Pose Indya Moore
Pose Indya Moore

« Pose »: la série vue par la communauté voguing

La première saison de Pose, la série co-créée par Ryan Murphy, Brad Falchuk et Steven Canals, vient de se terminer sur la chaîne FX aux Etats-@Unis.

Si vous l’avez pas vue, la série se situe dans l’univers du voguing new yorkais à la fin des années 80. On y suit plusieurs personnages — dont plusieurs femmes trans et quelques hommes gays — qui évoluent dans cette scène (qu’on appelle la « ballroom scene »), avec leurs aspirations, leurs rêves et parfois leurs échecs.

Si la série manque parfois de nuance, elle reste tout de même réussie par la bienveillance avec laquelle elle traite les personnages principaux et la justesse de l’univers qu’elle représente. Et puis c’est la première fois qu’autant de femmes trans actrices sont réunies au sein d’une même série, en tenant qui plus est les rôles principaux (MJ Rodriguez et Indya Moore, respectivement Blanca et Angel, crèvent littéralement l’écran).

Nous avons voulu savoir ce qu’en pensait les premiers concernés, à savoir la communauté voguing. La série rend-elle justice à cette culture née à la fin des années 70 à New York (mais dont les racines remontent au début du XIXème siècle) et à celles et ceux qui ont font partie? Est-elle réaliste?

Chez ceux que nous avons interrogés, il y a d’abord le plaisir de voir leur culture et leur communauté à l’écran.

Le Français Vinii Revlon, International Father de la House of Revlon (que vous pouvez voir dans Voguers of Paris), a adoré: « Je pense que la série rend justice à la ballroom scene mais aussi à la communauté ! Ça fait plaisir de voir un cast coloré avec notamment des personnes issues de la ballroom scene. J’espère que la série va rendre les gens plus tolérants et moins judgmental et leur faire réaliser que gay, lesbienne, trans on est tous pareils ! »

« Le casting est extraordinaire le jeu d’acteur impeccable et enfin de se voir représenter à l’écran est fort touchant », complète Mother Steffie « Nikki » Mizrahi, Mother du Chapter parisien de la House of Mizrahi.

Du côté de la communauté voguing américaine, on aime aussi, d’autant que plusieurs figures du mouvement ont été impliquées dans l’écriture ou sur le tournage de la série (comme Jack Mizrahi ou Leiomy Maldonado, la « wonder woman » du vogue). Uncle Mike Ebony confie ainsi regarder Pose « chaque semaine »: « J’aime la possibilité que m’offre la série de voir ma vie et celle de mes amis, passés et présents, en temps réel sous mes yeux. », indique-t-il.

Dominique Jackson & MJ Rodriguez, alias Elektra et Blanca

Le réalisme de « Pose »

L’implication des premiers et premières concerné.e.s donne à la série un réalisme qu’elle n’aurait pas avoir sans cela.

Steffie « Nikki » Mizrahi salue d’ailleurs le travail effectué: « Je trouve qu’il a eu un énorme travail de reconstitution de l’époque de l’année 1987 à travers le casting les costumes les décors sur l’univers Ballroom de New York. N’oublions pas c’est de New York que la Ballroom culture a pris son envol et sa naissance. »

Vinii Revlon juge également que la série est fidèle: « Avec toutes les fabuleuses histoires que j’ai entendu de la ballroom scene de l’époque basé essentiellement sur la famille, Pose redonne souffle à l’esprit ballroom, le vrai.  Donc oui très réaliste ».

La photographe Chantal Régnault est bien placée pour juger du réalisme de la série puisqu’elle a fréquenté la ballroom scène new yorkaise à la fin des années 80 et au début des années 90. Elle en a tiré un livre avec des photos iconiques, Voguing and the House Ballroom Scene of New York, 1989-92 (Soul Jazz Records).

Elle apprécie la recréation des balls de l’époque, dont les codes ont un peu changé depuis. Les « challenges entre houses » qui donnent lieu à quelques unes des plus belles scènes de ball de la série n’existent plus. Mais ils avaient bien lieu dans les annes 80 et 90: « C’était entre les vedettes des différentes Houses dans toutes le catégories », se souvient la photographe, qui vit actuellement à New York.

Pour Chantal Régnault, il est tout à fait logique que Pose mette en avant les femmes trans, que l’on nomme « Femmes Queens » dans l’univers Ballroom, car la scène a d’abord été faite par et pour elles.

« C’était d’abord ça. Pepper Labeija (que l’on voit dans le célèbre documentaire Paris is Burning) a ouvert les maisons aux Butch Queens [les gays] qui au cours des ans deviendront la figure centrale des Balls, surtout à Paris. Les Femmes Queens plus spectaculaires c’était Carmen Xtravaganza, Tina Montana, Ojeane Milan et Tanay Pendavis. », précise la photographe.

La rivalité entre les deux Mothers de la série, Blanca Evangelista et Elektra Abundance rappelle des choses à Chantal Régnault: « les mères de Houses défilaient à chaque Ball, fierce competition entre elles ». Elle souvient particulièrement de Avis Pendavis, mother de la House of Pendavis: « elle était une vraie mama, attentive, protectrice, sa maison toujours ouverte aux children qui s’y réfugiaient en cas de gros problème. Elle était couturière et leur apprenait à faire leurs costumes. Il y avait moins de balls [que dans la série où l’on pourrait croire qu’il y en a tous les week-ends] et on s’attendait à des surprises de créativité niveau costume. »

Ricky et Damon célèbrent une victoire.

Uncle Mike Ebony apporte un petit bémol. Pour lui la représentation des balls n’est pas 100% fidèle. Il note un souci dans « l’authenticité des catégories ».  » La manière dont la compétition est présentée a été diluée. Cela a l’air un peu comique et l’esprit et l’énergie originels que nous mettions dans nos compétitions manquent », ajoute-t-il.

« Mais, tempère-t-il immédiatement, ce n’est pas un documentaire, donc la liberté artistique d’une série lui laisse la possibilité de tordre certaines choses et d’en modifier d’autres. »

Certains faits sont juste « amplifiés » pour apparaître un peu plus spectaculaires à l’écran. Ainsi, la scène d’ouverture de la série où l’on voit les membres de la House of Abudance voler des robes dans un musée et défiler ensuite avec dans un ball (avant de se faire arrêter) s’inspire d’un acte de bravoure similaire, mais moins spectaculaire, d’un membre de la House of Ebony dans les années 80.

Cela n’empêche pas Uncle Mike Ebony d’en vouloir plus: « Globalement, je remercie Ryan Murphy d’avoir donné une chance à la série et je n’ai pas envie que ça s’arrête. Il y a tellement de talents et derrière nous il y a tellement d’histoires à raconter que j’aimerais voir plus d’histoires/séries basées sur notre culture. »

Même son de cloche chez Steffie « Nikki » Mizrahi: « Je pleure à la fin de chaque épisode et je prie le seigneur qu’ils pourront renouveler leur contrat pour une deuxième saison. »

Ils ont été entendus: FX a annoncé il y a quelques jours que la série connaîtrait une deuxième saison.

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