Dano

#DecriminalizeLGBT – Dano: « J’ai très vite appris à courir pour fuir la police au Caire »

Dans le cadre la campagne de Hornet #DecriminalizeLGBT, nous publions des témoignages des gays réfugiés en France pour échapper à l’homophobie de leur pays d’origine. Voici celui de Dano.

Dano a 33 ans. Il vient du sud de l’Egypte, tout près du Lac Nasser. Il est arrivé en France il y a presque deux ans. Il revient pour Hornet sur les raisons qui l’ont poussé à tout quitter : son pays, ses racines, sa culture…

Qu’est ce qui t’a amené à venir en France ?

La France n’était pas forcément mon premier choix. Je ne connaissais le pays que par le prisme du cinéma, ma passion. Après la révolution égyptienne de 2011, j’ai été arrêté deux fois. La première fois, c’était suite à une simple manifestation et j’ai passé un mois en prison. La deuxième fois, c’était lors d’un débat pour les droits LGBT : la police est arrivée d’un seul coup, par surprise et là, j’ai passé deux mois en prison. J’ai su à ce moment précis que je ne pouvais plus rester dans mon pays. Je vivais dans une famille très traditionnelle sur qui je ne pouvais pas compter. Être arrêté et aller en prison parce que tu es gay, est le pire qui puisse t’arriver. Et encore plus dans le sud de l’Egypte qu’au Caire…

Tu es donc d’abord parti au Caire ?

Au Caire, j’avais des amis gays… J’ai commencé à militer avec l’association Nazra (ce qui veut dire «regard ») qui s’occupait des droits des femmes et aussi, parallèlement et beaucoup plus discrètement des droits LGBT. Je me suis senti moins isolé mais c’était toujours très dangereux. J’ai très vite appris à courir pour fuir la police au Caire. Mais ma décision était prise. Il fallait que je quitte l’Egypte. C’est de là que j’ai pris un avion pour la Turquie avec deux amis. J’ai eu beaucoup de chance : je n’ai pas eu à traverser la Méditerranée. J’ai ensuite atterri à Londres mais je ne m’y sentais pas très bien. Pourtant, presque tous mes amis gays égyptiens sont à Londres. Ou aux Etats-Unis. Je savais que je voulais faire des études de cinéma et pour moi, il n’y avait qu’une destination : c’était la France !

Comment s’est passée ton arrivée en France ?

Ça n’a pas été facile. Le dédale administratif pour obtenir des papiers est horrible. Nous étions alors un groupe de 6 personnes (3 Soudanais, 1 Libyen, 1 Afghan et moi). On s’est installé pour avoir un rendez-vous à la Préfecture. On a dormi par terre pendant deux semaines pour avoir le fameux sésame. Une des personnes de mon petit groupe a même payé pour passer plus vite… J’ai obtenu ma carte de séjour un an après. C’est long !

L’Egypte te manque-t-elle ?

Bien sûr que l’Egypte me manque. Mais je n’avais pas le choix. Un des deux amis qui est parti du Caire en même temps que moi est retourné là-bas. Il est en prison depuis son retour… Ce qui est impressionnant pour moi, c’est que je ne pourrai retourner dans mon pays que lorsque j’aurai la nationalité française. Pas avant. Et ma famille ne sait même pas pourquoi je suis en France… Aujourd’hui, j’essaye de ne pas y penser. Je me concentre sur mes études de cinéma et sur mon apprentissage du français à Paris VIII dans la section réservée aux réfugiés…

D’autres infos sur notre campagne #DecriminalizeLGBT