mariage
mariage

Mariage pour tous: 5 ans de bonheur?

Il est 17 heures ce 23 avril 2013 à l’Assemblée Nationale. Claude Bartolone, le président de l’Assemblée, s’apprête à annoncer le vote solennel qui entérinera l’ouverture du mariage aux couples du même sexe. Des individus s’agitent alors dans la tribune du public qui surplombe l’hémicycle. Ce sont des militants de la manif pour tous, ils tentent de déployer une banderole où il est inscrit « référendum ». Ils sont promptement évacués sur injonction du président de l’Assemblée, qui ordonne de faire sortir ces «ennemis de la démocratie».

Cinq minutes plus tard, le texte de loi est voté, presque en un clin d’oeil. Les député.e.s de la majorité se lèvent et scandent « Egalité! Egalité! ». Une vive émotion étreint toutes celles et tous ceux qui attendent ce vote depuis si longtemps, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’hémicycle. Le grand huit émotionnel qui s’est joué en quelques minutes à ce moment-là offre un condensé des 7 ou 8 mois qui ont précédé le vote du texte.

Jusqu’au bout, les opposants à l’ouverture du mariage auront tenté de salir l’aspiration des couples homos à être traités de la même manière que les couples hétéros. Rien ne leur était retiré, mais la simple idée d’être nos égaux leur était visiblement insupportable.

Nous voilà cinq ans et 40 000 mariages et moins d’une dizaine d’adoptions plus tard. Quelle joie de voir les gays et les lesbiennes célébrer l’anniversaire du mariage pour tous en partageant des photos de leur mariage ou simplement de leur couple!
Pour un peu, ces images de bonheur effaceraient de nos mémoires les messages, les déclarations et les manifestations de haine que nous avons dû subir pendant les mois qui ont précédé le vote de la loi.

Mais cela ne risque pas d’arriver.

Tout d’abord, parce qu’il est de notre devoir de nous rappeler ce qui s’est passé.  Se souvenir, que dès l’élection de François Hollande, c’est l’Eglise catholique qui a lancé les hostilités. Et c’est elle, par le biais de ses réseaux – cela a été démontré maintes fois — , qui a jeté des centaines de milliers de personnes dans la rue contre nos droits, avec le concours des partis de droite et d’extrême-droite. Cette Eglise même qui paraît-il aujourd’hui « accompagne » les « familles homosexuelles ».

Il faut aussi bien sûr se rappeler des beaux moments: les manifestations pour l’égalité où il était si bon d’être ensemble, le « baiser de Marseille », les heures à regarder commenter sur Twitter le direct de l’Assemblée Nationale, les envolées lyriques de Christiane Taubira, qui ont redonné un peu de dignité au débat.

Ensuite, il faut se souvenir parce que l’histoire semble hélas se répéter avec la PMA. Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron s’est allègrement essuyé les pieds sur son prédecesseur concernant la gestion du mariage pour tous et de la PMA (qui inspire aujourd’hui des regrets à François Hollande). Il était pourtant secrétaire général adjoint de l’Elysée à l’époque et a sa part de responsabilité dans cette gestion.

Et surtout il laisse aujourd’hui la Manif pour tous noyauter les réunions du CCNE sur la révision de loi bioéthique. L’ouverture de la PMA, si jamais le gouvernement se décide à aller dans cette direction, ne sera pas votée avant l’année prochaine. De quoi largement laisser le temps aux opposants de s’organiser.   Ils n’en avaient pourtant pas besoin. La PMA est leur objectif depuis quasiment le début, quand ils ont compris que la gauche ne céderait pas sur le mariage pour tous.

L’âpreté de la bataille du mariage pour tous a pu donner au vote de la loi des airs de victoire finale. Il ne s’agit que d’une étape sur le chemin de l’égalité. Et rien n’indique que les étapes suivantes seront plus faciles.