Jean-Raphaël et Samuel : « Sur la GPA, la France est schizophrène et hyprocrite »

Jean-Raphael et Samuel sont ensemble depuis 12 ans. Sans tabou, ils nous ont expliqué leur parcours du combattant, les liens qu’ils entretiennent avec Angie, qui a porté leur enfant, et aussi les effets – familiaux et légaux – que cette naissance par « gestation pour autrui » a eu dans leurs vies…

Comme de nombreux homosexuels, Jean-Raphael et Samuel avaient fait le deuil de leur potentiel rôles de parents, et ce jusqu’à la dite « Manif pour tous », en 2013. Les militant.es conservateurs.trices ont-ils imaginé que leur opposition radicale au mariage entre couple de même sexe, à l’adoption, la PMA et la GPA a poussé certains couples à se lancer dans ces aventures? « On ne connaissait pas ces sujets avant, mais on s’est rendu compte que cette possibilité existait, on s’est renseignés, et… ». Et 4 ans plus tard naquit Valentin, petit bout ultra-souriant à qui rien ne sera jamais caché.

L’adoption, en France, par un couple homo, est légalement possible mais concrètement quasi impossible. Ils lèvent alors le tabou de la GPA, certes illégale ici, mais solution concrète pour construire une famille quand on est deux hommes. Une voisine leur prépare alors un dossier très complet sur la GPA dans le monde, avec toutes les options possibles… « Moi j’avais tous les clichés sur la GPA, les femmes maltraitées, cloitrées, en situation de détresse économique, dans certains pays en Asie par exemple… On a découvert qu’il y avait aussi une façon de faire le chemin en fonction de nos valeurs… » raconte Samuel. Les deux amoureux se renseignent ensuite auprès de Dominique Boren, le co-président de l’APGL (association des parents et futurs parents gays et lesbiens), puis échangent lors de groupes de paroles avec des membres qui ont quelques mois d’avance sur eux… « On découvre alors que le parcours au Canada est assez idéal pour nous, très bien encadré avec des avocats, les femmes ne sont pas « rémunérées » mais reçoivent une « compensation » pour tous les désagrements qu’elles vivent au niveau personnel (ne plus être capable de faire le ménage par exemple) et professionnel (prendre un jour de congé lorsqu’il faut faire des examens ou par fatigue…). On nous conseille une agence et une clinique… Alors on commence à tout vendre, nos motos, voitures…» car rien n’est pris en charge. Et la procédure au Canada reste chère (environ 90 000 euros), certes toujours un peu moins qu’aux Etats-Unis (jusqu’à 200 000 euros). Les deux hommes assument totalement de parler d’argent : « on évoque souvent la honte liée à la compensation financière, on dit qu’on achète ou loue le corps d’une femme, mais si on ne lui donnait pas d’argent pour compenser son investissement, est ce qu’on ne profiterait pas encore plus d’elle ? »… Certains sociologues pensent que selon les situations, la GPA est tout est son contraire : soit une exploitation des femmes, soit un acte féministe.Comme souvent, le concret rattrape bien souvent les idées reçues…

Une famille, coûte que coûte, mais pas n’importe comment.

Ils remplissent alors un dossier auprès d’une agence qui met en relations avec des « surrogates », des femmes désirant porter un enfant pour autrui. Après un échec avec une première femme qui les avait choisis, est venu le découragement. Malheureusement, l’implantation d’ovocytes (issus d’une autre femme donneuse) n’a pas fonctionné pas. 60 000 euros se sont évanouis avec leurs espoirs que ni la nature ni la science n’ont pu alors concrétiser… Le couple repart à zéro… et ne s’avoue pas vaincu. « Des amis et familles nous aident financièrement, un petit héritage vient aider à ficeler le budget… Et je découvre que des organismes de crédit viennent en support à ces projets de parentalité car, si c’est illégal ici, c’est réalisé à l’étranger, donc ils acceptent… », résume Jean-Raphael.

Ils changent de stratégie : les cliniques américaines sont plus efficaces, car davantage en concurrence (les résultats de grossesse via GPA par clinique sont publics), et le parcours au Canada comporte beaucoup de frais cachés. Direction la Californie. Le nouveau médecin qu’ils choisissent refuse catégoriquement de réessayer avec Kitty, refusant de lui faire subir une nouvelle fois les traitements hormonaux… Angie deviendra cette femme qui portera Valentin. Sensible aux problèmes d’infertilité par des récits familiaux, elle a su très vite qu’elle voudrait « aider des gens à avoir des enfants ». Son mari James est dans la même optique : aider et seconder une autre famille lui sont naturels… Elle a la possibilité de faire ce qu’elle veut de son corps, n’est ni dans une détresse économique, ni dans un manque à combler (une femme porteuse doit déjà avoir des  enfants à elle, et suit un parcours psychologique). Dans le livre « GPA, l’essentiel pour comprendre », elle dit avoir vécu son premier «voyage de GPA » comme un «babysitting de 9 mois». Avec les papas de Valentin, elle a « établi un contact magique, une connexion », qui lui donnent envie de recommencer. Au bout de 9 mois quasi-idylliques, Angie donne vie à Valentin dans une piscine, entourés des papas…  

« Selon la loi française, nous ne sommes rien pour notre fils… »

« Cinq jours après, nous nous sommes mariés au Canada, car nous voulions un lien avec le pays de naissance de Valentin ». Il demeure des problèmes liés à la législation, que résume Jean-Raphael : « il a la nationalité canadienne car il est né là-bas, la nationalité française car il est né de deux parents français pour l’administration canadienne MAIS nous ne pouvons pas l’inscrire à l’Etat Civil français… Il faudrait que l’un de nous deux se déclare géniteur, sans et que l’autre l’adopte… Cette situation est complètement schizophrénique et hypocrite : la Cour de cassation nous dit de faire des contorsions  juridiques pour protéger notre famille sur le plan juridique…» Valentin n’existe pas sur le plan de la filiation française, ni sur le livret de famille. « C’est un fantôme de la République. Il sera considéré fiscalement comme un tiers le jour de notre décès, et il existe une incertitude juridique en cas de séparation ou décès précoce d’un de nous deux… », expliquent ses papas…

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La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) avait déjà condamné cinq fois la France concernant les enfants nés de GPA quand la circulaire Taubira de 2013 a enfin permis d’assurer au moins la nationalité aux enfants. Les débats de bioéthique vont peut-être venir encore bousculer ce processus kafkaïen. Même si peu de parents rêvent à une légalisation refusée par tous les partis, dont celui d’Emmanuel Macron, majoritaire à l’Assemblée nationale…

En attendant, la petite famille française va retrouver la famille canadienne en Juillet, 3 semaines dans la fôret… « Tata Angie »comme elle s’appelle elle-même a invité (y compris financièrement), sa « famille élargie » française. En Septembre, ça sera l’inverse. À Noël, ils vont encore s’échanger des tonnes de cadeaux… Une aventure un peu idéale… Valentin a aujourd’hui neuf mois. Il a babillé avec un large sourire pendant toute l’interview de ses papas… Bientôt ses premiers mots, un jour. En attendant ses premières questions…

À LIRE : « Tout sur la GPA, 25 tribunes contre les idées reçues sur la Gestation pour autrui et les « mères porteuses » accompagné d’un abécédaire de 230 notions. Editions Des ailes sur un tracteur.