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Dépathologisation de la transidentité par l’OMS: les associations trans se veulent prudentes

Hier l’Organisation mondiale de la santé a annoncé avoir retiré la transidentité de la liste de ses maladies mentales. Si certains, comme l’Intergroupe LGBT au Parlement Européen ont parlé d’une décision historique, parmi les associations trans, tout le monde ne crie pas victoire.

Transgender Europe salue tout d’abord « une victoire historique pour la communauté trans globale qui se bat sur ce sujet depuis des années ». « Cela pose les bases d’une nouvelle ère de réparation pour les injustices passées et pour la célébration de la diversité des genres. »

L’association souligne que ce retrait se fait au profit d’une nouvelle dénomination, la « non-cohérence [incongruence en anglais] de genre » et une nouvelle classification, les Affections liés à la santé sexuelle: « Nous espérons que ce changement continuera à donner accès au soin d’affirmation de genre, tout en mettant fin à une longue histoire de soi-disant « thérapies de conversion », médicalisation et stérilisation forcées pour les personnes trans et de genre divers. »

En France, pour l’association Au delà du genre, c’est « un jour dont on se souviendra »:

« Au cours des dernières décennies la pathologisation de l’identité de genre à travers la classification internationale des maladies a contribué à l’énorme stigmatisation, la discrimination, le harcèlement, la criminalisation et l’abus sur la base de l’identité et de l’expression de genre. Ce retrait reconnait, ce que les personnes trans clament depuis toujours: les personnes trans ne sont pas malades! »

De son côté, l’association lyonnaise Chrysalide salue la disparition du « transsexualisme » à l’OMS, mais se veut prudente:

« Cette apparente bonne nouvelle est à prendre avec beaucoup de précautions », commente l’association.
En effet, la description de cette « incongruence du genre » implique l’établissement d’un diagnostic différentiel, et non d’une autodétermination. Là encore, les identités trans restent donc soumises à l’évaluation d’une tierce personne. De plus, les personnes non binaires sont tout simplement exclues du diagnostic. Enfin, il est exigé chez les personnes pré-pubères l’existence de « symptômes » de façon constante depuis plus de 2 ans, ce qui continuera donc d’impliquer des suivis lourds et des retards dans la prise de bloqueurs de la puberté.
Pour l’association T Time, il ne s’agit pas d’une « avancée significative »:

« Nous, l’association T-Time, dénonçons d’une part le choix de L’OMS de continuer à classifier la transidentité dans la rubrique liée à la sexualité. Cette classification d’un autre temps entretient l’amalgame pourtant dénoncé depuis des années entre genre et sexualité, ne prend pas en compte la diversité, la multiplicité et l’unicité des trajectoires trans, et réduit une fois de plus la transidentité à un simple changement de sexe. »

« Nous dénonçons, d’autre part, le terme employé de « diagnostic » et qui doit selon eux obligatoirement s’étaler sur plusieurs mois à 2 ans pour les enfants. Celui-ci est une négation de l’autodétermination du genre des personnes, et est une erreur historique de la part de l’OMS qui se rend coupable en partie du mauvais traitement des personnes trans par les équipes dites  »spécialisées » à travers le monde, et en France à travers la voix de la Sofect. »

Photo: Existrans 2016 à Paris, par Xavier Héraud