En 1968, Stan Lee, le maître de Marvel Comics a écrit un texte sur la bigoterie et le racisme

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Les lectrices et lecteurs de Marvel Comics entre le milieu des années 60 et le début des années 2000 se rappellent sans doute de « Stan Soapbox » (« La tribune de Stan »), la courte chronique publiée par Stan Lee pendant des décennies. Le maître de Marvel Comics est mort hier à l’âge de 95 ans et son travail a été largement (re)partagé sur les réseaux sociaux dès que la nouvelle s’est répandue. L’une de ses chroniques nous a semblé particulièrement intéressante à republier.

Ce texte, qui traite du « mal insidieux » que sont la bigoterie et le racisme, a été écrit au faîte du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis, l’année où Martin Luther King a été assassiné à Memphis, dans le Tennessee. C’est aussi l’année où le Civil Rights Act a été signé.

Les lecteurs de X-Men en particulier — l’une des nombreuses équipes de super-héros créées par Stan et considérée comme l’un des titres les plus progressistes — sont très familiers du thème de la lutte contre la discriminations, la haine et la peur quand on est un « autre » pour la société.

La lutte des « mutants » des X-Men a souvent été comparée au mouvement pour les droits LGBT, tant les analogies sont nombreuses. Au début des années 90, les X-Men ont subi une maladie mortelle, le virus Legacy, qui rappelle par certains aspects l’épidémie de VIH.

Voici le texte de Stan Lee, publié en 1968 dans la Stan’s Soapbox:

stan lee essay image

Disons le franchement. La bigoterie et le racisme sont parmi les maladies sociales les plus mortelles du monde à notre époque. Mais, contrairement à une équipe de méchants, ils ne peuvent être stoppés d’un coup de poing dans le nez, ou du rayon d’un pistolet laser.

La seule manière de les détruire et de les exposer: de les montrer comme le mal insidieux qu’ils sont vraiment. Le bigot est un haineux irrationnel — il hait aveuglément, fanatiquement, sans discernement.

S’il a un souci avec les hommes noirs, il déteste TOUS les hommes noirs. Si un roux l’a un jour offensé, il déteste TOUS les roux. Si un étranger lui a été préféré pour un emploi, il dénigre TOUS les étrangers. Il hait des gens qu’il n’a jamais vu — des gens qu’il n’a jamais connu — avec la même intensité, et le même venin.

Il ne s’agit pas de dire qu’il est déraisonnable qu’un être humain en dérange un autre. Mais bien que tout le monde ait le droit de ne pas aimer une autre personne, il est totalement irrationnel, manifestement dingue de condamner une race entière — de mépriser une nation entière — ou de vouer aux gémonies une religion dans son entier.

Tôt ou tard, il nous faut apprendre à se juger les uns les autres sur nos propres mérites. Tôt ou tard, si l’homme veut être digne de son destin, il nous faudra remplir nos coeurs de tolérance.

C’est alors, et alors seulement, que nous serons véritablement dignes du concept d’un homme créé à l’image de Dieu — un Dieu qui nous considère TOUS comme ses enfants.

Pax et Justitia,

Stan Lee