#MyFemmeSelf : Samarpan nous explique comment la culture indienne conçoit la masculinité et la féminité

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Née de notre désir de célébrer toutes les possibilités d’expression du genre, la campagne #MyFemmeSelf, lancée par Hornet, offre l’occasion de lutter contre la masculinité toxique et de créer un espace sur Internet où chacun peut explorer qui il est et s’exprimer librement. Aujourd’hui, nous vous proposons de faire connaissance avec le candidat arrivé deuxième lors du concours Mr. Gay World 2018.

Samarpan Maiti vient d’un petit village du Bengale occidental, en Inde. Ce n’est pas seulement un mannequin, un acteur et un écrivain, mais aussi un scientifique spécialisé dans la lutte contre le cancer. Il mène également des recherches autour des problématiques de santé et de genre auprès des communautés LGBTQ défavorisées de l’Inde rurale. Son action consiste à non seulement aider les personnes LGBTQ qui vivent dans des bidonvilles ou dans des zones rurales, mais aussi à faire progresser la tolérance à l’égard de l’homosexualité.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre action auprès de votre communauté ?

En Inde, mon travail est très apprécié et je peux utiliser mon influence pour inciter les jeunes queers à s’engager pour l’amélioration du sort de la communauté LGBTQ défavorisée. En tant que mannequin, je suis très populaire et, contrairement à la plupart des autres mannequins en Inde, je travaille principalement pour des projets liés à des thématiques LGBT. Ne pas avoir peur de qui je suis me permet d’accroître la visibilité de notre communauté.

Avez-vous déjà subi des discriminations homophobes dans votre pays ?

Mon père n’accordait pas beaucoup d’importance aux normes de genre et mes parents m’achetait des vêtements de fille et des bijoux. Mais en grandissant, j’ai été victime de harcèlement scolaire. Tout le monde me traitait de « tapette », « tata », « hijra » (un terme qui désigne dans la culture indienne les personnes trans ou intersexes et tout individu considéré comme n’étant ni homme, ni femme, NdT)… Même les professeurs m’appelait par des prénoms de fille. J’avais peur d’aller à l’école et je craignais particulièrement certains professeurs. Du coup, je restais chez moi dans ma chambre.

Les choses ont empiré lorsque j’ai poursuivi mes études dans une petite ville. Comme j’étais efféminé et ne m’intéressais pas au sport, tout le monde me traitait de gay (même si je ne l’étais pas ouvertement à cette époque). Étonnamment, beaucoup d’élèves voulaient coucher avec moi. Ils pensaient que, comme j’étais gay, j’étais en quelque sorte à leur service, prêt à satisfaire tous leurs désirs sexuels. Comme je refusais, ils se plaignaient de moi et disaient que j’étais en couple avec un de mes amis, la seule personne qui me protégeait d’eux.

Même aujourd’hui, alors que je suis devenu chercheur, le harcèlement continue. Les gens disent que je parle et que je me conduis comme une femme. Ça n’en finit jamais.

Comment la culture indienne réagit-elle à votre style féminin ?

Dans la mythologie hindoue, tous les dieux masculins ont une part féminine. Et les gens leur vouent un culte ! Mais malheureusement, ils n’acceptent pas cette part féminine chez les simples mortels.

Je crois que le problème réside dans notre façon de pensée patriarcale. La culture indienne considère que l’homme est supérieur à la femme. C’est pourquoi une femme qui s’habille en homme ne choquera pas grand-monde. En revanche, si un homme s’habille en femme, il sera moqué, harcelé et même parfois agressé.

Pourquoi des campagnes telles que #MyFemmeSelf sont-elles importantes ?

Nous avons tous différentes personnalités, un côté masculin et un côté féminin. Mais en général, nous ne l’exprimons pas, parce que nous voulons être vus comme la société désire que nous soyons. Nous devrions accepter les gens tels qu’ils sont.

La follophobie est très présente dans notre société, chez les LGBTQ comme chez les autres. Sur les applications de rencontre, il y a des millions de profils qui indiquent « pas de folles » ou « pas de mecs efféminés », et je ne parle même pas des commentaires plus haineux encore qu’on peut y trouver.

Si nous n’arrivons pas à accepter les hommes efféminés dans la communauté LGBTQ, comment pouvons-nous demander au reste de la société de le faire ? Ce genre de profils sur les applications de rencontres promeuvent un idéal de masculinité qui est toxique. C’est pourquoi je suis heureux qu’Hornet tente de casser ces stéréotypes. Et je suis fier qu’Hornet m’ait inclut dans sa campagne #MyFemmeSelf.

Retrouvez Samarpan sur InstagramFacebook et Twitter. Et n’oubliez pas d’utiliser le hashtag #MyFemmeSelf sur votre profil Hornet et sur les réseaux sociaux.