Gay Games: une bulle d’utopie LGBT

Organiser une compétition pour 10 000 personnes répartis sur 35 sports et une cinquantaine de sites avec un budget de moins de 6 millions tenait de la gageure. Deux jours après la fin des dixième Gay Games à Paris, on peut d’ores et déjà affirmer que le pari est gagné.

L’heure viendra sans doute de faire un bilan détaillé, qui ne manquera pas de faire apparaître ici ou là quelques soucis ou erreurs — on sait déjà que la cérémonie d’ouverture a déçu, par exemple — mais dans l’ensemble, Paris 2018 restera comme une belle réussite.

Cela tient avant tout au travail et au dévouement de milliers de bénévoles qui n’ont pas compté leur temps, certains pendant la semaine qui vient de passer, d’autres pendant les trois ou quatre dernières années, avec à leur tête Manuel Picaud et Pascale Reintaud. Le soutien de la ville, de la Région et de l’Etat auront aussi été cruciaux, sans oublier les partenaires privés qui ont aidé à la réalisation de ces jeux (parmi lesquels Hornet, bien évidemment). Une expression anglaise dit qu’il faut un village pour élever un enfant. Pour organiser les Gay Games, il aura fallu toute une communauté et même plus.

Au delà de l’aspect sportif on retiendra surtout que ces jeux auront constitué le temps d’une semaine une bulle d’utopie LGBT où tout le monde était égal, pour reprendre le slogan officiel. Car si on beaucoup parlé des « jeux de la diversité » ou insisté sur le fait que « tout le monde » (sous-entendu les hétérosexuels)  était le bienvenu, il ne faut pas avoir peur de le dire: les Gay Games sont avant tout conçus par et pour des personnes LGBT. Parmi les 10 000 participants, un certain nombre d’entre eux venaient de pays où l’homosexualité est réprimée ou au moins très stigmatisée. On a beaucoup glosé sur les passages piétons et les drapeaux gays dans le Marais. Mais pour des russes, des chinois ou des kenyans à qui l’Etat demande de faire profil bas, pouvoir profiter ne serait-ce que quelques jours d’un environnement qui lui montre qu’il est un.e citoyen.ne comme les autres, a une valeur inestimable. Lors de la dernière marche des fiertés, certains militants radicaux ont critiqué le caractère non-essentiel de ces jeux. Mais quoi de plus essentiel, finalement, que de permettre à des gays, des lesbiennes, des bis et des personnes trans d’être elles-mêmes, libres dans un environnement totalement (ou presque) safe?

Bien-sûr l’inscription aux Gay Games n’était pas donnée et ce sont les personnes les plus aisées qui ont pu profiter des Jeux. Mais avec le système de bourse, 500 sportives et sportifs qui n’en avaient pas les moyens ont pu également en profiter, dont des demandeurs d’asile suivis par l’Ardhis (l’équipe de foot de l’association a d’ailleurs fait un beau parcours!).

Enfin, la présence des Gay Games à Paris a pu permettre de confronter le monde du sport français en général avec les thématiques LGBT. Toutes les fédérations des sports représentés aux Gay Games ont été contactées. La plupart d’entre elles ont joué le jeu. Espérons que désormais les organisations sportives officielles répercuteront mieux les messages de lutte contre les LGBT-phobies vers leur base. On a pu constater ici ou là que c’était encore nécessaire.

Les prochains Gay Games auront lieu à Hong Kong, une région administrative spéciale de la Chine, dans un environnement nettement moins gay-friendly. Le challenge à relever n’en sera que plus difficile. Mais les sportives et sportifs LGBT n’ont pas peur d’un défi, fût-il aussi important.

Photo: Mathias Casado-Castro