Edito: Colère et lassitude après un énième recul sur la PMA

[Mise à jour 18h30: Le gouvernement contredit les propos du ministre des relations avec le Parlement]

Combien d’éditos sur la PMA va-t-il falloir encore rédiger? Depuis 6 ans, et le premier recul de François Hollande, entouré de ses conseillers et collaborateurs (parmi lesquels un certain Emmanuel Macron, secrétaire général adjoint de l’Elysée), sur le sujet, l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples de femmes et aux femmes seules n’en finit pas d’être renvoyée aux calendes grecques. Dernier épisode en date: l’annonce par le ministre des relations avec le Parlement d’un débat au Parlement plutôt vers l’été 2019, alors qu’on parlait jusqu’ici du mois de janvier.

Cet épisode n’est que le dernier avatar d’une longue liste de reculades, qui ne sont pas à l’honneur du personnel politique de ce pays.

Inutile de revenir sur les atermoiements du quinquennat Hollande (que le principal intéressé regrette), ils ont été cent fois documentés.

Partons de 2017 et de la dernière campagne présidentielle. Emmanuel Macron, alors candidat, s’est engagé à faire voter la PMA en ne réitérant pas les « erreurs du passé », c’est à dire celles de François Hollande, dont rappelons le encore une fois, il était pourtant l’un des principaux collaborateurs.

On peut au moins reconnaître à Emmanuel Macron de ne pas avoir répété les errements de son prédécesseur: il a fait pire. François Hollande s’était engagé à faire adopter le mariage pour tous (la PMA également, mais cela ne figurait pas dans le programme officiel). Il a été élu en mai 2012, et sa majorité un mois plus tard. Le premier mariage a eu lieu un an après, le 29 mai 2013.

Emmanuel Macron s’est engagé noir sur blanc à ouvrir la PMA. Il a été élu en mai 2017. Si jamais le dernier calendrier annoncé était tenu (ce dont il est permis de douter), la loi ouvrant la PMA aux couples de femmes serait promulguée dans la deuxième partie de l’année 2019, plus de deux ans plus tard.

On ne soulignera pas assez le contexte particulier de cet énième report. Depuis la rentrée, les témoignages de violentes agressions homophobes ou transphobes se sont multipliées, souvent accompagnés de ces terribles photos de visages tuméfiés. Pas moins de trois ministres (mais pas le ministre de l’Education, visiblement peu concerné par le sujet) se sont déplacés au local de SOS homophobie pour annoncer avec beaucoup de solennité que le gouvernement prenait la question de la lutte contre les LGBT-phobies très au sérieux.

Quel crédit donner à ces discours lorsque quelques semaines plus tard le même gouvernement annonce que l’ouverture de la PMA est à nouveau repoussée? Alors même que les associations soulignent à quel point la durée des débats n’est pas étrangère à une augmentation des actes et discours LGBT-phobes. Mediapart parle de « couardise » à répétition. Sur les réseaux sociaux certains militants parlent d’homophobie pure et simple. Les deux, mon capitaine, a-t-on envie de répondre! Faire le lit de l’homophobie, c’est aussi de l’homophobie.

Les associations LGBT l’ont compris depuis longtemps, la première mesure de lutte contre les discriminations et la haine, c’est l’égalité des droits. Emmanuel Macron et sa majorité n’auraient aucun mal à faire voter la PMA. Quelques heures de débats à l’Assemblée et au Sénat suffiraient amplement et le tour pourrait être joué en quelques semaines.

Alors bien sûr, les associations sont furieuses ; les éditorialistes LGBT signent (encore) des éditos furibards ;  la France Insoumise va déposer une proposition de loi qui n’a aucune chance d’aboutir et même du côté de la majorité présidentielle, c’est parfois l’incompréhension. Un exemple: la députée LREM Laurence Vanceunebrock-Mialon, qui n’a pourtant pas le profil d’une frondeuse, commence à montrer de forts signes d’impatience.

Emmanuel Macron, Edouard Philippe et son gouvernement n’en ont visiblement cure. Le « débat » va donc pouvoir se poursuivre, la Manif pour tous et les curés vont continuer à avoir table ouverte dans la plupart des médias (contrairement aux lesbiennes, dont tous les numéros de téléphones sonnent visiblement dans le vide), de nouveaux visages tuméfiés vont apparaître sur les réseaux sociaux, des femmes, qui en 2012 ou 2017 auraient pu avoir des enfants ne pourront maintenant plus en avoir. La routine, quoi.

Cet énième report semble être le fruit d’une question de calendrier. Parce qu’il ne faudrait pas se brouiller avec les électeurs homophobes avant les élections européennes du printemps 2019? Alors que comme le montre tous les sondages, les français.es sont majoritairement favorables à la PMA? Le gouvernement a peut-être oublié que les gays, les lesbiennes, les bis et les trans et leurs allié.e.s votent aussi. Et qu’ils et elles pourraient bien se souvenir une fois dans l’isoloir du mépris avec lequel on les traite depuis si longtemps.

Photo: Action Oui Oui Oui en 2013, par Xavier Héraud