« Le Voyage de Chihiro » de Miyazaki : un conte de fées fantastique inspiré par des faits réels

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Le réalisateur japonais Hayao Miyazaki était censé être à la retraite, mais l’appel du cinéma a été plus fort que lui. Sorti en 2001 et produit par le studio Ghibli, Le Voyage de Chihiro est probablement le chef d’œuvre de son auteur. Cette vaste épopée raconte l’histoire d’une fillette perdue et piégée dans un monde d’esprits. Et qu’est-ce qui a réussi à faire sortir Miyazaki de sa retraite ? Une petite fille boudeuse…

L’idée du film est venue au réalisateur au cours d’un séjour dans un chalet de montagne en compagnie d’un ami qui avait emmené sa fille avec lui. Miyazaki a remarqué que la fillette était maussade et silencieuse et cela lui a fait réaliser qu’elle n’avait que peu d’occasions de se divertir. Les magazines et les films pour enfants sont généralement plutôt conçus pour les garçons et c’est pourquoi il a eu l’idée de réaliser un film dont l’héroïne serait une petite fille un peu plus âgée que celles qui apparaissaient déjà dans ses œuvres précédentes.

Suivant sa méthode habituelle, Miyazaki a commencé à travailler sur Le Voyage de Chihiro sans script. Ses films ne sont en effet jamais écrits à l’avance et le réalisateur fonctionne au départ avec des storyboards. « Ce n’est pas moi qui fait le film« , a-t-il un jour déclaré dans une interview. « Le film se fait lui-même, et je n’ai pas d’autre choix que de le suivre« .
Tous les personnages du Voyage de Chihiro ont une signification profonde. Leurs noms nous renseignent sur leur véritable nature. On croise par exemple les jumelles Yubaba (« la sorcière de l’eau chaude ») et Zeniba (« la sorcière de l’argent »). Le prénom de l’héroïne principale, Chihiro, signifie « un millier de quêtes » et son surnom, Sen, signifie simplement « un millier ». Un prénom particulièrement approprié pour une jeune fille qui passe tout le film à chercher comment retrouver le monde normal des humains…
La majeure partie du film se déroule dans un sauna peuplé d’esprits, un lieu que les Occidentaux peuvent avoir du mal à se représenter. C’est pourquoi le doublage en langue étrangère rajoute parfois quelques précisions. « Oh, un sauna » s’exclame ainsi Chihiro lorsqu’elle aperçoit l’établissement thermal pour la première fois, signalant ainsi au spectateur non-japonais qu’il ne s’agit pas, comme il pourrait le penser, d’un bordel.
Le film contient aussi un clin d’œil au studio Pixar, partenaire du studio Ghibli : lors de la première apparition de Chihiro, elle est accueillie par une lampe bondissante comme celle qui figure dans le logo de Pixar. Mais le film fait également référence à bien d’autres éléments de la vie réelle. Les décors présentent ainsi de grandes similitudes avec le quartier de Jiufen, à Taipei, la capitale de Taïwan, ainsi qu’avec le Musée d’architecture en plein air d’Edo-Tokyo.
La scène dans laquelle un esprit putride salit le sauna est inspiré du jour où Miyazaki a sorti un vélo de la rivière qui coule près de chez lui. Il a raconté avoir attaché une corde aux poignées, avoir tiré et avoir progressivement sorti de l’eau le vélo et d’autres détritus. Les poissons ont ainsi pu repeupler la rivière, exactement comme, dans le film, les clients reviennent dans le sauna une fois qu’il est nettoyé.
spirited away no-faceChihiro avec le Sans-Visage
Le personnage du Sans-Visage, quant à lui, est inspiré par les vers à soie. Comme ces chenilles, le Sans-Visage possède une tête avec des traits qui peuvent évoquer un visage, mais il s’agit d’un leurre : sa bouche se situe en fait juste sous ce qui semble être son visage. Et à la fin du film, on le voit secréter de la soie.
De la même façon, Haku le dragon possède aussi son modèle dans le mode réel. La scène dans laquelle on le force à avaler un médicament a été réalisée d’après une vidéo où on voit un vétérinaire maintenir ouverte la gueule d’un chien pour lui faire avaler son traitement. Aucun des animateurs du film n’avait de chien et c’est pourquoi ils ont du faire appel aux services d’un vétérinaire pour réaliser cette scène.
Mais la connexion le plus intéressante entre le film et le monde réel réside peut-être dans la décision de Miyazaki de ne pas assister à la cérémonie des Oscars 2003, durant laquelle Le Voyage de Chihiro reçut l’Oscar du meilleur film d’animation. Le réalisateur ne s’en est expliqué que bien des années plus tard : il s’agissait pour lui de protester contre la Seconde guerre d’Irak, qui venait tout juste de commencer. De la part d’un artiste dont les films sont souvent présentés comme des échappatoires, il s’agissait aussi de rappeler que ses œuvres s’entremêlent souvent avec la noirceur du monde réel.
Quoiqu’il en soit, Miyazaki ne cesse depuis d’annoncer son départ à la retraite, toujours repoussé. Le Château ambulant, Ponyo sur la falaise, Le Vent se lève et Boro la petite chenille ont ainsi tous été présentés comme « le dernier film de Miyazaki ».
Le réalisateur vient de commencer à travailler sur son prochain « dernier film », How Do You Live? (« Comment vivre ?« ), dont la sortie est prévue pour 2020.
Le Voyage de Chihiro est-il votre film préféré de Miyazaki ? Dîtes-le nous dans les commentaires !