très choqués, beaucoup ne savent pas ce qu’il se passe en Tchétchénie. Certaines personnes sensibles se lèvent parfois et sortent de la salle face à la violence des images (malgré le fait que notre film ne comporte pas d’images terriblement crues). Tous sont émus par le message universel de tolérance et de respect des Droits de l’Homme. », raconte le réalisateur.

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Plusieurs vagues de répression

C’est le journal russe Novaia Gazeta qui a révélé en avril 2017 la vague de répression anti-LGBT en Tchétchénie.

Selon un rapport de l’OSCE, publié fin 2018, « Il y a eu plusieurs « vagues » ou « purges »: La première vague a eu lieu de décembre 2016 à février 2017, la seconde a commencé en mars 2017 et s’est poursuivie  jusqu’en mai, le mois du Ramadan, après lequel la troisième vague a commencé, avant de s’arrêter en grande partie en raison des protestations internationales.

Interrogé sur ces persécutions en juillet 2017, le président Tchétchène Ramzan Kadyrov avait répondu: « On n’a pas ce genre de personnes. Il n’y pas de gays chez nous. S’il y en a qu’on les emmène au Canada. Emmenez les loin de nous qu’on n’ait plus ça à la maison. Pour purifier notre sang, s’il y en a, emmenez les. »

Le Russian LGBT Network affirme avoir permis à 150 personnes de quitter la région, dont 130 hors de Russie. La France en a accueilli quelques unes.

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